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Produits laitiers Sodiaal est revenu dans le vert

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« Nous n’avons pas chômé au cours de cet exercice 2007 qui nous a donné des sueurs froides mais qui s’est avéré être une belle année pour nous », a déclaré le président Gérard Budin lors de l’assemblée générale de Sodiaal. Devenu une coopérative unique en octobre, le second groupe laitier français a profité du redressement du lait de consommation, activité qui aurait pu être fatale au groupe s’il n’y avait eu le rapprochement avec Orlait. Il lui reste pour 2008, malgré une équation laitière moins favorable, à poursuivre les avancées de son plan stratégique et à « courir sur sa lancée » dans le cadre des nouvelles co-entreprises qui démarrent (CF&R en fromage et Nutribio en diététique). Et toujours à espérer une reprise du pouvoir chez Yoplait…

Le directeur général Claude Sendowski a pu se féliciter, en s’adressant aux coopérateurs venus à Paris le 4 juin, d’avoir sorti du rouge l’entreprise l’an dernier, et même un peu plus vite que prévu. Alors qu’il tablait sur un simple retour à l’équilibre en 2007, Sodiaal a dégagé un résultat courant, hors Yoplait, positif de +6,1 millions d’euros. Et le résultat net consolidé, qui inclue la moitié des bénéfices de Yoplait, a dépassé les 21 M EUR. Que de chemin parcouru en trois ans puisque le résultat courant 2005 était négatif de 13,9 M EUR et en 2006 de 6,7 millions !

En avance sur le plan de marche

« Nous sommes légèrement en avance sur notre plan de marche qui prévoyait le retour à l’équilibre fin 2007,commente le directeur général pour Agra alimentation. C’est un élément de satisfaction, même si ce résultat est encore loin de ce qu’on peut attendre d’un groupe de plus de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Sodiaal désormais n’est plus à la merci de la volatilité des marchés et du coût de la gestion des excédents ».

Deux séries de facteurs ont contribué à ce redressement qui a surtout été sensible dans le lait de consommation : l’alliance Candia-Orlait-Comalait pèse plus de la moitié du marché MDD et premiers prix ; les mesures prises par Sodiaal dans le cadre de son plan « Via Lactea » a réussi à améliorer les performances en matière industrielle, de logistique et d’achats. « Et ces plans d’actions vont se poursuivre encore tout au long de l’exercice 2008 au terme duquel ils donneront leur plein effet », fait remarquer Claude Sendowski. En particulier, des investissements ont été faits sur les sites de Candia à Vienne, Cambrai et Campbon pour créer 9 nouvelles lignes à haute cadence en briques et en bouteilles. Ce programme qui ne visait pas à créer de capacités supplémentaires – sauf en bouteilles pour correspondre aux évolutions du marché – est source de gains de productivité depuis le milieu de l’année dernière. Au total, le groupe qui avait fermé l’usine de Ressons (briques) en 2006 et l’atelier de bouteilles de Clermont Ferrand mi-2007, a continué à investir 20 M EUR pour la modernisation de ses outils (sur un programme pluriannuel de 42 M EUR). Et la centralisation des achats qui se poursuit y compris avec les nouveaux partenaires (Entremont et Bongrain) donnera bien, comme prévu (1), des économies de 20 M EUR d’ici la fin de l’année.

Une conjonction exceptionnelle

Mais le résultat 2007, pour la plupart des activités du groupe, reflète aussi la conjoncture en tout point exceptionnelle qui a caractérisé l’équation laitière l’an passé : en effet, les tensions sur les marchés ont eu d’abord pour effet de diminuer les coûts de gestion des excédents et d’améliorer fortement la valorisation du sérum pour la division fromagère du groupe, et aussi celle du beurre et de la poudre. Parallèlement, l’augmentation du prix du lait payé aux producteurs n’a pesé que sur la fin de l’année. Les marges et le résultat d’exploitation des différentes activités PGC en ont été gonflés d’autant, malgré les hausses de l’énergie, des transports et de l’emballage.

La leçon qu’en tire le directeur général de Sodiaal, c’est que l’extrême volatilité des cours est devenue un phénomène majeur. En 2008, la situation s’est déjà inversée avec des cotations qui ont baissé sur les commodités et les co-produits, et un prix de la matière première qui s’est renchéri de quelque 20 %. Au premier semestre 2008 par rapport au premier semestre de l’année dernière, le prix du lait va générer un surcoût pour l’ensemble Sodiaal d’environ 27 M EUR. Cet effet de ciseau nourrit quelques inquiétudes surtout pour l’activité fromages. Sur le lait de consommation, en effet, les marges semblent préservées grâce aux relèvements des tarifs de vente qui ont été effectués en deux temps, au deuxième et au quatrième trimestre 2007 pour les MDD, au quatrième trimestre et début 2008 pour la marque Candia ; jusqu’en mars, le marché a été positif (+0,5 % en 2007 au lieu des -0,5 à 0,7 % des années précédentes) et les volumes de Candia ont progressé sur l’exercice de 3 %.

Un double risque

En revanche, pour les fromages, la hausse du prix du lait n’est pas vraiment répercutée dans les tarifs et les bénéfices tirés du lactosérum ont chuté, avec des cotations revenues à 400 euros la tonne contre des pics à 1500 euros l’an passé. Sur un marché des pâtes molles demeuré atone l’an dernier (-0,5 % en volume), Riches Monts a certes progressé de 5 %, mais on peut se demander ce qu’il en sera pour 2008 si la panne du marché des PGC observée depuis peu se confirme…

L’autre inconnue porte sur l’évolution du prix du lait d’ici la fin de l’année : « Ce qui se passe en Allemagne est assez préoccupant,estime Claude Sendowski, alors que les prix outre-Rhin étaient pour nous un des paramètres de référence tant qu’il y avait une grille interprofessionnelle. Malgré la frontière, le phénomène ne peut laisser indifférent, on observe dans ce pays un effet de yo-yo tout-à-fait extraordinaire : les hard-discounters viennent de promettre de relever leurs prix en magasin de 10 cents mais ils avaient forcé, il y a à peine un mois, les transformateurs allemands à baisser leurs tarifs de 10 cents ! Chez nous, les prix payés aux producteurs auront du mal à revenir à la baisse avant la fin de l’année, l’exemple allemand est là. Et avec la suppression des recommandations du Cniel, on ne sait pas comment les entreprises vont négocier, elles n’auront sûrement pas mis sur pied un système de contractualisation pour le 1 er juillet ».

Retour aux initiatives pour Candia

Ce qui est de toute façon positif pour la direction de Sodiaal, c’est d’avoir retrouvé l’équilibre, ou le quasi équilibre en ce qui concerne Candia. Un résultat courant de -2,5 M EUR pour l’activité lait de consommation n’a plus les mêmes conséquences que les pertes accumulées du passé (13,3 M en 2006, 16,8 M en 2005). L’assainissement du marché, avec un acteur de moins (Toury), est venu du rapprochement avec Orlait, dans lequel Sodiaal est monté de 10 à 20 puis à 30 % (avec un objectif de 51 % en 2009) et qui a repris Comalait en août dernier. « Or, nous avions déclaré que dès que la situation serait rétablie, nous reprendrions l’offensive pour que la marque Candia joue pleinement son rôle sur le marché. C’est maintenant possible : nous avons pour cela plusieurs innovations en cours de lancement. Les investissements publi-promotionnels, qui avaient marqué le pas, reviennent à un niveau de 13 à 15 M EUR pour tenir notre rang face à Lactel. Nous lançons de nouveaux produits sur tous les segments. Sur le cœur du marché, la brique de demi-écrémé, Candia a sorti un produit familial animé par une BD en partenariat avec Disney. Sur des segments à plus forte valeur ajoutée, la gamme Silhouette s’élargit avec un dernier-né baptisé Soâ, un produit délactosé à vocation “douceur et légèreté”. Et en cohérence avec notre statut coopératif, arrive “Oui, le lait solidaire”, bien accueilli par la distribution et dont on espère une bonne rotation. Enfin, pour la rentrée nous préparons une véritable innovation de rupture toujours à marque Candia ».

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Le démarrage des co-entreprises

Les autres motifs d’espoir du DG de Sodiaal résident, pour 2008, dans les joint-ventures qu’il a conclus l’été dernier et qui sont maintenant en place. « Le programme est chargé », avec une nouvelle gouvernance pour la Compagnie des fromages & RichesMonts (CF&R) que dirige Stéphane Velay, un ancien de Danone : harmoniser les systèmes d’information, regrouper des équipes venues de Bongrain et de Sodiaal, rapprocher les deux cultures, définir dans le cadre d’un business plan les stratégies commerciales et marketing. Les trois marques principales en seront le pivot : « A côté de la raclette Riches Monts il faudra cogérer de façon intelligente les deux marques de pâtes molles, Cœur de lion et Rustique, mais il est trop tôt pour en dire plus, sinon que les sites industriels, qui conservent leur spécialisation sous une direction unique, seront maintenus sans restructurations », précise Claude Sendowski. Ce qui ne l’empêchera pas de faire jouer des synergies, de même qu’il est prévu par exemple que CF&R puisse faire appel aux compétences juridiques de Sodiaal ou merchandising de Bongrain.

En tout cas, le démarrage de 2008 est forcément « compliqué », car les négociations commerciales avaient été faites séparément, les hausses du prix du lait sont difficiles à répercuter, il y a une très forte concurrence de Lactalis, et le lactosérum s’est à peine redressé.

Cela dit, le dirigeant assure qu’ « il y a de belles perspectives de développement, et au-delà du marché français et européen » puisque déjà Riches Monts faisait près d’un tiers de ses ventes à l’exportation.

Produits industriels : fin des pertes récurrentes

La société Nutribio, l’autre co-entreprise qui a démarré en janvier, n’a plus rien à voir, insiste Claude Sendowski, avec ce qu’était Sodiaal Industrie. « La volonté commune d’Entremont Alliance et de Sodiaal est bien de la positionner sur des segments à haute valeur ajoutée, essentiellement sur deux marchés, la diététique adulte (barres) et la nutrition infantile (poudres) qui ont des potentiels de croissance au plan européen et international. Il n’est plus question d’utiliser cet outil industriel pour écouler de la matière protéique excédentaire ».

C’est en effet dans un tel cadre que le dernier exercice de Sodiaal Industrie a encore été très négatif, avec une perte qui s’est aggravée à 8,2 M EUR. L’usine de Montauban a en outre été en sous-activité par manque de lait à traiter pendant quatre mois d’été : disposant de 27 % de lait en moins qu’en 2006, son activité de lacto-remplaceurs a reculé de 50 %.

« Un tel problème ne pourra pas se reproduire, la création de Nutribio permet à Sodiaal d’éliminer un foyer de perte récurrente et d’avoir de vraies perspectives. Selon l’accord passé avec notre partenaire Entremont Alliance, l’activité de commodités de Montauban a été sortie du périmètre de la nouvelle structure pour être reprise par Eurosérum » : cette filiale d’Entremont Alliance exploite donc le site de Montauban et intervient comme sous-traitant pour certains besoins de Nutribio en poudres infantiles, en complément de ses propres outils à Doullens dans la Somme (ex-Cofranlait).

Enfin, last but not least, le directeur général comme le président de Sodiaal ont réaffirmé en assemblée générale devant les coopérateurs la volonté du groupe de reprendre un jour la gouvernance de Yoplait pour développer une stratégie mondiale dans l’ultra-frais. « Si rien n’a bougé du côté de PAI depuis un an, sourit Claude Sendowski, nous savons au moins que nous ne sommes pas le seul acquéreur potentiel puisqu’un autre (Lactalis, ndlr) s’est déclaré. Et cela n’exclut pas un troisième candidat demain. Mais notre objectif stratégique reste le même… pour le jour où PAI voudra sortir de Yoplait ».