Voilà qui peut surprendre : une filière connue surtout pour son caractère bucolique, ultra-rural, à l'image de petits exploitants, souvent en difficulté, semble donner aujourd'hui des leçons de modernité. Les éleveurs de moutons, sur bien des aspects, innovent. Le mouvement date surtout de la présidence de la FNO par Bernard Martin. Il s'est prolongé avec son successeur. Mettre en place un outil privé de financement des élevages, accepter, non sans réticence, certes, l'identification électronique, utiliser à fond les ressorts de l'amélioration génétique… on a un peu l'impression que les éleveurs d'ovins tracent un sillon de modernité que d'autres secteurs pourraient emprunter à leur tour.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Qu'est-ce qui explique cette démarche ? Sans doute le fait que les éleveurs d'ovins sont, depuis de nombreuses années, précisément depuis que la France a perdu la « Guerre du mouton » contre l'Angleterre et le Commonwealth, la lanterne rouge de l'agriculture en matière de revenu agricole. La raison : un marché extraordinairement international et une politique agricole commune qui, jusqu'à 2010, n'a jamais vraiment voulu tenir compte de la situation des éleveurs pénalisés par la concurrence mondiale. Faut-il rappeler qu'en Australie et Nouvelle Zélande, la viande ovine est un sous-produit de la laine, vendue congelée, pour les besoins des amateurs de la planète ? Alors comment lutter si ce n'est en inventant ses propres moyens collectifs pour s'en sortir. Un autre exemple, celui des oléoprotéagineux, montre que l'absence de protection européenne suscite souvent la volonté et la capacité de mettre en place des outils pour s'en sortir quand les pouvoirs publics, français ou européens, font défaut. Ceci pourrait donner quelques raisons d'être optimiste à l'heure où les politiques agricoles du vieux continent s'estompent.