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Produits laitiers Sodiaal, Maîtres laitiers du Cotentin : quelles conséquences pour les partenaires de Synutra ?

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Sodiaal a annoncé être en discussions exclusives avec Synutra pour la reprise de son usine de lait infantile de Carhaix, tandis que les Maîtres laitiers du Cotentin s’organisent pour faire face aux conséquences de la rupture du contrat avec son partenaire chinois.

Si le marché chinois, avec ses centaines de millions de consommateurs, fait sans doute rêver tout industriel français, les bonnes nouvelles ne sont pas toujours au rendez-vous. Pour preuve, les mésaventures de deux groupes laitiers parmi les plus importants du marché français.

Sodiaal, tout d’abord, qui alimentait l’usine du chinois Synutra à Carhaix (Finistère), et qui a confirmé le 29 août être entré en négociations exclusives avec le propriétaire pour la reprise partielle du site de production. Ce projet d’acquisition, qui sera soumis au vote du conseil d’administration de Sodiaal, permettra sans doute à la coopérative de solder le contentieux financier avec Synutra. Ainsi, quelques jours avant l’annonce officielle du projet de reprise, la FRSEAO (Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles de l’Ouest) et la Confédération paysanne avaient exprimé leur inquiétude concernant l’usine Synutra, qui produit depuis deux ans de la poudre de lait infantile pour le marché chinois. La Confédération avait même fait état de « saisies conservatoires » venant « d’être ordonnées à l’usine de Carhaix » en raison des impayés du groupe chinois envers Sodiaal. Et elle évoquait déjà la possibilité d’une « reprise de parts sociales de l’usine » par la coopérative.

Synutra avait investi 136 millions d’euros dans cette usine en 2014 aux côtés de la coopérative qui avait apporté 10 millions d’euros. Mais dès le départ, le fonctionnement de l’usine s’est révélé complexe. Sodiaal devait initialement collecter chaque année quelque 288 millions de litres de lait auprès de 800 producteurs de la région pour alimenter cette usine. Selon la Confédération paysanne, « seulement 350 producteurs trouvent débouché à Carhaix » actuellement.

Un responsable professionnel du secteur laitier avance pour explications la technologie employée dans cette usine très automatisée, les exigences sanitaires, mais aussi des effectifs difficiles à stabiliser. Synutra, en outre, est davantage versé dans le commerce que dans la production. Et on ne s’improvise pas industriel du jour au lendemain.

Pour Sodiaal, une reprise cohérente avec sa stratégie

Sans évoquer les éventuelles créances dues par Synutra, Sodiaal veut voir le côté positif de la prise de contrôle partielle du site de Carhaix. « Cette acquisition éventuelle lui permettrait d’accélérer son développement sur le marché porteur du lait infantile, en Chine et sur d’autres marchés mondiaux, conformément à son plan stratégique Value, présenté aux adhérents de la coopérative fin 2017 », explique la coopérative, qui y voit aussi une possibilité d’augmenter ses capacités de production de lait en poudre, un objectif là aussi prévu dans son plan de développement. Lors du lancement de ce plan de transformation, Sodiaal avait expliqué que l’international était sa priorité, et qu’il devrait représenter 35 % du chiffre d’affaires à l’horizon 2025, contre 29 % en 2017. Un pôle distinct pour la nutrition infantile a été créé en 2017 : il « vise des positions significatives pour ses marques en Chine, mais également dans d’autres géographies ciblées, avec une part importante de produits biologiques », affirmait Sodiaal.

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La première coopérative laitière française n’est pas la seule à éprouver des difficultés avec Synutra. Les Maîtres laitiers du Cotentin ont ainsi informé, le 31 août, que le contrat qui le liait pour 11 ans à Synutra avait été rompu à l’initiative du partenaire chinois. Début août, la production de briquette de lait UHT a donc été suspendue sur le site de Méautis (Manche). Pour expliquer cette décision, les Maîtres laitiers du Cotentin avancent les « défaillances » de la part de Synutra, « relatives à la remontée tardive des attentes consommateurs, au non-respect des clauses de garanties et aux défauts de règlement, autant d’éléments « contraires à notre accord commercial » selon un communiqué.

La coopérative avait constaté déjà depuis plusieurs mois « des ventes inférieures aux engagements volumétriques pris par Synutra (690 millions de briquettes de lait par an) et « des stocks très élevés toujours détenus par notre client pour lesquels plusieurs créances sont exigibles. » Et depuis le départ, la production avait accumulé les retards. Dans un entretien paru dans Agra Alimentation le 27 septembre 2017, le directeur général Jean-François Fortin confirmait les délais plus longs que prévu pour obtenir les autorisations nécessaires de la part des autorités chinoises, entraînant un démarrage de l’usine décalé de trois mois. Avec pour conséquences, un impact négatif sur les comptes de l’exercice 2017-2018.

Trouver des débouchés pour les nouveaux produits

Le contrat avec Synutra était particulièrement important pour la coopérative, lui permettant de maîtriser de nouveaux produits et de se frotter au grand export. L’investissement à Méautis représentait une somme de 114 millions d’euros en 2014 lors de son annonce, plutôt conséquente pour la coopérative. Mais celle-ci n’envisage pas de se séparer de ce site qui produit du lait longue conservation pour la Chine, mais aussi de la crème et du beurre.

La coopérative se montre au contraire rassurante, affirmant avoir lancé immédiatement un plan d’action : « Avec nos collaborateurs, un schéma d’organisation interne entre nos différents sites a été mis en place afin de préserver l’emploi, avec nos sociétaires, une réorganisation de la collecte laitière vers nos autres sites industriels nous permet de continuer à collecter 100 % du lait », et « avec nos équipes de distribution France Frais (la filiale distribution de la coopérative, ndlr), des efforts ont été demandés sur les produits issus du pôle industriel Maîtres laitiers à destination du marché domestique ». La direction se mobilise actuellement pour la recherche de nouveaux partenaires industriels et de nouveaux marchés qui pourraient absorber les volumes de lait des coopérateurs qui seront préservés pour la collecte 2018-2019, selon la coopérative.