Le groupe Sénalia, qui exploite les terminaux portuaires céréaliers et agro-industriels du port de Rouen, a signalé le 8 janvier « beaucoup de retard » à l’exportation du blé en 2015-16. Une situation qui présente un risque logistique pour les mois à venir.
Si les chargements au 31 décembre montrent une avance de 520 000 t de grains, il y a « un retard pour le blé » vu les 3,5 Mt de collecte supplémentaires, a déclaré en assemblée générale le président Thierry Dupont, reprochant aux agriculteurs de « faire de la rétention ».
Sénalia affiche 2,08 Mt de céréales et oléoprotéagineux chargées au 1er semestre de la campagne 2015-16, dont 1,1 Mt de blé (+169 000 t sur un an) et 901 000 t d’orge (+318 000 t). Des chiffres « trompeurs », a souligné le DG Gilles Kindelberger. Pour lui, l’exportation de blé subit « beaucoup de retard » en considérant le record de 41 Mt récoltées l’an dernier et cela « risque de poser de gros problèmes » de stockage.
Les agriculteurs « déconnectés » de la réalité
La situation « ne peut pas se rattraper » avant la prochaine moisson même si les ventes s'accélèrent, a-t-il estimé, en marge de la réunion. « Ce qui va nous empêcher de réaliser (l'export du blé) c'est la logistique, a-t-il confié. Nous aurons beaucoup de difficultés à transporter en temps et en heure » les quantités restantes. Selon de récentes estimations de FranceAgriMer, quelque 5 Mt de blé tendre pourraient finir en stock au 30 juin. D’où un « risque de prix qui s'écroulent » avec aussi « beaucoup de marchandise stockée dehors », a estimé Gilles Kindelberger. Il y a eu « une désillusion sur les prix de la marchandise (...) Les agriculteurs n'ont pas compris que leur blé, de meilleure qualité cette année, soit payé moins cher » que le blé de l'an dernier, de moindre qualité, selon lui.
Et Thierry Dupont de critiquer, dans son discours, « la perception qu’ont les agriculteurs du marché du blé, centrée sur un prix Matif. Cela les déconnecte des réalités et contraintes du marché physique et les incite à faire de la rétention. » Conséquence, le blé français manque de régularité sur la campagne, laissant filer des marchés à l’export. La logistique est aussi mise à rude épreuve. « Des à-coups sur des installations portuaires, même performantes, peuvent engendrer des risques d’engorgement voire de saturation », a-t-il poursuivi.
Des flux bouleversés
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Sénalia a exporté 4,15 Mt de grains en 2014-2015, en hausse de 19 % par rapport à la campagne précédente. La qualité dégradée du blé de la récolte 2014 a bouleversé les flux. Pour la première fois, la destination principale a été la Chine (28 %), avec d'importants volumes d'orges, suivie du Maroc (18 %), de l'UE (16 %), de la Thaïlande et de l'Algérie (9 %), qui a perdu momentanément son statut de client numéro un (46 % en 2013-14). Le groupe a dégagé un chiffre d’affaires de 38,7 M d’euros (+8 %) pour un résultat net de 2,86 M d’euros (-13 %, baisse liée aux primes d’engagement).
La situation « ne peut pas se rattraper » avant la prochaine moisson, selon le DG Gilles Kindelberger.
Transport des céréales : rail et fluvial montent en puissance
« En cinq ans, la part des céréales acheminées par train et péniche devrait passer de 22 % à 45 % », soit un quasi doublement entre les campagnes 2011-12 et 2015-16, a indiqué Gilles Kindelberger. Une évolution soutenue par la mise en place de navettes. Sénalia s’est associé à Ecorail, filiale de la SNCF, pour développer le transport ferroviaire. Les trois coopératives Acolyance, Valfrance et Vivescia ont adhéré à ce projet de navette, en visant 160 000 t dès la première année. Objectif dépassé : plus de 200 000 t ont été acheminées en 2014-15 et 400 000 t sont en vue pour 2015-16. La navette fluviale a, elle, démarré en juillet dernier sur la base de 100 000 t pour toute la campagne.