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AG FNB « Si la Pac n’est pas rééquilibrée, c’est la fin de l’élevage »

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L’assemblée générale de la Fédération nationale bovine (FNB) se tenait à Guéret (23) les 6 et 7 février. La filière a renforcé ses positions pour la dernière ligne droite des négociations sur la Pac-post 2013 à la veille du Sommet européen à Bruxelles censé fixer le budget de l’Union européenne et, de fait, celui de la Pac post-2013.

L’assemblée générale de la Fédération nationale bovine (FNB) se tenait à Guéret (23) les 6 et 7 février. Près de 500 éleveurs de bovins allaitants, ainsi que les représentants de l’ensemble des filières de l’élevage ruminant, se sont réunis à la veille du sommet européen de Bruxelles. L’enjeu est de taille : à l’issue du sommet, le budget européen incluant le budget de la Pac pourrait bien être entériné. La FNB a redoublé d’effort pour faire valoir les intérêts de l’élevage français auprès de Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et Philippe Vinçon, directeur des relations internationales au ministère de l’Agriculture, qui ont la lourde responsabilité de les défendre à l’échelle européenne. « Si cette Pac n’est pas rééquilibrée en faveur de l’élevage, c’est la fin de l’élevage », garantit Pierre Chevalier, président de la FNB.
Pour Stéphane Le Foll, la ligne est claire : la France continuera de défendre les intérêts de l’élevage comme elle le fait depuis le début des négociations, ce qui implique en premier abord de défendre le budget de la Pac face à l’Allemagne et au Royaume-Uni, plutôt partisans d’une baisse du budget. Le ministre rappelle que si la France est un des premiers bénéficiaires de la Pac, ce n’est pas un « privilège », c’est que la France a plus d’hectares éligibles. Pas de raisons de rougir à Bruxelles, d’autant que « la dotation à l’hectare en France, c’est tout juste la moyenne européenne». Philippe Vinçon, directeur des relations internationales au ministère de l’Agriculture, rappelle que la France ne se bat pas seule à Bruxelles : elle peut compter sur l’Irlande et l’Espagne. Un enjeu de taille car l’Irlande préside pour six mois le Conseil de l’Union européenne et en septembre prochain, au-delà du changement de présidence du Conseil et donc la perte d’un allié précieux à sa tête, l’Allemagne pourrait bien ralentir les négociations en raison du scrutin national qui occupera les décideurs outre-Rhin. Les pouvoirs publics français insistent : si évolution de la Pac et de son budget il y a, c’est le moment de porter les intérêts de l’élevage. « Si on loupe cette étape, les incertitudes vont se multiplier », poursuit Philippe Vinçon.
La FNB, ainsi que l’ensemble des filières ruminants, l’ont compris. D’autant que le Conseil de l’Union européenne espère trouver un accord politique au mois de mars et le Parlement européen procédera à un vote en plénière mi-mars. Si le sommet européen des chefs d’État sur le budget aboutit, c’est bien un trilogue historique entre la Commission, le Conseil et le Parlement qui commencera. « Rapidement, les professionnels et l’Etat doivent trouver des messages communs à faire parvenir à Bruxelles », soutient Philippe Vinçon. L’AG de la FNB a permis à l’élevage ruminant français de faire le point, notamment sur le premier pilier de la Pac.

Prime à l’hectare fourrager

S’il est une mesure omniprésente dans les préoccupations de l’élevage français pour la future Pac, c’est bien la prime aux hectares fourragers. Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, est parvenu à introduire auprès du Parlement européen la possibilité de primer les 50 premiers hectares. Pour la FNB, c’est un premier pas, mais ce n’est pas suffisant. « La prime sur les 50 premiers hectares doit être affectée aux surfaces fourragères. Ce serait un signal fort à destination de l’élevage », soutient Dominique Daul, secrétaire général adjoint de la FNB. Il s’agirait de primer les prairies permanentes, les prairies temporaires et le maïs ensilage. La proposition fait consensus dans toutes les filières ruminants. « Si la prime aux 50 premiers hectares ne porte pas sur les hectares fourragers, la mesure aura peu d’échos pour les éleveurs d’ovins. C’est une évidence », garantit Serge Preveraud, président de la Fédération nationale ovine (FNO).

Couplage des aides

Les propositions de soutien spécifiques à l’élevage incluent aussi le maintien de la Prime au maintien de la vache allaitante (PMTVA). À ce moment des négociations, Dacian Ciolos, commissaire européen à l’Agriculture, accorde la possibilité d’utiliser 10% du budget pour les aides couplées. La France veut plus et le Parlement européen pourrait autoriser jusqu’à 15%. Mais ce n’est pas encore acquis. « Le Parlement européen, à ce stade, demande 15%. Si nous les obtenons, nous aurons quelques marges de manœuvre », rapporte Pierre Chevalier. « Ce qui est sûr, c’est que le découplage serait une erreur. Les Irlandais se rendent compte que le découplage des aides ne fonctionne pas. S’ils pouvaient recoupler, ils le feraient », explique le président de la FNB qui s’est entretenu avec les représentants de l’élevage irlandais récemment.

Convergences des aides

La revendication de ces aides spécifiques à l’élevage, notamment allaitant, vient en grande partie des inquiétudes portées par la convergence des aides, mesure phare du projet de la nouvelle PAC. Les professionnels préviennent : « Ceux qui croyaient que la convergence avantagerait l’élevage en transférant le soutien des productions végétales aux productions animales se trompent ». Car Stéphane Le Foll le rappelle, « dans cinq ans, il faudra ramener les aides de bases à la moyenne». Sans une convergence différenciée, ce sont les filières d’élevage les plus fragiles qui seront touchées. « Qui va y perdre ? Les éleveurs de veaux de boucherie, les naisseurs et les engraisseurs », appuie Dominique Daul, secrétaire général adjoint de la FNB. Stéphane Le Foll, conscient du problème, analyse : « Face aux différences qui seront induites par la convergence, le couplage est nécessaire et permettra de compenser la moindre productivité du travail et du capital en élevage par rapport aux productions végétales ». Le ministre y travaille et a rappelé devant les éleveurs à Guéret (23) son soutien pour le maintien en particulier des aides couplées pour l’élevage.

Verdissement

« Le cadre européen est incontournable, en particulier pour le verdissement, insiste Stéphane Le Foll, j’ai trop entendu parler de la France qui en fait trop par rapport à ses voisins européens ». Autrement dit, le ministre veut éviter d’ouvrir la voie à une nouvelle concurrence déloyale. Le verdissement, autre point phare de la Pac post-2013, introduit une conditionnalité sur 30% des paiements de base. Cette conditionnalité s’articule sur des critères dits de verdissement que la FNB espère faire évoluer. « Il nous faut plus de flexibilité sur le maintien des prairies permanentes, surtout à un moment où nous avons besoin d’aller vers une autonomie fourragère », explique Dominique Daul. Appuyé par Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB, qui explique même qu’il va falloir « trouver une cohérence agronomique et économique » aux critères du verdissement.
La filière bovine et les pouvoirs publics avancent et font des propositions pour une Pac plus équilibrée, mais ils retiennent aussi leur souffle en attendant le verdict prochain des négociations budgétaires de l’Union européenne, décisives pour le montant de l’enveloppe de la Pac et, de fait, pour l’avenir de l’élevage français.

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