Abonné

Négociations de l’OMC Sérieux avertissement du Brésil

- - 4 min

Alors que les 151 pays membres de l’OMC espèrent parvenir à un compromis dans les négociations du cycle de Doha avant la fin de l’année, l’ambassadeur du Brésil auprès de l’OMC, Clodoaldo Hugueney, a estimé le 23 octobre que « la situation est extrêmement dangereuse actuellement ».

Le Brésil, l’un des principaux porte-parole des pays du Sud dans les négociations commerciales multilatérales, estime que les pays riches sont trop exigeants à l’égard des émergents, appelés à réduire leurs droits de douane à moins de 23 % sur les produits industriels. Pour conclure le cycle de Doha, lancé en 2001 dans la capitale du Qatar, les Etats-Unis et l’Union européenne « doivent indiquer qu’ils sont prêts à faire mouvement » avec de vraies concessions sur l’agriculture, a observé l’ambassadeur brésilien à Genève.

« L’heure de vérité approche très rapidement », selon Pascal Lamy

M. Hugueney a dénoncé le « déséquilibre » entre les deux propositions mises sur la table en juillet à l’OMC sur l’agriculture et les produits industriels, défavorable selon lui aux pays en développement. Ces deux textes devraient être révisés à la mi-novembre Voir n° 3124 du 22/10/07. « Si les textes sont déséquilibrés, ce sera la possibilité d’un échec et un échec définitif », a-t-il averti. Si un compromis n’est pas trouvé avant la fin de l’année, « il sera difficile de maintenir la confiance dans la possibilité d’un accord », a-t-il ajouté

Alors que les Etats-Unis entrent en année électorale, le directeur général de l’OMC, Pascal Lamy, a estimé le 20 octobre à Washington que « l’heure de vérité approche très rapidement pour le cycle de Doha ».

L’ambassadeur du Brésil à Genève a évoqué l’échec de la conférence ministérielle de l’OMC en 2003 à Cancun (Mexique), qui avait viré à l’affrontement Nord-Sud à propos de l’agriculture. « Les gens n’ont pas compris la leçon : ils pensent encore qu’on peut ignorer les demandes des pays en développement », a-t-il déploré. Malgré la reprise début septembre de la négociation agricole, « on n’a pas vu de mouvement ces dernières semaines », a-t-il affirmé.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

négociations commerciales
Suivi
Suivre

« Confrontation totale » entre pays latino-américains et africains

Américains et Européens fixent nombre de « lignes rouges » « visant à défendre leurs protections agricoles », a estimé M. Hugueney. A l’inverse, les pays en développement n’ont, selon lui, reçu aucune garantie sur les produits particuliers qu’ils souhaitent pouvoir préserver de la concurrence.

Lors d’un sommet à Pretoria, les dirigeants sud-africain, brésilien et indien ont accepté le 17 octobre de négocier sur la base des deux textes de compromis soumis en juillet dernier à l’OMC, alors que de nombreux pays pauvres souhaitent un rejet total du document sur les produits industriels, a souligné l’ambassadeur du Brésil. M. Hugueney a toutefois fait valoir que cela ne signifiait pas pour autant que son pays acceptait de ramener ses droits de douane à moins de 23 %. « On va négocier », a-t-il dit.

Selon lui, les pays émergents sont prêts à accepter des sacrifices qui vont réellement réduire les droits de douane sur « des milliers de lignes tarifaires » (produits). « C’est la contribution la plus importante de l’histoire des négociations multilatérales », a-t-il affirmé. « Les résultats sont là, mais on doit avoir un équilibre avec l’agriculture », a-t-il plaidé.

En plus de la rivalité Nord-Sud, ces derniers jours ont donné lieu à « une confrontation totale entre pays latino-américains et africains »à propos des préférences tarifaires dont jouissent ces derniers sur le marché européen, a relevé M. Hugueney.