Les structures coopératives de l’Ouest, le groupe laitier Even et le groupe de viande Socopa, vont regrouper leurs forces industrielles dans le veau de boucherie pour former le nouveau numéro 1 du secteur en France et le n°3 en Europe. Un accord qui s’inscrit dans « un contexte de réorganisation en profondeur du secteur agroalimentaire », ont commenté les deux groupes.
Un projet d’envergure », un puissant « accélérateur de croissance », commente Jean-Luc Ménard, directeur des productions animales de la coopérative laitière Even à Ploudaniel (Finistère). L’accord annoncé la semaine dernière entre Even et Socopa en veau de boucherie complète la panoplie industrielle de ce dernier, déjà leader français de la viande.
Avec 33 000 tonnes de veaux de boucherie par an, la filière nouvelle de Socopa ravit la première place en France au leader Tendriade (groupe Lactalis), et décroche la troisième place au plan européen. Dans les faits, la filière veau d’Even, Kerguélen, forte de deux abattoirs-ateliers de découpe et d’une unité « produits élaborés » (100 millions d’euros de ventes pour 18 000 tonnes) passe entièrement sous la coupe de Socopa.
En échange, Socopa fait entrer Even dans le capital de sa holding de tête (Socopa SA) à un niveau dont le chiffre est tenu secret et la fait s’asseoir à son conseil de surveillance Even y retrouve Coopagri Bretagne, son partenaire dans la commercialisation de produits laitiers, et les groupes coopératifs Agrial, Cap Seine, Cam, Cavac, Union Set, Socaviac et Est Appro.. Socopa ajoute au nouvel ensemble les 7000 tonnes de veau qu’elle abat essentiellement à Coutances (Manche) et les 9000 tonnes négociées par ailleurs.
Jusqu’ici Soopa faisait la quasi totalité de son activité dans les viandes de bovin et de porc dont il a abattu en 2005 un peu plus de 486 000 tonnes. Il a acheté en plus 154 000 tonnes de viandes (agneau, veau et divers) pour servir l’ensemble de ses clients. Son chiffre d’affaires (2005) a atteint 2 milliards d’euros.
Une culture commune
Even réfléchissait depuis longtemps aux moyens de parvenir à un meilleur rang sur le marché français. Tout a été très vite avec Socopa : « Les points communs de nos cultures d’entreprises (…) ont favorisé une négociation rapide », a commenté Christian Couilleau, directeur général d’Even, dans le communiqué commun qu’ont publié Even et Socopa.
Sur le plan stratégique, « il fallait (à Even) des relais logistiques ou industriels » pour s’étendre au plan national. (…) Nous étions limités par la logistique », poursuit Jean-Luc Ménard. Kerguélen intègre désormais les flux Socopa.
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La filière nouvelle du spécialiste coopératif de la viande s’appuie donc sur les deux abattoirs ex-Kerguélen situés à Brest (Finistère) et Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine), dotés respectivement de 12 000 et 6000 tonnes de capacités.
Socopa dote sa filière essentiellement de l’unité d’abattage de Coutances (Manche), et accessoirement de celles de Guingamp (Côtes d’Armor) et le Neubourg (Eure).
Grâce à Kerguélen, Socopa hérite d’une unité de découpe et de produits élaborés flambant neuve située à Lamballe (Côtes -d’Armor), mise en service il y a moins de deux ans après que la précédente unité ait été détruite par un incendie.
L’outil possède les principaux équipements pour conditionner le veau selon les besoins des clients, en RHD, métier important pour l’ex-Kerguélen comme en GMS. Caissettes, UVCI, produits élaborés ou cuits… l’outil possède la souplesse industrielle pour s’adapter. Socopa y apportera son expertise pour inventer de nouveaux produits élaborés en veau, et l’ensemble de ses marchés pour les diffuser au plus près de tous les consommateurs.
Maintien de la marque Kerguélen
Il n’est pas prévu, en revanche, que la marque Valtéro qui « sticke » les viandes de porc et de bovin de Socopa estampille ses produits de veau. La marque Kerguélen restera, assurent pareillement Jean-Luc Ménard et Pierre-Yves Perrin, le porte-parole de Socopa. La viande de veau a sa propre logique, explique en substance Jean-Luc Ménard. « C’est une filière dynamique si elle est différenciée des autres viandes, poursuit-il. (…) Le veau est spécifique, les consommateurs savent qu’il est issu d’une alimentation faite à base de produits laitiers. »
Aucune prévision de chiffre d’affaires ni projection d’investissements industriels n’a été donnée, car les autorités de la concurrence ne se sont pas encore prononcées sur la validité du rapprochement. Elles devraient le faire d’ici la fin juin, selon Even et Socopa. Quant à l’intégration des équipes Kerguélen dans Socopa, elle interviendra dans les prochains mois, ajoute sans plus de précisions Pierre-Yves Perrin.