En avance sur le calendrier initialement prévu, le désengagement complet de Senoble dans Senagral devrait être finalisé pour la fin de l'année. Senoble se recentre ainsi complètement sur les desserts premium, tandis qu'Agrial sera seul maître à bord chez Senagral, dans un contexte très tendu pour les MDD dans l'ultrafrais.
Senoble a annoncé le 20 octobre être « sur le point de céder la participation de 49% à la coopérative Agrial, déjà majoritaire, de sa filiale Senagral, dédiée aux yaourts et fromages frais à Marques de distributeurs pour le marché français (1)». Après ce désengagement, Senoble emploiera 2 100 personnes, dont 600 en France, pour un chiffre d'affaires de 700 millions d'euros. Ce désengagement est dans la suite logique de l'accord conclu entre les deux groupes en 2011, avec la création d'une joint-venture à 50/50, dont Agrial a pris le contrôle il y a 18 mois. Il intervient toutefois plusieurs années que prévu initialement. La finalisation de l'opération est prévue pour le 31 décembre. Agrial, nouvel entrant sur la transformation laitière à l'approche de la fin des quotas, sera donc seul maître à bord de Senagral.
Agrial seul maître à bord
« Cette décision reflète la poursuite de la stratégie du groupe de se désengager progressivement d'une activité déficitaire depuis 5 ans », indique Senoble dans un communiqué. « Cette année, la situation est en nette amélioration », nous a toutefois indiqué Ludovic Spiers, directeur général d'Agrial. Les courants d'affaires (Senagral produit pour Senoble à l'export) entre les deux entreprises restent inchangés. En 2013, le chiffre d'affaires de Senagral a baissé de 4,2 %, à 626 millions d'euros (pertes non communiquées).
Senoble : une stratégie de montée en gamme
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Senoble entend se consacrer « encore plus fortement à son développement international, que ce soit à ses marques ou en marques de distributeurs, en s'appuyant sur ses deux usines françaises dédiées aux desserts (Usine Senoble à la Rochelle et usine Senoble La Charlotte à Boulogne sur Mer), ainsi que sur ses six autres usines européennes » et « accentuer sa montée en puissance sur les produits à plus forte valeur ajoutée ». Il indique également étudier des projets de croissance externe. À noter, la refonte de la marque Senoble engagée en France en 2012 n'a pas fonctionné auprès des consommateurs. « Les packagings trop épurés et le peu de place accordée aux produits ont nui à nos ventes », confiait Christophe Largeteau, directeur marketing chez Senoble Desserts Premium à LSA le 10 octobre.
Quel avenir pour l'ultrafrais laitier ?
Le désengagement complet de Senoble dans Senagral intervient dans un contexte très compliqué pour l'ultrafrais laitier en France. L'an passé, les produits ultrafrais dans leur ensemble (un marché d'environ 5 milliards d'euros) ont décliné de 3,2 % en volume. Une situation aggravée par la baisse des prix de vente (-0,2 %) pour l'année (voir Agra alimentation du 10 avril 2014). Dans ce contexte de consommation déclinante et de forte pression sur les prix, la situation est particulièrement difficile pour les MDD. Les acteurs du secteur reconnaissent qu'il y a trop d'usines en France et ce, malgré la restructuration menée par Novandie en 2012. L'enquête de l'Autorité de la concurrence engagée en 2012 sur le secteur de l'ultrafrais laitier sous MDD pourrait déboucher cette année ou début 2015. La décision d'amendes élevées, elle, contribuera peut-être à lancer un mouvement de restructuration.
La Confédération paysanne demande à la coopérative Agrial de « renoncer à collecter le lait » de la ferme des 1000 vaches. Les paysans coopérateurs sont « dépossédés de leur outil commun », affirme le syndicat dans un communiqué du 21 octobre. « Le lait des 1000 vaches va dégrader l'image de leur production auprès des consommateurs, et certains pourraient rapidement devenir inutiles avec leurs 200 000 litres de lait face au géant à 10 millions de litres annuels », argumente-t-il.