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Produits laitiers Sill Entreprises toujours en quête de croissance externe

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À quelques semaines d’annonces attendues quant à succession de l’actuel p.-d.g. Gilles Falc’hun, la fédération de PME Sill Entreprises dévoile sa nouvelle usine du Petit Basque près de Bordeaux. Cet investissement de 9 millions d’euros démontre sa capacité à accompagner et anticiper les tendances actuelles du marché : l’ultra-frais à partir de lait de brebis, les produits biologiques, les desserts végétaux et les marques à forte identité régionale. À côté de la croissance organique, Sill Entreprises s’intéresse toujours aux acquisitions avec une enveloppe de 30 à 40 millions d’euros pour des PME françaises des secteurs des plats cuisinés ou du bio. Plusieurs dossiers sont actuellement examinés par le groupe basé dans le Finistère.

Neuf millions d’euros, c’est le montant que vient de débourser le groupe finistérien Sill Entreprises (410 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017) pour moderniser, compléter et augmenter les capacités de son usine de Saint Médard d’Eyrans, à une vingtaine de kilomètres au sud de Bordeaux. Dans ce site industriel de sa filiale Le Petit Basque, l’investissement qualifié par le groupe de « stratégique » a consisté à agrandir le bâtiment de 2 500 m2 pour le porter à 8 000 m2, installer une nouvelle ligne de conditionnement (3 millions d’euros) conçue par l’équipementier Doselec, et se doter de nouvelles salles : atelier, salle de préparation, échantillothèque, salle de pesée, frigo à froid positif, zone de stockage et quai de déchargement.

À l’occasion de l’inauguration de ce site modernisé le 20 septembre, Gilles Fallc’hun, le p.-d.g. de Sill Entreprises, a détaillé à Agra Alimentation le montage financier ayant permis de concrétiser cet investissement important : « Une subvention de 564 000 euros de la région Nouvelle Aquitaine au titre de l’accompagnement des industries agroalimentaires, une subvention de Feader de 636 000 euros et surtout la mobilisation de fonds propres du groupe Sill et de crédits bancaires. » Ce nouvel équipement est complété par une plateforme logistique de 10 000 m2 que le groupe vient d’acquérir auprès de DHL, à Beautiran, près de Saint-Médard d’Eyrans. Il s’agit d’un investissement de 3 millions d’euros auxquels s’ajoute 1 million d’euros pour les travaux. « Cette plateforme destinée à la livraison des clients du sud de la France va nous servir pour le Petit Basque mais aussi pour les autres produits des entreprises du groupe Sill », précise Gilles Fallc’hun.

Avec ce site rénové et renforcé, le Petit Basque assure la poursuite de son développement. Sill se montre particulièrement satisfait de l’acquisition en 2014, pour un montant non dévoilé, de cette PME à rayonnement régional à partir de son implantation bordelaise. En 2014, l’entreprise réalisait environ 30 millions d’euros de chiffre d’affaires et en 2018, elle devrait atteindre presque 60 millions d’euros, un montant proche des autres entités laitières de Sill que sont Le Gall et Malo. Le Petit Basque a été acquis auprès des frères Frédéric et Hubert Martin (Lou Gascoun, Mercadier, Gironde Spécialités), dont l’un des deux, Hubert Martin, est resté aux commandes du site de Saint Médard d’Eyrans.

Le Petit Basque se diversifie dans le végétal

Pour arriver à ce résultat, le Petit Basque a développé son portefeuille de clients, amplifié son rayonnement au-delà du Sud-Ouest, multiplié les partenariats de sous-traitance, lancé de nouveaux produits et aussi profité de l’engouement des clients pour les laits alternatifs comme le lait de brebis dont l’usine est spécialiste. Les produits ultra-frais à marque Le Petit Basque détiennent aujourd’hui en GMS française une part de marché de 30,2 %, et sur les seuls produits ultra-frais à partir de lait de brebis, la part de marché de la société Le Petit Basque monte à 58 % en GMS françaises. Au-delà du produit emblématique de la marque, le caillé de brebis, le Petit Basque a développé de nombreuses recettes à partir du lait de brebis, comme par exemple Douceur de brebis, une innovation que la marque se refuse à confectionner sous MDD. Elle a aussi lancé des recettes éloignées de son ingrédient de référence comme des moelleux au chocolat avec cœur fondant pour le rayon frais. Aujourd’hui, l’usine tourne presque au maximum de ses capacités (en 3x8, sauf le dimanche) et produits à 45 % pour sa marque et à 55 % pour les MDD, l’export, et le food service.

Face aux nouvelles attentes des consommateurs pour le végétal, le Petit Basque a lancé au 2e trimestre 2018 une nouvelle marque, June, et débute ainsi dans cet univers apparemment éloigné des produits laitiers mais avec qui il partage plusieurs points communs. « Nous faisons le choix du végétal mais en gardant notre parti pris pour le goût, la qualité des matières premières et une liste courte d’ingrédients », explique Frédérick Bourget, le directeur marketing de Sill. D’où le choix de recettes mono-graine (sans mélange avec le soja, souvent retenu pour son prix bas), de texture qualitatives (lait d’amande avec des morceaux) et des filières identifiées comme l’amande d’Espagne ou le lait de coco du Sri Lanka.

Les produits sont destinés aux GMS et ne se positionnent pas sur les niches bio ou végane. June propose 10 références toutes confectionnées à Saint Médard d’Eyrans qui devient ainsi le site de Sill Entreprises spécialisé dans les desserts végétaux en récupérant la fabrication du lait de riz biologique à marque Grandeur Nature que le groupe fabriquait déjà en Bretagne. Frédérick Bourger pense déjà à la prochaine étape du développement de June : « Après les desserts, June pourrait devenir la marque transversale de Sill pour l’univers du végétal », explique-t-il. Sill fabrique déjà des burgers végétariens pour le food service britannique, qui pourraient être distribués dans les GMS hexagonales.

Toujours en quête de PME à acquérir

Sill Entreprises a mené ces dernières années une politique de croissance externe régulière avec l’acquisition de Le Gall en 1998, de Malo en 2008 et du Petit Basque en 2014. La « fédération de PME » comme elle se définit, est toujours à l’affut d’une opération. « Nous sommes en veille permanente pour des acquisitions dans le secteur des plats cuisinés surgelés, un marché en décroissance où il y aura des consolidations », estime Gilles Fallc’hun qui juge ne pas être assez présent sur le dessert surgelé sucré. « Le bio est un autre axe de développement avec des petites entreprises qui ont besoin de s’adosser à un opérateur plus important pour réussir leur croissance », poursuit le p.-d.g. Et même si les acheteurs potentiels de PME du secteur bio sont nombreux, Gilles Fallc’hun estime qu’il est possible de réaliser des opérations auprès d’entreprises réalisant un chiffre d’affaires de 5 à 10 millions d’euros par an. Selon lui, Sill Entreprises dispose d’une enveloppe de 30 à 40 millions d’euros pour des acquisitions, qui devraient se concrétiser d’ici les 3 à 4 prochaines années.

La diversification des activités au-delà des produits du lait de vache conventionnel, vers le végétal, les plats cuisinés, les jus de fruits, le bio ou encore le lait de brebis, est vue comme un gage de résistance par Gilles Fallc’hun. « Face à une volatilité accrue des matières premières, notre modèle est cohérent et résilient contrairement à ce qu’on nous disait avant la crise de 2008 », explique-t-il. D’ici 2020, une nouvelle source de diversification devrait voir le jour au sein du groupe avec le lait infantile en poudre. Le groupe avait déjà une activité dans le séchage de lait, mais les produits n’étaient pas destinés aux nourrissons et jeunes enfants. Après plusieurs reports dus à des recours des riverains opposés à l’installation de la tour, ce projet estimé à 80 millions d’euros va enfin voir le jour à Landivisiau, financé auprès d’Arkea et CM CIC, avec la BPI pour chef de file. Le chinois Yinqiao Dairy (futur client de la poudre de lait infantile) devrait entrer au capital de la société propriétaire de l’équipement à hauteur de 5 à 10 % (actuellement en discussion).

Pour assurer le financement de la tour, ainsi que les investissements courants sur les sites industriels et les acquisitions à venir, Sill Entreprises estime ses besoins à 150 millions d’euros qui seront apportés par la BEI pour 30 à 50 millions d’euros, en fonction de l’aboutissement de la négociation en cours.

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Reste à savoir qui va piloter l’ensemble de ces nombreux projets à venir. Sill Entreprises devrait bientôt dévoiler le nom du successeur de Gilles Fallc’hun. Le groupe est détenu à 85 % par deux familles, les Fallc’hun et les Léon, dont plusieurs membres occupent des fonctions opérationnelles. Par exemple, Gilles Fallc’hun a trois fils dans le groupe : Tristan, qui assure la direction commerciale de Sill, Gurvan, à la tête des plats cuisinés et Yann Gaël, chargé du développement commercial en Amérique latine, en parallèle d’une activité viticole en Argentine. Quant à Henri Léon, il est directeur général délégué du groupe Sill. La direction du groupe pourrait aussi être confiée à une personne étrangère aux familles actionnaires, en faisant fonctionner la promotion interne ou en recrutant à l’extérieur. Tous les scénarios sont sur la table. Seule certitude : une décision sera dévoilée d’ici la fin de l’année.

Sill Entreprises : les chiffres clés

– 411 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017

– 24 % du chiffre d’affaires réalisé à l’export (surtout au grand export)

– 50 % du chiffre d’affaires réalisé sous marque

– 1000

– 8 usines, dont 6 en Bretagne

– 220 millions de litres de lait collectés, dont 15 millions de litres de lait biologique

– 15 millions de litres de lait de brebis collectés auprès de 111 producteurs de l’Aveyron

– Principales entités : Sill (produits laitiers secs et frais, purées infantiles, jus de fruits potages), Malo (1ère marque en GMS, 80 millions d’euros de chiffre d’affaires), Le Gall (1ère marque en volume, 60 millions d’euros de chiffre d’affaires), Petit Basque (56 millions d’euros de chiffre d’affaires), Matines (seulement pour la poudre de lait à l’export), Primel Gastronomie (plats cuisinés surgelés).