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Système U Serge Papin craint une crise du lait  causée par… la distribution

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La guerre des prix bas que se livre la grande distribution pourrait entraîner une nouvelle crise du lait, prévient Serge Papin, président de Système U. Il demande aux pouvoirs publics plus de régulation et une modification des lois sur les relations commerciales plus favorable aux PME

LES hausses du prix du lait de 2013 sont remises en cause par les négociations commerciales qui ont lieu actuellement entre l'industrie laitière et la grande distribution. C'est ce qu'a affirmé Serge Papin, président de Système U, lors d'une conférence de presse mardi 4 février à Paris. « Les négociations actuelles portent sur la remise en cause des 2,5 centimes d'augmentation » sur le litre de lait qui avaient été acquises grâce à la médiation initiée par le ministère de l'Agriculture, explique-t-il. Et d'anticiper « une nouvelle crise du lait à la fin des négociations, en mars, si les choses restent en l'état ».

Les propos de Serge Papin font réagir les syndicats

LA Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) salue les propos de Serge Papin, se rappelant « qu'il a été le premier à demander à la grande distribution de soutenir les producteurs de lait » en 2013. Elle dénonce la « partition maintes fois ressassée » que jouent distributeurs et industriels, qui fait que les « producteurs de lait ne bénéficient pas totalement d'une conjoncture très favorable ». Les éleveurs laitiers en profitent pour tacler les industriels, rappelant qu'ils n'ont pas entièrement répercuté sur le prix du lait payé aux éleveurs les hausses consenties par les distributeurs l'année dernière. Estimant que « le seul rapport de force n'est pas la bonne méthode », la FNPL affirme que « sans la bonne volonté des acteurs, le législateur et les pouvoirs publics ne peuvent pas tout ».

De son côté, les Jeunes Agriculteurs saluent le « coup de gueule » de Serge Papin, « à condition que ce ne soit pas une manière de se couvrir d'une potentiel baisse des prix ». Pour eux, les distributeurs qui veulent revenir à un prix du lait à 32 centimes ne veulent pas autre chose que « la fin du lait made in France ». Si les grandes enseignes ne changent pas leur discours, Jeunes Agriculteurs prévient qu'il « saura se mobiliser pour leur faire entendre raison ».

Xavier Beulin a quant à lui très mal pris la sortie du patron de système U. « Serge Papin nous prévient qu'il ne pourra pas payer le prix du lait au-delà de 320 euros et il fait porter la responsabilité par ses camarades », a-t-il vivement réagi, le 5 février. Pour le président de la FNSEA, c'est comme si Serge Papin disait « “Je vous préviens par avance, on va pas payer cher, mais je suis pas le responsable c'est les autres” : ça ne me suffit pas comme prise de position ».

Destruction d'emplois

« Le paradoxe, c'est que nous manquons de lait. Il n'y a plus assez de producteurs qui veulent produire, car à 32 centimes ils n'y arrivent pas », rappelle-t-il, ajoutant qu' « il y a aussi une forte demande asiatique de poudre de lait, sur laquelle les industriels se font beaucoup d'argent ». Car les cours mondiaux des produits laitiers flambent, et devraient rester à un niveau élevé cette année. Tout en regrettant que « la guerre des prix génère une désinflation qui entraîne une perte de valeur, une destruction d'emplois et de production », il indique que Système U est contraint de suivre le mouvement à la baisse « initié par les leaders de la distribution » pour « rester compétitif » : « Nous avons été les seuls à répercuter l'augmentation du prix du lait en juin 2013, ce qui a entraîné une perte de parts de marché qui nous a contraint à un rétropédalage », témoigne t-il.

Plus de régulation

« Si les pouvoirs publics laissent faire, on assistera à la destruction de l'appareil agricole et agroa-limentaire français », prévient Serge Papin. Il demande « d'amener un peu de régulation », notamment en amendant la loi de modernisation économique pour qu'elle soit plus favorable aux PME. Selon lui, les grosses entreprises, aux produits fortement promotionnés, imposent leurs conditions et leurs prix aux distributeurs. Ces derniers se livrent une guerre des prix sur ces produits stars, sur lesquels ils font peu de marge. Pour compenser, « il faut aller chercher des marges, sans doutes trop importantes, sur des produits qui sont moins sous les feux de la rampe, comme les produits des PME ou les produits de métiers issus de l'agriculture, de l'élevage », révèle le p.-d.g.

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Système U propose de supprimer la notion de seuil de revente à perte (qui interdit au distributeur de revendre un produit moins cher que son prix d'achat) et de la remplacer par une notion de « seuil économique qui tient compte des coûts sociaux » : en somme, obliger les distributeurs à dégager un profit sur le produit, ce qui ferait augmenter les prix des produits des grandes marque, et permettrait de vendre moins cher les produits des PME. « Il ne s'agit pas pour les distributeurs d'augmenter leurs marges, il faut qu'il y ait une clause de réciprocité », prévient-il.

Il critique également la loi sur la consommation actuellement discutée par les parlementaires. En voulant renforcer le pouvoir des industriels sur les conditions générales de vente, la loi ne ferait que « favoriser encore plus les grands groupes », qui pourront imposer au distributeur l'achat de l'ensemble de leur gamme, ne laissant plus de place en rayon pour les PME.

Par ailleurs, Système U demande à « être autour de la table des négociations », donc faire partie de l'interprofession laitière, ce qui pourrait « changer la donne », affirme Serge Papin.

Chiffre d'affaire en hausse

Le groupe Système U a dégagé un chiffre d'affaire hors carburant de 18,45 milliards d'euros en 2013, soit 3,5% de plus qu'en 2012. Sur le rayon alimentaire, la croissance est de 4,1%.

Pour 2014, les objectifs sont « modestes, car on est dans un contexte plus inquiétant de déflation à la vente », prévient Serge Papin.