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Volaille/Crise Situation toujours confuse autour de la reprise de Doux

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Les représentants du personnel du groupe volailler en redressement judiciaire depuis le 1er juin étaient convoqués pour un comité central d’entreprise, le 17 juillet, au siège social, à Châteaulin (Finistère). L’ordre du jour portait sur l'examen des offres de reprises présentées aux administrateurs judiciaires, et leurs propositions pour le plan de sauvegarde de l'emploi. À l’issue de cette réunion, il semble délicat de définir quelle sera la future physionomie du groupe que retiendra le tribunal de commerce, le 27 juillet prochain. En revanche, personne ne nourrit de grandes illusions sur les perspectives pour l’emploi.

Philippe Tillous-Borde, président de Sofiprotéol, à l’origine d’une « offre de reprise concertée » regroupant plusieurs industriels du secteur, et Daniel Sauvage, directeur général de Tilly Sabco qui participe à cette offre commune, mais a également fait une proposition en nom propre, avaient fait le déplacement, pour présenter leurs plans. Charles Doux, président-directeur général du groupe portant son nom, n’a pas détaillé son plan, annonçant la présentation de celui-ci pour le 24 juillet prochain. La seule certitude à l’issue de cette journée concerne le nombre de propositions de reprise qui sera limitée à dix, Proteis, qui avait formulé une offre pour le site de Kergonan-Quimper et le néerlandais Hendrix, qui en avait fait de même pour le site de Trébéon, ayant tous deux annoncé qu’ils retiraient leur offre respective. La proposition qui semble faire le plus largement consensus est celle défendue par un regroupement d’industriels coopératifs et privés, sous la houlette de Sofiprotéol.

Une offre concertée à huit
Le groupe financier et industriel a réuni autour de lui les sociétés Glon-Sanders (qui est l’une de ses filiales), LDC, Tilly-Sabco, Duc et Guernevez Participation (Volailles du Poher) et les coopératives Triskalia ou Terrena. Le plan de reprise peut apparaître comme un démantèlement concerté, chacun des participants ayant fait connaître son intérêt pour tel ou tel actif clairement identifié au sein du groupe. Cependant, ces offres n’excluent pas des alliances entre les acteurs qui peuvent ainsi susciter une offre qui n’aurait pas existé à titre individuel. On peut citer le cas du leader de l’aliment du bétail Glon Sanders et du volailler Duc qui reprendraient, sous forme de « joint venture », une grande part de la branche aliments de Doux (Doux Aliments Bretagne, Doux Aliments Sologne) de même que Doux Accouvage et Doux Poussins ainsi que les Abattoirs de Boynes (poulets) et Blancafort (dindes). Autre exemple d’intérêts économiques liés, la reprise de la branche poulet export par Tilly Sabco (Châteaulin, Chantonnay). Celui-ci élargirait son tour de table non seulement à un actionnaire extérieur, un groupe saoudien selon plusieurs sources, mais également à un holding constitué de Sofiprotéol, Terrena et LDC. Quant aux sociétés Doux Aliments Bretagne et Doux Aliments Cornouaille (Pluguffan), elles seraient reprises par une « joint venture » entre Glon Sanders et Triskalia, intégrant des engagements d’approvisionnement en aliments et en animaux qui concernent aussi Tilly Sabco. Ces alliances n’excluent pas les approches individuelles. Terrena récupérerait Soprat (découpes) à La Vraie Croix et l’usine de Sérent, deux activités centrées sur la marque Père Dodu. L’usine de Quimper ne serait pas reprise dans cet ensemble. Glon Sanders acquerrait seul l’usine Doux Aliments de Vendée (L’Oie), LDC prendrait le contrôle du fonds de commerce attaché à l’établissement de Laval. Les volailles du Poher exploiteraient le site de Plouray. Le site de Kergonan-Quimper pourrait être repris par Tilly-Sabco qui propose aussi de reprendre une partie des activtés de Père Dodu Quimper. Un site qui intéresse également la Financière Lafayette-Turenne (William Saurin, Paul Prédault), non associée à l’offre concertée. En revanche, le sort de l’usine de Pleucadec (Morbihan) et ses 407 salariés semble définitivement scellé, personne n’ayant manifesté un quelconque intérêt pour celui-ci. Il est vrai que celui-ci est dédié à la viande de dinde, un secteur actuellement en pleine crise. Il en est de même pour le site de Graincourt (Pas de Calais) et ses 253 salariés, spécialisé dans le poulet.

Un projet à venir de la part des anciens dirigeants
Charles Doux a de son côté informé le CCE qu’il présenterait mardi 24 juillet 2012 son plan de financement de la période d’observation ainsi que les grandes lignes de son plan de continuation. Il s’est toutefois refusé à toute précision. Il estime avoir « recueilli les financements nécessaires pour poursuivre la période d’observation et concrétisera ces accords en fin de semaine ». Il a par ailleurs fustigé les offres concurrentes, « consternantes, tant au plan social, qu’au plan économique », les qualifiant « d’un démantèlement avec six offres séparées, présentées toutes ensemble pour tenter d’obtenir sous pression la vente des actifs de l’entreprise à un prix dérisoire ». Il précise que le plan qu’il soumettra « réunira au sein du capital, les éleveurs, les salariés et de nouveaux investisseurs qui sont des professionnels du secteur ».

Déception des employés
Reste à réunir plus de précisions sur les futurs investisseurs contactés. Ceux-ci seraient des amis de la famille, originaires du Moyen-Orient. Les éleveurs pour leur part n’ont pas fait savoir s’ils adhéraient à ce projet qui ressemble davantage à un abandon de leurs créances plutôt qu’à une adhésion volontaire au projet. Quant aux employés, il semble bien illusoire de croire en leur soutien. « Il est curieux que Charles Doux découvre qu’il est responsable d’un groupe qu’il s’est refusé à diriger tout au long de ces années », nous a déclaré Vanessa Perrotin, en charge du secteur des industries de la viande au sein de la FGA-CFDT. Ils s'interrogent également sur la manière avec laquelle Charles Doux va pouvoir épurer sa dette brésilienne. Ils estiment que les autres solutions externes offrent une meilleure sécurité pour l’emploi, même s’ils souhaiteraient avoir des engagements de la part des repreneurs choisis sur la pérennité de ces emplois dans un, voire deux ans. Pour l’heure, ils ont fait leur compte et redoutent que le plan de reprise ne se traduise par 1 600 suppressions d’emploi. Les acteurs participant à l’offre concertée ont toutefois fait savoir que leurs propositions pourraient être revues dans une optique plus favorable. Ils ont également affirmé vouloir tout faire pour faciliter des reclassements en dehors du groupe. Le dossier est toujours suivi de très près par les membres du gouvernement. Le nouveau ministre délégué aux industries alimentaires, Guillaume Garot, s’est rendu le 13 juillet à Brest où il a rencontré les représentants du personnel et les élus locaux.

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