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Produits laitiers/Resultats Sodiaal doit accélérer sa mutation avec un nouveau patron

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Le groupe Sodiaal est à nouveau confronté à un tournant difficile avec le départ de son directeur général et des résultats en deçà de ses espérances. Son successeur devra accélérer l’adaptation à la nouvelle donne laitière et améliorer les performances du groupe.

La nouvelle du départ de Jean-Claude Dorbec a été officialisée le 1er juin à l’assemblée générale du premier groupe coopératif laitier, et les administrateurs de Sodiaal ont confié les rênes du groupe au président Gérard Budin jusqu’à la nomination rapide d’un nouveau directeur général. Au sortir d’une année éprouvante, avec ses débats incessants sur le prix du lait et plusieurs chantiers de restructuration dont tous ne sont pas aboutis, Jean-Claude Dorbec, qui aura bientôt 64 ans, a préféré prendre le large. Les actionnaires n’en réaffirment pas moins qu’il faut « donner un coup d’accélérateur aux partenariats envisagés ». Son successeur aura à pousser plus loin, semble-t-il, les alliances déjà conclues dans le domaine du lait de consommation et du fromage avec 3 A et dans celui des matières grasses avec ses partenaires Unicopa et Entremont dans Beuralia. Et peut-être à reprendre la main sur Yoplait si PAI veut, comme il le pourra bientôt, envisager sa sortie.

Bénéfice en baisse

L’exercice 2004 de Sodiaal a été tellement chahuté par la crise du lait de consommation que le groupe n’a pu améliorer ses résultats comme il l’avait fait les trois années précédentes. Sodiaal a collecté à travers ses sept unions régionales un peu moins de lait qu’en 2003 (-1,4% à 2,2 milliards de litres) auprès de 11 500 producteurs (-4,2%) et a réalisé un chiffre d’affaires total (hors Yoplait) de 1,9 milliard d’euros.

Ses activités fromagères ont dégagé de bons résultats pour la troisième année consécutive, en produits frais Yoplait a bien amorcé sa relance et, en produits industriels, l’alliance dont est né Beuralia donne plus d’espoir pour Sodiaal Industrie ; en revanche, la branche Candia, malgré la rationalisation qui résulte des accords avec 3A, reste sur un marché sinistré.

Au total l’écart est allé grandissant entre les branches bénéficiaires du groupe (Yoplait n’étant consolidé qu’à 50%) et ses deux branches déficitaires. Le résultat net consolidé part du groupe, s’il demeure positif, n’est plus que de 1,29 million d’euros dont 5,1 M EUR provenant de Yoplait) alors qu’il avait atteint 3,2 M EUR en 2003.

Produits industriels : plus de valorisation

Pour Sodiaal Industrie, dont le périmètre n’a changé qu’après la fin de l’exercice suite à la création de Beuralia, la baisse de la collecte et des achats ainsi que la progression de l’utilisation en PGC ont entraîné une nouvelle chute de 22% des volumes de lait traités et de 2% des tonnages de matière grasse mis à disposition de l’outil industriel. L’entreprise a pu néanmoins porter son chiffre d’affaires à 292 M EUR contre 243 M un an plus tôt grâce à un redéploiement plus marqué vers des produits dont la valorisation échappe aux cours du beurre ou de la poudre. Toutefois, l’activité a encore dégagé un résultat courant négatif de 8,8 M EUR.

En matière grasse 55 300 t de produits finis ont été commercialisés (beurres, crèmes, MGLA fractionnée, beurres concentrés). Le référencement des nouveaux produits frigotartinables sous MDD s’est amplifié, au point de saturer la ligne de conditionnement créée en 2003. En protéines, la société a écoulé 28 800 t de produits finis : l’activité a été pénalisée par l’arrêt accidentel de la tour n°1 de Montauban. La fabrication de laits infantiles mélangés à sec en a été affectée, le reste a été stable et les lactoremplaçeurs ont quand même progressé de 550 tonnes. Quant à Régilait, sa croissance a été de 2,6% à 20 800 tonnes. : ses ventes à la marque ont été en recul, compensées par les ventes en MDD et à la RHF. L’exportation a progressé, en dehors de l’Algérie, en particulier en laits infantiles.

A l’export, qui représente 28% du chiffre d’affaires de Sodiaal Industrie, les parts de marché ont été maintenues globalement pour un volume total de 27 200 t. La progression est sensible vers l’Asie (Japon en particulier) où sont écoulés 27% des volumes. Les ingrédients fonctionnels (lactocomposés) se développent bien en Espagne et des réseaux sont mis en place pour le Portugal et l’Italie.

La branche a dû investir 6,4 M EUR à la fois pour reconstruire la tour de Montauban (remise en service en avril dernier) et étendre la capacité de Clermont-Ferrand (maintenant Beuralia).

Candia sur un marché encombré

Cedilac-Candia, touché de plein fouet par l’encombrement du marché (« effet domino » lié à la PAC) et à la joute sur le prix payé au producteur, a perdu 18 M EUR en chiffre d’affaires (881 M EUR). Malgré la mesure conjoncturelle de 3 euros/1000 litres prélevée sur les sociétaires, le déficit courant s’est creusé de 3,6 millions pour atteindre 5,2 M EUR.

Les volumes ont pourtant progressé mais seulement en low cost (MDD, premiers prix, RHF et hard discount). La marque, réduite à un tiers de l’activité, a perdu en volume et en part de marché et sa rentabilité a souffert d’un mix produit défavorable. Pourtant, les signes encourageants existent, comme le potentiel de croissance de la crème (+3%) ou de Babette (+26%). Et surtout, le développement de l’exportation qui, sur un total de 1,4 milliard de litres commercialisés, a atteint 218 M de litres (+25%) et contribué à réguler l’offre : la marque Candia elle-même a vu ses ventes à l’étranger augmenter de 18% (dont +25% vers l’Italie) de même que les laits infantiles (+24%).

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De plus, le Maroc et le Sénégal ont rejoint les 13 autres pays franchisés Candia dont le volume global a augmenté de 29% et a permis un décollage de la rentabilité du système de la franchise.

Cedilac a accentué les progrès de productivité (+10% et les coûts fixes du siège ont baissé de 4%. Les réorganisations prévues ont été réalisées : fermeture de l’usine de Dissay, vente des produits non laitiers et de l’usine du Quesnoy, renégociation du partenariat Ingredia, accord de commercialisation sur le marché belge et (en fin d’année) cession de la beurrerie de Clermont-Ferrand à Beuralia.

Riches Monts : toujours mieux

Les Fromageries Riches Monts ont confirmé leur solidité dans une conjoncture pourtant difficile : baisse de la consommation de camembert en France (-2,5%), en Allemagne (-4%) et en Belgique (-5%), mais progression toujours de la raclette (+2%). Le chiffre d’affaires de la branche fromagère de Sodiaal a fléchi légèrement à 315 M EUR (-1,2%), en partie à cause de huit mois de blocage du marché américain sur le brie. L’entreprise, qui exporte 37% de ses volumes, a perdu aussi 5% outre-Manche, mais connu des progressions à deux chiffres en Europe du Sud et trouvé des relais de croissance en pays scandinaves ainsi qu’au Japon.

En France, elle a encore renforcé son leadership en raclette et ses marques ont maintenu leurs parts de marché (Le Rustique à 5,5%, Riches Monts à 25%).

Les investissements se sont poursuivis à hauteur d’environ 5 M EUR pour plus de capacités à Benestroff (Munster, pâtes molles) et à Brioude (raclette) et de productivité à Vigneulles (brie).

Au total, Riches Monts a réussi à améliorer encore son résultat courant qui est passé de 1,9 M à 2,2 M EUR entre 2003 et 2004.

Yoplait : pas seulement la marque

Yoplait, enfin, après une année consacrée à accroître sa compétitivité qui avait permis à son résultat courant de passer de 18 à 27 M EUR, a confirmé cette tendance (30 M de résultat malgré un chiffre d’affaires en léger repli à 968 M). Le marché français s’est pourtant retourné à la baisse avec de fortes pressions sur les prix et la montée en puissance des MDD, mais l’entreprise a pu accroître un peu ses volumes globaux : en progressant fortement en MDD (+30%), au point de gagner 3 points de parts sur ce marché, elle n’a pu éviter un recul des ventes sous sa marque mais y a quand même gagné, au contraire de ses grands rivaux, quelques parts de marché.

Ayant accru ses moyens publi-promotionnels (à près de 25 M EUR) et privilégié ses produits piliers (Perle de lait ligne, Yop petit déjeuner, Yop 180 g, Renforce,…), Yoplait a fait mieux que ses concurrents.

A l’international, les ventes des franchisés ont augmenté globalement de 5 %, la marque progressant fortement en Angleterre, Irlande, Mexique, Corée, Israël, et aussi au Canada (où elle est n°2), aux USA et en Australie (où elle est n°1) ainsi qu’au Japon. Après la Turquie en 2004, de nouvelles franchises vont démarrer, au Mali, en Bulgarie et en Roumanie.