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Lait Sodiaal ouvre le bal de la gestion de l'après-quotas

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Alors que le secteur laitier va être dérégulé le 1er avril 2015, les entreprises de transformation laitières préparent leur stratégie de gestion des volumes pour l'après-quota laitier. Première à sortir du bois, Sodiaal ne veut pas augmenter sa production à tout prix, mais avant tout sécuriser ses débouchés. Les autres entreprises, privées comme coopératives, semblent être dans le même état d'esprit : ne produire que ce que l'on est assuré de valoriser.

LE 1er avril 2015, c'est demain. Et c'est à cette date que la filière laitière entrera dans une nouvelle phase, avec la fin du régime des quotas laitiers. Depuis 1984, la production laitière est régulée au niveau européen pour limiter la hausse des volumes et enrayer les crises.

Désormais, le marché sera libéralisé et chaque entreprise devra gérer ses volumes de lait collectés. En conseil d'administration pour les coopératives, et dans une relation contractuelle avec les organisations de producteurs pour les privés.

Mercredi 18 juin, Sodiaal, première coopérative laitière française, a ouvert le bal lors de son assemblée générale à Paris, en expliquant comment elle comptait s'y prendre. Et son ambition n'est pas d'ouvrir grand les vannes de la production, bien au contraire : si elle va permettre à ses adhérents de produire plus, la coopérative veut avant tout sécuriser ses débouchés. « Tout le lait produit doit être associé à un marché, ce principe est vital et guidera toutes nos décisions », a insisté Damien Lacombe, président de Sodiaal.

Au 1er avril 2015, chaque producteur Sodiaal disposera d'un volume à produire équivalent à son quota. Ceux qui veulent augmenter leur production devront le demander à la coopérative grâce à un site internet dédié. Dans le cas de demandes d'augmentations importantes, la coopérative demande à l'agriculteur d'expliquer son projet sur 5 ans, avant de les étudier.

Les jeunes qui s'installent peuvent demander jusqu'à 300 000 litres à produire. Pour eux, Sodiaal est en train de mettre en place des mesures d'accompagnement « technique, économique et humain ».

L'Asie absorbera les volumes supplémentaires

Pour la saison 2014/2015, dernière année sous le régime des quotas, les augmentations de volumes accordés par Sodiaal sont limitées, avec tout de même un déplafonnement de la collecte en été.

Trop limitées, aux yeux de certains adhérents, qui aimeraient augmenter leur production dès 2014. « Que font les autres entreprises, privées comme coopératives ? Ne risque t-on pas de laisser les autres prendre des marchés ? », ont questionné plusieurs éleveurs lors de l'AG du groupe coopératif. Des questions que comprend Damien Lacombe, qui persiste dans sa prudence : les marchés commencent à ressentir l'augmentation de la collecte mondiale tirée par les prix élevés, et si les prévisions restent optimistes à court terme, personne n'ose faire de pronostics à plus longue échéance.

L'inconnu sera notamment la croissance du marché asiatique. Aujourd'hui, la demande est exponentielle et les prix fortement rémunérateurs. Mais le marché international est aussi très volatil. Un débouché que Sodiaal veut assurer grâce à son partenariat avec Synutra, dont le président Zhang Liang avait fait le déplacement à Paris. « Synutra sera toujours un bon consommateur de votre lait », a affirmé Zhang Liang, président de Synutra, expliquant qu'il venait en France car il était assuré d'y trouver « des volumes et de la qualité ». Il a tenu à rassurer les coopérateurs au niveau du prix d'achat du lait, rappelant que le coût de production d'une tonne de lait en Chine était de 600 euros.

Valoriser avant de produire plus

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Si les autres entreprises de transformation laitière n'ont pas fait de grandes annonces sur l'après-quota, tout le monde s'attèle à la tache. « L'ensemble des coopératives travaille sur le sujet, en l'adaptant à sa réalité. J'ai entendu des choses similaires à ce qu'a annoncé Sodiaal dans d'autres coopératives », explique Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL). « Tout le monde est dans le même état d'esprit de saisir les opportunités, sécuriser les marchés et produire les volumes ce qu'on peut vendre », affirme-t-il. Même chose chez les privés, qui semblent être « prudents », croit savoir Jehan Moreau, directeur de la Fédération nationale des industries laitières (FNIL). « Le seul maître mot, c'est que nous ne participerons pas à une économie d'écoulement du lait. Le leitmotiv, c'est que lorsque les entreprises sont en mesure de capter les marchés, elles feront des propositions aux producteurs », développe-t-il.

Sous-réalisation

Vu l'état de la collecte, la sortie des quotas ne devrait pas, à court terme, bouleverser le paysage laitier français. Pour la campagne 2013/2014, elle est en retrait par rapport au quota national, avec un « déficit » total estimé fin mars de plus de 1,5 million de tonnes, soit 6 % de la collecte nationale, chiffre Agreste dans sa note de conjoncture de juin. Elle est toutefois en progression de 1,2% par rapport à la précédente campagne.

Poussés par les prix record du lait, les éleveurs français se sont remis à produire, à l'instar de leurs collègues du monde entier. La plupart des pays du nord de l'Union européenne terminent leur campagne laitière 2013/2014 avec des dépassements conséquents de leur quota respectif (Allemagne, +4% ; Pays-Bas +2%). Pour l'Hexagone, le CNIEL chiffre une augmentation de la production française de 2% par an, avec un doublement des quantités exportées d'ici 2020.

Si le marché est euphorique en cette fin d'année laitière 2013/2014, l'augmentation de la production mondiale devrait freiner la hausse des prix, anticipent les analystes. Jusqu'à quel point ? Personne n'ose jouer les Cassandre. Mais personne n'écarte la perspective d'une nouvelle crise à moyen terme. Une bonne raison de ne produire que si on peut vendre.

(1) Voir Agrapresse N°3452

La France veut une nouvelle régulation pour l'après-quota

«L A France est à l'offensive pour mettre en place un mécanisme de régulation en plus de l'observatoire du marché laitier, mais nous n'avons pas trouvé d'accord européen », a affirmé Stéphane le Foll lors d'une conférence sur l'agroécologie, le 17 juin.

Les espoirs de mise en place d'une nouvelle régulation après les quotas ont été refroidis à Bruxelles, le 13 juin : dans son rapport sur la mise en œuvre du Paquet laitier entré en vigueur en 2012, la Commission européenne, si elle reconnaît que des questions restent à régler (faire face aux crises, éviter la disparition des élevages dans les zones défavorisées), estime qu'à ce stade il est encore trop tôt pour faire de nouvelles propositions (1).

La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) ne comprend pas ce statu quo, et « défend, en période de crise, la mise en place d'un dispositif – au niveau européen – pour les éleveurs qui joueront volontairement le jeu d'une limitation de production », explique-t-elle dans un communiqué du 13 juin.

Dans un communiqué du 19 juin, la Confédération paysanne renchérit, et demande que « chaque pays membre puisse fixer un tunnel de prix qui permettra de fait d'ajuster au mieux la production au marché, aussi bien à la hausse qu'à la baisse, et en fonction des coûts de production ».