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FINANCEMENT Socreha se tourne vers la foule pour financer son développement

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Le spécialiste de l'aménagement des distributeurs automatiques Socreha a convaincu en moins d'une journée une cinquantaine de particuliers de lui apporter, via une plateforme de crowdlending, un total de 200 000 euros pour financer son besoin en fonds de roulement.

C'est en se tournant vers des particuliers que la société Socreha a réussi à trouver le financement nécessaire à son développement. L'entreprise, basée à côté de Lyon à Meyzieu, a en effet obtenu 200 000 euros auprès de Look&Fin, une plateforme de « prêts participatifs » – ou « crowdlending », qui propose à des particuliers de financer les besoins des entreprises. « En dehors de l'affacturage, aucun éta-. « En dehors de l'affacturage, aucun établissement bancaire ne finance le Besoin en fonds de roulement (BFR), indique Lionel Dard, fondateur et directeur de la société Socreha, qui propose à ces clients (parmi lesquels Lagardère Travel, Lavaz-za, Coca-Cola, Mars ou Pelican Rouge) des solutions sur mesure pour leurs espaces de détente. « Suite à un développement important, nous voulions soutenir notre trésorerie et notre BFR, mais nous souhaitions garder l'entreprise au sein de la famille – et donc éviter d'ouvrir le capital – et sortir du rachat de factures », explique encore ce dernier.

PRÉSÉLECTION DRASTIQUE 

Concrètement, une petite cinquantaine de particuliers ont accepté de prêter un ticket moyen de 4 000 euros à Socreha, convaincus par la présentation du dossier réalisée par Look&Fin sur son site. « Nous avons mis en avant trois éléments majeurs, qui nous nous-même avaient convaincus : le fort taux de croissance de Socreha, qui est passée d'un chiffre d'affaires de 500 000 euros en 2013 à 2,1 millions d'euros en 2015, sa compétitivité, ensuite, car nous avons constaté que sur les 448 appels d'offre auxquels

Socréha a répondu en 2015, elle en gagné plus de 400. Enfi n, jusqu'à présent, l'entreprise avait presque entièrement autofi nancé son développement. Elle présente une excellente structure fi nancière », souligne Frédéric Levy Morelle, fondateur et CEO de Look&Fin, qui rappelle que seuls les meilleurs dossiers sont présentés aux éventuels prêteurs, après une présélection « drastique ». « Nous réalisons tout d'abord une analyse fi nancière détaillée sur les trois derniers exercices et nous nous assurons que l'entreprise a des capacités de remboursement en ligne avec son besoin de financement. Ensuite, nous étudions la globalité de l'entreprise pour ne présenter que les dossiers les plus solides ». Une analyse qui prend en moyenne entre 5 et 7 jours, « à partir du moment où le dossier est complet », indique le dirigeant. « C'est un important critère de différenciation par rapport aux structures bancaires, qui ont besoin de plus d'un mois, dans 35% des cas, pour octroyer un crédit ».

L'AVANTAGE DES « BONS DE CAISSE »

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De fait, le dirigeant de Socreha ne manque pas aujourd'hui de conseiller le crowdlending aux jeunes entrepreneurs, estimant « que c'est un financement très efficace et surprenant à la fois ». Rassurant, aussi, car les analyses financières et la présentation du projet réalisée par LookandFin donnent une vision extérieure sur la (bonne) gestion de la structure.

Les prêteurs recevront de Socreha un intérêt de 8,5% par an. L'entreprise, qui a emprunté sur trois ans, va donc rembourser tous les mois la somme de 6 300 euros (constituée d'une part de capital et d'une part d'intérêts), qui sera répartie entre les prêteurs. La forme choisie par Look&Fin pour ses financements, des « bons de caisse » (bientôt remplacés par les « mini-bonds » dans le cadre de la Loi Macron – voir encadré), permet à la plateforme de s'affranchir du plafond réglementaire de 1 000 euros par prêteur (sur un même projet). « Alors que le prêt participatif moyen s'élève à 170 euros par dossier en France, nos prêteurs affi chent un ticket de l'ordre de 4 000 euros par entreprise. Nos emprunteurs lèvent eux en moyenne 240 000 euros, contre 100 000 euros, en moyenne sur le marché français », explique Frédéric Levy Morelle. 

Crowd... lending ou funding ?

Le « financement participatif », mode de financement des entreprises par tout un chacun, fait aujourd'hui beaucoup parler de lui, mais il ne faut pas confondre ses deux principales formes que sont le « crowdlending » et le « crowdfunding ». La première, qui draine la plus grande partie des volumes, désigne un financement d'entreprises par des prêts souscrits à des particuliers. Dans le « crowdfunding » – un terme souvent utilisé de façon générique pour désigner l'ensemble des financements participatifs – les particuliers contribuent au capital de l'entreprise et portent donc un risque supérieur. Le financement participatif englobe également des formules solidaires d'aides à de petites structures, à travers par exemple le don ou le « don avec contreparties en nature », notamment proposés par la plateforme Miimosa (spécialisée dans les secteurs de l'agriculture et de l'alimentation).

Selon l'agrégateur crowdlending.fr (qui enregistre les données de 14 spécialistes du crowdfunding dont Lendix, Lendosphere, Unilend, Prexem, Pretgo, et Look&Fin pour ses financements sur le territoire français etc.), les plates-formes de financement participatif françaises auraient permis de financer les entreprises à hauteur de 27 millions d'euros entre janvier et mai 2016, avec un total de 263 projets enregistrés (à comparer à 113 projets pour l'ensemble de l'année 2015). Les entreprises financées ont emprunté depuis le début de l'année 2016, une moyenne de 102 000 euros, sur 37,4 mois, à un taux de 7,02%.

Face à l'engouement, tant des entreprises que des particuliers, pour ces nouveaux financements, le gouvernement a récemment fait évoluer leur cadre juridique. Ainsi, à compter du 1er octobre 2016, les plates-formes de crowdlending (qu'elles aient le statut de prestataires de services d'investissement – PSI – ou de conseillers en investissements participatifs, CPI, pourront toutes proposer aux particuliers et aux entreprises des « minibons » émis par des sociétés qui cherchent à se financer. Emis pour 5 ans (par des entreprises pouvant justifier d'au moins 3 ans d'existence), ces titres sont nominatifs et comportent un engagement de remboursement par l'emprunteur, intérêt et capital, à une échéance déterminée. Ils devraient remplacer les «  bons de caisse  » actuellement largement utilisés. CD