Siclaé, groupe agro-industriel détenu majoritairement par la coopérative Vivescia, a pris, le 11 décembre, le contrôle total de Nutrixo (meunerie – BVP). Si Siclaé détenait déjà la majorité du capital de Nutrixo, il n’en avait pas le contrôle opérationnel. Cette opération, prévue par Vivescia dans le but de se développer sur ses métiers stratégiques, a vu son calendrier a été accéléré en raison de l’amende attribuée par l’autorité de la concurrence en mars à un certain nombre de meuniers dont Nutrixo. La société a fait appel de la décision. Mais la provision constituée à cet effet a pesé assez lourd sur les comptes de Nutrixo et Siclaé sur l’exercice 2011/2012. Entretien avec Alain Le Floch, directeur général de Vivescia, président du conseil de gérance de Siclaé, sur les perspectives de développement du groupe, mais aussi sur la problématique du développement des coopératives et sur la crise que traverse l’élevage.
Agra alimentation : Siclaé a acquis la totalité du capital de Nutrixo et va en assurer la gestion opérationnelle. Cela va-t-il se traduire par des inflexions stratégiques ?
Alain Le Floch : Cette opération a du sens à la fois pour Siclaé et Nutrixo. Cette dernière est la filiale la plus importante de Siclaé, il était cohérent d’en consolider le contrôle.
Quelles sont vos ambitions pour Nutrixo ?
La meunerie en France, les surgelés en Europe, la malterie au niveau mondial : Siclaé est leader ou en position de leader sur ces segments. C’est un atout considérable et nous essayons de le construire sur nos différents métiers.
Nutrixo a connu une très belle période sur les dix dernières années, avec une forte croissance. Cela implique aujourd’hui d’avoir des moyens et des ressources adaptés à sa taille, ce que Siclaé peut lui apporter.
Comment cela se traduit-il pour l’activité surgelés ?
Le surgelé est encore fortement morcelé au niveau européen, il n’y pas de grand leader. C’est un marché en forte croissance, de 2,5 % à 4 % voire 5 % par an. Il fonctionne avec plusieurs réseaux de distribution : la restauration, les points chauds… il y a moyen de créer de la valeur fortement.
Nous pourrons recourir à de la croissance externe sur les zones de croissance dans les surgelés. Nous avons deux usines hors d’Europe. Une au Liban et une plus grande en Thaïlande, qui a ouvert cette année. Elle produit de la viennoiserie sur un marché où le tourisme est une activité importante.
Pourquoi faire le choix de l’implantation locale plutôt que de l’exportation ?
La chaîne du froid est onéreuse sur les longues distances et il y a bien sûr eu des considérations de coûts logistiques dans la décision de s’implanter industriellement en Thaïlande. Mais le fait est que si l’on veut conquérir un marché à long terme, mieux vaut être industriel sur place pour atteindre une certaine taille.
Les perspectives de croissance de notre activité meunerie sont stables, voire légèrement déclinantes. La viennoiserie pâtisserie est beaucoup plus dynamique.
Justement, sur la meunerie, quelle est votre marge de manœuvre ?
La farine est sûrement une industrie qui n’a pas fini de se restructurer. Elle reste organisée nationalement, voire régionalement, mais elle va continuer à se transformer et Nutrixo peut jouer un rôle pivot.
Les meuniers de petite et moyenne taille vont devoir s’adosser à des grands – et c’est possible de plusieurs manières – pour gérer la volatilité. Sa maîtrise fait appel à des compétences et des outils qui impliquent d’atteindre une certaine taille. Il y a aussi l’enjeu, pour ceux dont l’activité dépend fortement de la GMS, de la revalorisation des tarifs.
Serait-il pertinent de scinder les activités meunerie et surgelés ?
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La meunerie et les surgelés sont des activités très différentes. Il n’est pas question de les scinder, cela permet d’équilibrer les risques.
Quel peut être l’impact des amendes prononcées par l’autorité de la concurrence à l’encontre de certains meuniers (dont Nutrixo) ?
Il m’est difficile de commenter l’impact des amendes car nous sommes dans une phase d’instruction juridique. Mais si elles restent au même niveau en appel, le secteur connaîtra une crise très grave de trésorerie.
Malteurop est fortement contributeur au résultat de Siclaé, pourtant le marché mondial est en situation de surcapacité…
Nos usines de malterie tournent à plus de 95 %. Nos ventes ont progressé plus vite que le marché. Malteurop va très bien, même si la situation du marché a créé une pression sur les prix qui a pesé sur nos marges, de même que le décalage dans la répercussion de la hausse des matières végétales. L’entreprise reste effectivement fortement contributrice au résultat.
Philippe Mangin, président de Coop de France, rappelle régulièrement que le droit de la concurrence limite les coopératives dans leur développement… Vivescia et Siclaé n’apportent-ils pas la preuve du contraire ?
Siclaé est une société de droit privé, pas une coopérative. Cela permet d’envisager de multiples formes d’alliance et d’acquisitions. Et comme nos actionnaires sont des coopératives, nous avons le temps comme ami. Nous sommes à même de développer un vrai projet industriel.
Le droit de la concurrence limite certainement les coopératives en Europe, mais au-delà du droit, l’aspect culturel est tout aussi important.
Quel regard portez-vous sur la question de la solidarité entre céréaliers et éleveurs ?
On ne peut pas reprocher aux céréaliers de vivre décemment de leur métier. C’est une activité très capitalistique qui nécessite du foncier, des équipements, et qui peut souffrir d’aléas, notamment climatiques. Alors, oui, en ce moment l’élevage souffre d’un effet de bord.
Mais le vrai problème n’est pas celui du prix de la matière végétale, c’est celui du refus complet de la GMS d’assurer un prix qui permette de rémunérer l’amont, notamment les éleveurs.
La France ne risque-t-elle pas devenir une terre de céréales, avec les implications que l’on sait sur le secteur de la viande ?
Certains peuvent penser que la France deviendra une terre de céréales. Mais la réalité du terroir n’est pas celle là. Certaines zones sont plus adaptées à l’élevage. La France peut-elle se désintéresser d’une filière qui produit des protéines, pour lesquelles il y a une demande, et qui contribue à l’aménagement du territoire ?
La solidarité doit être entre les consommateurs de viande et ceux qui la produisent. Le débat céréaliers-éleveurs est très restrictif. Il est dangereux des les opposer. Beaucoup d’agriculteurs sont à la fois éleveurs et producteurs de céréales et la situation n’est pas binaire.
Il y a un problème avec l’élevage, c’est clair. Ce sont des filières très courtes, à faible marge et il faut qu’elles puissent répercuter les hausses de prix à la GMS. Mais aider l’élevage sans résoudre les problèmes structurels c’est mettre un pansement sur une jambe de bois.