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En direct avec Claude Sendowski Sodiaal aura du mal à faire aussi bien qu’en 2008

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Le groupe laitier Sodiaal, après être sorti du rouge en 2007, a continué à se rétablir lors de son dernier exercice. Son résultat net part du groupe a en effet atteint 34,9 millions d’euros, contre 21,1 millions d’euros l’année précédente. L’entreprise a bénéficié de ses multiples innovations, notamment le concept innovant « Silhouette active », et de la réussite de ses plans de productivité, qui lui ont permis de traverser une année très difficile pour le secteur. Sodiaal en a profité pour acquérir le spécialiste du lait en MDD Orlait, dont il vient d’atteindre 51 % du capital, et de reprendre ainsi un des deux sites industriels de Comalait. Cette année, le groupe compte freiner les innovations, mais renforcer ses investissements publi promotionnels. Sodiaal a pour objectif de voir son résultat courant consolidé atteindre 24 millions d’euros et ses volumes rester stables, ce qui va être très difficile, de l’aveu de Claude Sendowski, directeur général du groupe. L’entreprise subit en effet de plein fouet la chute des cours des coproduits laitiers, la crise du prix du lait et la hausse des importations allemandes de lait premier prix.

« En 2008, nous avons continué la consolidation et le redressement du groupe », explique Claude Sendowski, directeur général de Sodiaal, à Agra alimentation. « Avec 19 millions d’euros de résultat courant consolidé hors Yoplait (contre 6 millions d’euros en 2007) et 35 millions d’euros de résultat net part du groupe, nous avons amélioré significativement notre situation. Nos résultats sont conformes à notre budget et à notre business plan », poursuit-il, en insistant sur sa double satisfaction : la réussite de l’ensemble des plans de productivité, en particulier dans le lait de consommation d’une part, et l’amélioration des coûts logistiques et des achats d’autre part. Au total, Sodiaal a réalisé un chiffre d’affaires de 2,7 milliards d’euros l’année dernière contre 2,2 milliards d’euros en 2007. La poursuite de la consolidation de l’activité lait de consommation de Sodiaal est passée notamment par l’acquisition de 30 % du capital d’Orlait. « Depuis fin avril 2009, Sodiaal détient 51 % d’Orlait », confie Claude Sendowski. Sodiaal a ainsi récupéré un des deux sites de Comalait, une société qu’Orlait a acquise l’année dernière, l’autre site ayant été repris par Le Glac. « Nous n’avons repris que le site de Vichy, car il correspondait bien à l’évolution de notre schéma industriel. Il nous dote d’une capacité additionnelle de bouteilles dont nous avions besoin. Nous récupérons un beau site industriel, moderne, avec trois lignes et le fonds de commerce MDD et premier prix (essentiellement à l’international) qui va avec », souligne Claude Sendowski.

Une année de lourds investissements et d’innovations pour Candia

C’est une bonne opération pour Candia, qui récupère ainsi 200 millions de litres de capacités de production. Dans le lait de consommation, Sodiaal a également poursuivi sa politique d’innovation et lancé plusieurs nouvelles gammes, en particulier « Silhouette active », un produit qui contient une molécule active présentant la propriété d’agir sur le système de digestion pour réduire la sensation de faim. Le groupe a également revisité sa gamme « Viva ». La gamme « Oui aux petits producteurs », ciblée sur les agriculteurs des zones de montagne avec de faibles revenus, a également été créée l’année dernière. Il est difficile pour le groupe de juger déjà ses lancements de septembre 2008. « Pour l’instant, nous pouvons juste constater que la montée en puissance des produits s’est bien faite et que les rotations des premiers mois sont satisfaisantes », se réjouit Claude Sendowski. Outre les innovations, 2008 a été une année de lourds investissements pour Candia : 20,6 millions d’euros ont été dépensés pour renforcer la spécificité et la compétitivité de chacune des usines. Candia a maintenu ses parts de marché l’an passé avec 16,3 % en volume, contre 13,7 % pour Lactel (hors Nutricia : 0,4 %) en lait de consommation, lait frais et lait infantile.

Au début du chemin

Sodiaal peut être satisfait de ses résultats 2008, étant donnée la conjoncture difficile traversée par le secteur : l’abondance de lait s’est confrontée à l’effondrement des cours du beurre, de la poudre et du sérum. « Le coût de gestion de nos excédents a été très élevé par rapport aux années précédentes », confirme le directeur général de Sodiaal, pour qui la hausse du résultat net du groupe est la preuve que les plans d’action de productivité ont porté leurs fruits, surtout dans le domaine du lait de consommation. « Pour une fois, le fait d’être un gros acteur du lait de consommation nous a aidé. Nous avons réussi à restaurer un niveau minimum de rentabilité dans ce domaine. Mais avec seulement 19 millions d’euros de résultat courant (hors Yoplait) soit juste 1 % de notre chiffre d’affaires, nous n’avons pas de quoi crier victoire. C’est une amélioration significative par rapport aux années précédentes, mais nous ne sommes encore qu’au début du chemin », explique Claude Sendowski.

Bons résultats des coentreprises

Concernant les fromages, l’année 2008 a été marquée par la joint-venture avec Bongrain, pour créer la Compagnie des Fromages & Richesmonts (679 millions d’euros de chiffre d’affaires), qui est le deuxième intervenant européen en matière de pâte molle et le premier en raclette. Cette année de démarrage a été difficile pour la coentreprise : il a fallu fusionner les équipes, les actifs, et réaliser les premières synergies. De plus, 2008 a été très compliquée pour les groupes fromagers, à cause du coût des excédents, de l’effondrement des cotations sérum et des difficultés à répercuter les augmentations de la matière première laitière dans les prix aux consommateurs. Mais globalement, les objectifs de Bongrain et Sodiaal ont été réalisés. « Nous avons constitué cette alliance car Bongrain et Sodiaal avaient tous deux un problème stratégique de taille critique. Nous n’avions pas la taille critique suffisante pour réaliser les investissements industriels et marketing nécessaires par rapport aux grands acteurs de taille européenne », indique le directeur général de Sodiaal. En 2008, cette alliance a permis de nombreux investissements. Ils se sont élevés à 12,5 millions d’euros sur l’ensemble des neuf sites industriels de CF&R. La joint-venture a bénéficié de ses marques très complémentaires, en particulier Cœur de Lion et Rustique. Concernant la prise de décision, il s’agit d’une co- gouvernance complète. « C’est un vrai 50/50 dirigé par un directeur général nommé par les deux actionnaires, avec un système de “reporting” double. Pour l’instant les choses se passent très bien », confirme Claude Sendowski.

Nutribio retrouve l’équilibre

Les autres coentreprises sont gérées de la même manière, sauf Yoplait (1,06 milliard d’euros de chiffre d’affaires) dont les droits des deux actionnaires (PAI et Sodiaal) ne sont pas de même nature. Yoplait France a amélioré sa rentabilité en 2008, malgré la perte de parts de marché au profit des MDD et la hausse du coût des matières premières. Quant à l’entreprise Nutribio, née du rapprochement entre Sodiaal Industrie et Cofranlait du groupe Entremont Alliance, elle vivait en 2008 sa première année. « Ce fut une année compliquée pour Nutribio, car il a fallu mettre en œuvre la fusion des deux équipes. Mais nous sommes tout à fait confiants sur les capacités de Nutribio à générer du business rentable », souligne Claude Sendowski, en insistant sur le créneau à valeur ajoutée de Nutribio : le lait infantile en poudre pour une clientèle B2B et la nutrition adulte (barres de protéines) qui se développe bien en Europe. « Nutribio vient d’ailleurs de retrouver l’équilibre », se félicite le directeur général de Sodiaal, alors que Sodiaal Industrie était une entreprise historiquement déficitaire. Le spécialiste du lait instantané en poudre Régilait  a également réalisé une année satisfaisante avec un chiffre d’affaires s’établissant à 85 millions d’euros et une légère progression de son résultat. Le marché de la poudre de lait est en baisse en France, mais a de nombreux débouchés internationaux, notamment dans les pays émergents. Enfin, l’année 2008 a été plutôt bonne pour Beuralia qui a bien réussi à tirer son épingle du jeu, malgré des difficultés commerciales. L’entreprise a bénéficié d’investissements sur ses lignes de conditionnement, avec une nouvelle ligne en beurrier dans l’usine de Clermont-Ferrand et en pains moulés sur le site de Quimper.

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« Nous avons fait trop de compromis sur le prix du lait »

Sodiaal sort donc d’une bonne année 2008, mais démarre difficilement son exercice actuel en subissant de plein fouet la crise du prix du lait. Plusieurs usines du groupe ont été bloquées, notamment celle de Saint-Etienne. « Pour le moment, ces actions restent limitées, il ne faudrait pas qu’elles continuent ; nous n’avons pas besoin de ça », affirme Claude Sendowski, qui n’est pas satisfait de l’accord qui a été signé il y a deux semaines. « Nous avons fait trop de compromis sur le prix du lait. C’est un mauvais accord pour les producteurs et les industriels. Malheureusement, la situation des marchés fait qu’il est très difficile, voire même impossible, de trouver un accord raisonnable pour tout le monde. Les transformateurs sont dans une situation insupportable de compte d’exploitation, compte tenu du coût très important des excédents et de la surproduction de lait. Et la situation économique des producteurs est également très difficile. Mais de toute manière, nous respecterons l’accord », poursuit-il. L’accord signé comporte une clause de revoyure en septembre pour discuter des volumes et poursuivre les débats sur la mise en œuvre de la contractualisation en 2010, un processus soutenu par Sodiaal. « Notre sentiment est qu’il est difficile d’imaginer de pouvoir régler au moins une partie du problème de l’équation laitière sans aller à la contractualisation. Nous y sommes donc tout à fait favorables et y travaillons depuis un certain temps. Nous avons la volonté de mettre en œuvre la contractualisation volume et prix dès 2010 », annonce Claude Sendowski, qui insiste sur le différentiel de prix entre le lait français et le lait venant d’Allemagne, qui favorise grandement les importations de produits étrangers. Ces derniers commencent à impacter significativement le lait de consommation en premiers prix.

150 millions de litres de lait importés d’Allemagne depuis septembre

Depuis septembre 2008, la France subit une vague d’importation importante de briques de lait premier prix au bénéfice des acteurs allemands. Sur cette période, plus de 150 millions de litres de lait allemand sont venus se substituer au lait premier prix français sur un total MDD premiers prix de 2,3 milliards de litres. Et cette tendance s’accentue chaque mois. Le lait importé vient plus particulièrement d’Allemagne, car ce pays bénéficie d’un prix du lait plus faible, avec des excédents importants et une bonne capacité de production en lait de consommation dans des sites proches de nos frontières. Ce problème n’existe que pour les premiers prix, car les Allemands ne peuvent pas être présents en marque et qu’en MDD les distributeurs hésitent à déstructurer une collaboration commerciale de confiance avec les intervenants français. Sodiaal réalise 70 % de son chiffre d’affaires en MDD et premiers prix, ce qui est conforme au marché.

Augmenter de 20 % les investissements publi promotionnels

Quoi qu’il en soit, Sodiaal veut maintenir son cap en 2009. « Cette année sera très compliquée, mais nous devons tenir le cap de notre plan. C’est-à-dire, sur le lait de consommation, malgré la conjoncture difficile, continuer à mettre en place sans relâche les plans de productivité dans tous les domaines de l’entreprise ». Pour cela, Sodiaal va maintenir ses investissements industriels et augmenter de 20 % ses moyens publi promotionnels car, comme l’explique Claude Sendowski, « il y a une pression promotionnelle sur le terrain voulue par les clients distributeurs et nous devons soutenir nos innovations ». Sodiaal innovera toutefois assez peu cette année, car la société a sorti beaucoup de nouveaux produits en 2008. Mais en 2010, Sodiaal lancera un plan à trois ans d’innovation pour redynamiser la catégorie lait de consommation.

Des objectifs difficiles à atteindre

Sodiaal a pour objectif de voir son résultat courant consolidé atteindre 24 millions d’euros cette année, contre 19 millions d’euros en 2008. « Au vu des premiers mois de cette année, cet objectif va être très compliqué à atteindre », admet Claude Sendowski. Sodiaal va en effet continuer à subir la mauvaise situation du cours des coproduits industriels qui stagnent sur le début d’année. « Nous avons du mal à voir comment cela pourrait s’améliorer significativement d’ici la fin de l’année. C’est préoccupant », déplore le directeur général de Sodiaal, qui a pour objectif d’avoir des volumes stables en 2009 par rapport à l’année dernière, ce qui va être difficile à cause des importations. L’entreprise compte sur la relativement bonne tenue du marché du lait de consommation, dont les ventes sont quasiment stables sur les premiers mois 2009. Autre objectif pour le groupe : continuer à s’étendre. « Des acquisitions seraient tout à fait possibles dans les prochains mois », affirme Claude Sendowski qui ne peut en dire plus aujourd’hui, notamment sur le cas de Yoplait, dont Sodiaal ne détient que la moitié des parts. « L’actionnaire PAI ne s’est pas déclaré vendeur pour le moment. Nous continuons de travailler sur les différents scénarios possibles », indique Claude Sendowski.

Se développer à l’export et sur les marchés de niche

L’export est également un axe de croissance pour le groupe. Cette activité pèse 18 % du chiffre d’affaires de Sodiaal, qui se développe notamment dans la péninsule ibérique dans le lait de consommation. Et dans le domaine du fromage, la Compagnie des Fromages et RichesMonts a clairement une vocation importante à l’exportation en pâte molle. « Nous avons déjà des positions très solides en Allemagne, en Angleterre et au Benelux, qu’il faut encore renforcer », note Claude Sendowski. Par ailleurs, l’export est très important pour Nutribio, qui réalise une large partie (70 %) de son chiffre d’affaires à l’international, surtout en Asie où il y a une grosse demande malgré la crise de la mélamine. Outre la nutrition infantile, Sodiaal compte se développer sur un autre marché de niche : le bio. Candia vient en effet de sortir une nouvelle brique 75cl sous marque Biolait. « Nous faisons du bio depuis longtemps, mais nous n’avions pas encore beaucoup de volumes. Ce marché est petit mais à forte valeur ajoutée et il progresse fortement. Malgré les difficultés de sourcing et d’approvisionnement, c’est un bon axe de développement pour nous », estime le directeur général. Dès que les volumes seront à un niveau suffisant, Candia mettra des moyens particuliers en communication sur la marque Biolait. Le bio représente pour le moment 5,8 % du marché du lait de consommation (114 ML) en volume et 8,7 % (143 M EUR) en valeur en GMS à fin mai 2009. Candia devrait produire 11 ML de lait bio cette année, dans ses usines de Saint-Etienne, Cambrai et Campbon.