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Production laitière Sodiaal souffre de la crise laitière mondiale

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Des résultats en berne et aucune prévision de prix du lait pour les mois à venir, les perspectives sont moyennement rassurantes à court terme pour les associés coopérateurs de Sodiaal, qui étaient réunis en assemblée générale à Paris le 18 juin.

Rarement on aura entendu des interventions aussi poignantes à une assemblée générale parisienne. Le 18 juin, à Paris, plusieurs coopérateurs de Sodiaal ont fait part de leurs difficultés à l'assemblée générale du groupe, et certains d'entre eux étaient profondément émus. Comme cet éleveur dont l'élevage a été choisi pour une visite en tant que « ferme modèle », et qui pourtant ne s'en sort plus…

Pas de prévision de prix du lait pour l'été

Alors que la crise couve dans la filière laitière, l'assemblée générale de Sodiaal aura probablement bien peu rassuré les coopérateurs. Après des résultats 2014 bien en deçà des prévisions (1) les dirigeants du groupe coopératif ont assuré, lors de l'assemblée générale du groupe à Paris le 18 juin, que les foyers de pertes étaient éteints. Mais ils n'ont pu pour autant donner de prévision d'atterrissage du prix du lait pour l'année, ni même pour l'été. Ils ont par ailleurs annoncé qu'il n'y aurait pas d'allocation provisoire pour la campagne en cours.

C'est une situation de crise qui inaugure le marché du lait post quota, alors que tous les outils de gestion de crise, justement, ne sont pas encore en place. « Nous nous apprêtons à expérimenter de nouveaux modes de gestion, avec les marchés à terme et des contrats à garantie de marges. Nous réfléchissons à des systèmes pour sécuriser le prix B, mais pour commencer à les expérimenter, il faut être en haut de cycle », a expliqué Damien Lacombe, président de la coopérative. En attendant, pour parer aux situations les plus urgentes, la FNCL appelle les coopératives à faire des avances aux éleveurs en difficulté. Le dispositif n'a pas été actionné chez Sodiaal. « Nous pouvons aider les associés coopérateurs à discuter avec leur banque mais chacun doit rester dans son métier », estime Damien Lacombe.

Un appel à se mobiliser pour la Pac 2020

Le discours opérationnel de Sodiaal, porté par Frédéric Rostand, directeur général, tourne, c'est normal, autour de la performance industrielle et commerciale ou encore de la vitesse d'exécution. Mais Sodiaal attend aussi des réponses politiques. Sur le lait de montagne, Damien Lacombe ne mâche pas ses mots. « J'en ai plus que marre de me faire balader sur le sujet, il faut que les choses bougent », a-t-il déclaré, rappelant que Sodiaal collecte 50 % du lait de montagne en France et que le groupe a investi dans ces zones. Au-delà, Damien Lacombe a appelé à « se battre fort pour la Pac 2020 », en choisissant un angle d'attaque audible pour les laitiers d'Europe du Nord, qui « ne veulent pas travailler sur la gestion des volumes ». « Il faut avoir conscience que l'on n'est pas seuls en Europe si on veut avoir un écho européen », a-t-il déclaré.

Le monde coopératif n'en finit plus d'appeler à sa propre consolidation. Damien Lacombe n'a pas fait exception à la règle dans son discours de clôture. Estimant que le secteur est « à la veille de grands mouvements », il a assuré que Sodiaal serait « toujours partant pour ce type de discussions ». Selon nos informations, Sodiaal réfléchirait à une transposition du système Orlait (qui commercialise désormais le lait MDD de la coopération) au yaourt MDD. Ce qui implique de trouver des partenaires, mais aussi de gérer des produits plus diversifiés que le lait de consommation. Une telle solution de mise en marché commune permettrait de coopérer sans passer par une entente, comme celle épinglée cette année par l'Autorité de la concurrence, pour près de 200 millions d'euros d'amendes.

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Vers une augmentation du capital social

Les prochaines réunions de terrain de Sodiaal ne manqueront sans doute pas d'être animées. En plus d'une conjoncture déprimée et de réorganisations qui tardent à porter leurs fruits au niveau du groupe, les éleveurs devront discuter de l'augmentation du capital social de la coopérative. Pour se donner les moyens d'investir et harmoniser la situation entre les adhérents historiques et les nouveaux venus (Entremont, 3A…), le groupe a décidé d'ouvrir un chantier en ce sens. Toute la question est de savoir comment passer d'un taux de capitalisation de 4 % (historique) à 10 % (taux des nouveaux venus) sans peser sur la trésorerie des exploitations, pour l'heure exsangue.

Un excédent brut en recul un prix du lait record

En 2014, le chiffre d'affaires de Sodiaal a dépassé 5,4 milliards d'euros, dopé notamment par la fusion avec 3A. Mais l'excédent brut d'exploitation du groupe, à 92,6 millions d'euros, a reculé de 12,3 %. Cette dégradation des résultats, conjuguée à l'absorption de la dette de 3A a contribué à l'envolée du ratio endettement bancaire net / Ebitda, passé de 1,08 à 2,58. « Nos partenaires financiers considèrent que ce niveau d'endettement reste raisonnable mais il faut veiller à ce qu'il ne se dégrade pas à nouveau en 2015 », a commenté Olivier Gardies, directeur financier du groupe. Si les résultats de la coopérative se sont avérés médiocres, le prix du lait payé aux éleveurs a, lui, atteint un pic historique, à 364 millions d'euros, soit 21 euros aux 1000 litres de plus que l'année précédente. Sodiaal, qui réunit 13 200 producteurs, emploie 9 400 salariés sur plus de 70 sites industriels.

(1) l'activité beurre – lait – crème enregistre une perte brute d'exploitation de 9 millions d'euros, et l'activité poudres – ingrédients affiche une perte brute d'exploitation de 6 millions d'euros (soit un recul de 38 millions d'euros par rapport à l'année précédente).

Lait : L'OPL annonce une crise du lait pire qu'en 2009

L'organisation des producteurs de lait annonce une année 2015 pire que celle de 2009, année de la grève du lait, dans un communiqué du 18 juin. Il demande donc « une répartition équitable des marges sur l'ensemble de la filière laitière », dénonçant la croissance des chiffres d'affaires, année après année, des grands groupes laitiers. « Ce développement doit […] cesser de se faire au détriment des producteurs de lait. Ils ne sont pas des variables d'ajustement des fluc-tuations des marchés ou d'erreurs de stratégies d'entreprises ! », affirme l'OPL. Aussi, avec l'European Milk Board, le syndicat demande « la mise en place d'un programme de responsabilisation des marchés (PRM) ». Il aurait pour but d'encadrer les marchés afin de limiter la volatilité des cours, « d'anticiper et d'ajuster la production plutôt que de prendre des mesures dans l'urgence » et d'éviter de « céder au “s'adapter ou disparaître” ».

Nouveaux adhérents, une Box pour attirer les JA

Mis en place au 1er avril, la Sodiaal Box d'un montant de 10 000€ par personne, se veut à destination des jeunes agriculteurs, afin de faciliter l'installation. Sodiaal vise 250 jeunes par an avec cet outil de financement destiné à des formations techniques ou à aider à investir dans le capital social de la coopérative. « Nous sommes persuadés que demain, c'est de bras que nous manquerons », explique Damien Lacombe, président de Sodiaal, lors d'un entretien à Agra Alimentation et à Agra Presse, le 16 juin. Il fait remarquer qu'avec la FNCL, Sodiaal travaille également sur le sujet du portage du foncier. A la question de la « mauvaise presse des coop » parmi les jeunes, il reconnaît que les agriculteurs doivent se réapproprier leur coopérative, un enjeu pour l'avenir. « Nous avons envie d'une coopérative de taille européenne, mondial mais aussi cantonale », explique-t-il. « Nous sommes très transparents comme coopérative », déclare Frédéric Rostand, directeur de Sodiaal. Et Damien Lacombe de rebondir : « Nous sommes persuadés que c'est en étant transparent que nous partagerons la stratégie de notre coopérative auprès des éleveurs ». Visiblement sur le terrain, la transparence n'est pas si claire pour tous.