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Coopération Siclaé rationalise son portefeuille d'activités

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Les dirigeants de la holding agro-industrielle, contrôlée à 53,75% par la coopérative Vivescia, viennent par ailleurs de confirmer être entrés en négociations exclusives avec le suisse Givaudan pour le rachat de Soliance (cosmétique).

SICLAÉ veut renforcer ses axes stratégiques et décide de gagner encore plus en profitabilité. « Nous entrons dans la phase 3 de notre développement », ont expliqué lors d'un point presse organisé le 16 avril Pascal Prot et Alain Le Floch, tous deux co-gérants de cette holding agroindustriel bâtie sur les fondations de Vivescia, première coopérative céréalière de France avec 3,9 millions de tonnes de céréales collectées. Après la phase de création (2005-2010), durant laquelle Siclaé a triplé son Ebitda en passant de quelque 40M€ à 140M€, a succédé une phase de consolidation des activités (2010-2014), durant laquelle l'Ebitda n'a pas forcément eu les taux de croissance espérés ! S'ouvre désormais une nouvelle période pour Siclaé, celle de la phase de croissance (2014-2020).

LA VENTE DE SOLIANCE

Le groupe agro-industriel a de fortes ambitions et veut faire passer son Ebitda de 160M€ à 250 M€ d'ici 2020 en s'appuyant sur ses deux principaux métiers : la malterie et la meunerie-boulangerie-viennoiserie-pâtisserie, représentant respectivement 39% et 40% de son chiffre d'affaires (2,45Md€). « Nous avions identifié des activités qui n'avaient pas la performance souhaitée », soulignait déjà Alain Le Floch à l'occasion de l'assemblée générale de Siclaé le 25 octobre 2013.

C'est ainsi que Siclaé annonçait ce jour-là la cession de deux moulins marseillais, d'une unité de fabrication de pains surgelés à Nivelles (Belgique) et surtout un désengagement total de la filière biodiesel à partir de la trituration de colza (voir Agra Alimentation n°2270 du 19 décembre 2013). La holding vient également de confirmer être entrée en négociation exclusive avec le groupe suisse Givaudan, le n°1 suisse des arômes et parfums pour la cession de 100% des parts de sa filiale de cosmétiques Soliance.

Non pas qu'elle ne considère pas les activités de Soliance comme stratégiques, mais bien parce que Soliance, 20 ans après sa création, a besoin de franchir un nouveau palier. « Nous devrions faire un effort financier qui n'est pas conforme à notre nouvelle stratégie », ont expliqué en substance les dirigeants de Siclaé.

Soliance, dirigée actuellement par Frédérique Lafosse, a été créée en 1994 sous l'impulsion du groupe L'Oréal. Le groupe cosmétique s'était tourné à l'époque vers Agro Industrie Recherches et Développements (ARD), le moteur de recherche et d'innovations implanté à Pomacle-Bazancourt, pour produire des auto-bronzants (DHA) et des produits anti-âge (HA), via des souches bactériennes adaptées. Soliance travaille désormais à partir de micro-algues, de matériaux biosourcés et de sourcing végétaux. La filiale de Siclaé qui travaille également sur les tensioactifs avait commencé à se déployer à l'international (Amérique du Nord, Brésil) Soliance a réalisé un chiffre d'affaires de 20M€ et emploie 70 salariés sur ses deux sites de Pomacle et de Pleumeur-Bodou en Bretagne. Filiale à 99% d'ARD, « elle dégage une très bonne rentabilité », selon Alain Le Floch.

DES MARCHÉS DE COMMODITÉS AUX MARCHÉS À PLUS FORTE VALEUR AJOUTÉE

Siclaé réaffirme donc désormais sa nouvelle stratégie de croissance qu'elle veut ambitieuse et surtout appuyée sur les activités constitutives de son cœur de métier. Pour d'autres métiers, des partenariats pourront être envisagés. « Il y a des métiers structurants pour l'agriculture et la transformation sur lesquels il est important pour nous d'être présents. Nous pourrons nous adosser à d'autres pour le développement de certaines d'entre elles si nous considérons que nous n'avons pas tous les atouts », explique Alain Le Floch. « En malt, nous sommes leader mondial avec 11% de part de marché. D'ici 2020, nous voulons porter cette part de marché à 35-45%. Sur le marché européen de la boulangerie viennoiserie pâtisserie, nous figurons à la troisième place avec 5% de parts de marché dans ce marché excessivement atomisé », précise encore ce dernier.

Mais Siclaé veut accroître son influence. Dans le malt, il y a encore des territoires à défricher, que ce soit en Afrique ou en Amérique Latine.

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Dans la boulangerie–viennoiserie, Delifrance, qui est principalement implanté dans le Benelux et en Asie, où la marque dispose de 470 boutiques, possède de véritables relais de croissance. « Notre objectif est bien de renforcer notre base européenne, notamment en Europe du Sud, tout en nous développant en Asie (Chine, Asie du Sud-Est et Japon) avec notre marque Delifrance », rajoute Alain Le Floch. Pour atteindre les 250 M€ d'Ebitda annuel, Siclaé doit évoluer sur des marchés à plus forte valeur ajoutée. « Nous devons passer des marchés de commodités aux marchés à plus forte valeur ajoutée », a-t-il réaffirmé, faisant allusion à la commercialisation de produits plus élaborés.« Nous devons également accentuer notre efficacité opérationnelle, en augmentant au besoin notre attractivité auprès d'investisseurs qui partagent les mêmes valeurs que nous ».

Enfin, il s'agit pour Siclaé de consolider ses positions de leadership en Europe, mais aussi de mener des stratégies offensives dans les pays émergents. Siclaé est à l'affût de nouveaux relais de croissance. « Dans les mois qui viennent, nous arbitrerons notre portefeuille d'activités », ont ainsi précisé les dirigeants de Siclaé. La holding n'exclut pas de continuer à désinvestir dans certains secteurs comme ce fut le cas dans le biodiesel, voire de réduire sa participation dans d'autres filières en passant le relais à des groupes leaders dans leur domaine d'activité.

UNE LEVÉE DE FONDS DE 61,5 M€

Siclaé s'est en tout cas donné les moyens de son développement futur avec deux levées de fonds successives. Dès novembre 2009, une première émission de 107 M € permettait de développer les fonds propres de Siclaé, mais offrait aussi l'occasion aux coopérateurs, et aux salariés d'être associés à la valorisation des activités de transformation de céréales. 3 500 personnes physiques ont ainsi souscrit pour 17 M €.

À l'automne 2013, Siclaé a réalisé une nouvelle levée de fonds dont l'objectif était fixé à 70 M €. Le groupe agro-industriel a effectivement levé 61,5 M €, dont 55 M € auprès des coopératives actionnaires et des investisseurs financiers (Bpifrance, Unigrains et Crédit Agricole Nord-Est) et 6,5 M € auprès des salariés et adhérents coopérateurs.

Dans le monde coopératif, Siclaé a été véritablement précurseur dans le domaine, que ce soit dans son ouverture du capital, de la valorisation du titre Siclaé ou de la conversion des dividendes. En effet, la coopérative Vivescia vient de proposer à ses adhérents d'affecter une partie du résultat de la coopérative « non pas en cash, mais en obligations convertibles en actions ». Une première dans le monde coopératif agricole français.

VIVESCIA ENRACINÉ SUR SON TERRITOIRE

Les 11 443 adhérents de Vivescia cultivent 1 million d'hectares en Champagne-Ardenne. Le groupe coopératif collecte 3,9 M tonnes de céréales. C'est le 6e groupe agroalimentaire français derrière Danone, Lactalis, Pernod Ricard, Nestlé France, Bigard… et qui emploie 8 000 collaborateurs environ. 16 usines sont implantées en Champagne-Ardenne (2 500 emplois directs).

SICLAÉ DANS LE TOP 10 DES IAA FRANÇAISES

Siclaé est né en 2005 de la volonté de 5 coopératives du nord-est de la France de réunir au sein même d'une même structure leurs intérêts dans le domaine de la transformation des productions végétales. Elles ont souhaité développer un groupe de dimension internationale fondé sur un ancrage régional et orienté sur les filières céréalières. Siclaé représente un ensemble de plus de 6546 salariés et est implanté dans 25 pays. Il a réalisé un chiffre d'affaires de 2,455 Mrd € dont 40% dans la meunerie et boulangerie et 39% dans la malterie