Des acteurs de la filière semences de maïs se sont livrés le 14 novembre à un exercice inédit. Lors d’une table ronde de la FNPSMS (interprofession de la production de semences de maïs et sorgho), ils ont joué cartes sur table pour répartir la valeur entre tous les maillons.
Le congrès du maïs, les 13 et 14 novembre à Toulouse, s’est déroulé dans un climat apaisé. Un an plus tôt à Mulhouse, les producteurs de semences et entreprises semencières avaient eu de vives discussions, à huis clos, sur la répartition de la valeur. Ils s’étaient mis d’accord sur une motion permettant de mieux rémunérer les agriculteurs multiplicateurs, via un bonus de 250 euros de l’hectare. Cette motion, votée à l’assemblée générale 2018 de la FNPSMS, « n’a rien donné à l’échelle nationale, très peu localement », a déploré le 14 novembre Pierre Vincens, président de l’AGPM (producteurs) maïs semence.
Face aux revendications des producteurs, les semenciers ont fait part de leurs propres difficultés. « L’intensité de la concurrence ne faiblit pas », a souligné Xavier Thévenot, le directeur du Développement durable chez Syngenta et président à l’UFS (semenciers) de la section maïs et sorgho. « Nos entreprises manquent de marge de manœuvre sur le plan économique. Elles ont besoin d’être compétitives », notamment à l’international, sachant qu’une dose de semence sur deux est exportée, d’après lui. Preuve de la fragilité du secteur, les plans sociaux s’enchaînent, a-t-il relevé.
Tous les maillons en difficulté
« On gagne zéro aujourd’hui », s’est plaint lors d’une table ronde Sébastien Périssé, vice-président de l’AGPM maïs semence. En cause, un prix de la dose de semence de maïs entre 16 et 17 euros sortie champ, d’après ses chiffres. D’où la revendication de 1 euro supplémentaire portée dans la motion 2018 de la FNPSMS. Jouant la transparence, le représentant de l’UFS Laurent Guerreiro, directeur général de RAGT, a lui chiffré entre 19 et 20 euros la dose payée au producteur en moyenne sur dix ans. Le prix unitaire de vente atteint 50 à 70 euros sur la même période. Sachant que le prix de revient s’établit entre 30 et 37 euros pour l’industriel, il lui reste "à la louche" 30 euros la dose pour payer la force commerciale et d’autres charges liées notamment à la R & D, la gestion des stocks, d’après ses calculs.
« On ne gagne pas d’argent avec le maïs et ce n’est pas possible de mieux payer les producteurs », a lâché le semencier. Se prêtant lui aussi au jeu, Eric Barbedette, le DG du réseau de mise en marché d’agrofournitures Actura, a livré plusieurs chiffres clés. La marge brute représente 23 % en moyenne sur deux ans chez les 140 entreprises de la centrale d’achat. Leur résultat net se situe entre 1 et 2 %. « Toutes les entreprises du réseau sont en difficulté, a-t-il déclaré. Cela impose de redéfinir le business model. »
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Des économies possibles
L’offre de semence est-elle pertinente ? Plusieurs des participants à la table ronde l’ont jugé trop diversifiée. « Il y a une sur-segmentation », a considéré Olivier Chaillou, président du groupe coopératif Terrena : « Cinquante variétés sont proposées par mon technicien, c’est trop », vu les coûts en Recherche et Développement, dans la production, l’industrie, la logistique. Chez RAGT, l’offre est passée de 300 à 2 000 références en maïs, a noté Laurent Guerreiro, pour qui cela représente « une perte de temps, d’énergie et d’argent ». L’inscription et la protection des variétés constituent le troisième poste de dépenses de l’entreprise, selon lui.
Eric Barbedette a également jugé l’offre « trop importante pour une bonne planification ». La segmentation « complexifie le système » et occasionne des « surcoûts », à ses yeux. D’autres problèmes sont signalés. Côté Terrena, « le modèle économique doit évoluer », a estimé Olivier Chaillou, proposant d’aller vers « moins de magasins », « plus de digital ». Pour le représentant de l’UFS, l’évaluation des variétés présente des redondances qu’il s’agit d’éliminer à l’aide d’une base de données. Les retours de marchandise, entre 5 et 10 % des semences, lui paraissent trop lourds à supporter. Chaque année, les semenciers mettent « 1,2 million de doses à la poubelle », d’après Laurent Guerreiro. Actura reconnaît « des économies à faire à tous les niveaux ». Et Eric Barbedette de citer entre autres la logistique, des synergies, des économies d’échelle.
Un bonus de 250 €/ha peu appliqué