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Produits laitiers/Réorganisation Sodiaal transforme ses structures et accélère son redressement

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Sodiaal parachève son évolution structurelle en devenant une coopérative unifiée. Avec une gouvernance plus réactive, un management resserré et des mesures de redressement rapidement mises en œuvre depuis un an, le groupe a commencé à réduire son déficit, le ramenant de 13,9 millions d’euros fin 2005 à la moitié de ce chiffre douze mois plus tard. Pour éponger le reste, trois opérations stratégiques majeures sont au programme du nouveau directeur général : après l’alliance nouée avec Orlait en lait de consommation, Sodiaal est maintenant assez près de conclure des accords analogues dans le fromage et dans la poudre et il se pose en candidat pour revenir aux commandes de Yoplait.

A compter de son assemblée extraordinaire 2007, tenue la semaine dernière à Paris, Sodiaal devient une coopérative unique, Sodiaal Union, dans laquelle se fondent les 7 unions régionales Elnor, Est-Lait, Orlac, Riches Monts, Sully, Tempé-Lait, Ucalm qui avaient fondé la Sodima il y a quarante ans. Même si le projet avait paru osé il y a un an, il est « la suite logique » des étapes antérieures, a expliqué Gérard Budin, à l’issue de sa réélection à la présidence.

Ainsi simplifiée et modernisée, la gouvernance coopérative conserve l’implication des adhérents mais est plus réactive et donc plus en phase avec la performance économique que doit rechercher l’entreprise. Le management mis en place il y a dix-huit mois autour de Claude Sendowski constituait déjà une rupture que traduit désormais l’amorce d’une remontée sensible des résultats.

Le nouveau directeur général s’est attelé à redresser durablement une situation devenue périlleuse, marquée par un résultat courant qui, à la fin 2005, était négatif de 13,9 millions d’euros à cause des déficits de Candia et de Sodiaal Industrie. Une branche lait de consommation sinistrée, des pertes très élevées sur la poudre, des relations hypertendues avec PAI, co-actionnaire et gestionnaire de Yoplait, ont conduit Claude Sendowski à faire accepter un plan stratégique baptisé « Via Lactea », qui a été rapidement mis en œuvre à partir d’avril 2006 et ce, malgré un environnement économique toujours difficile.

Management resserré

Il comportait la création d’un comité de direction unique, le transfert de Lyon à Paris des principales fonctions opérationnelles de Candia, avec à la clé la suppression d’un peu plus de 20 postes, et la naissance d’une direction des opérations. Sur le plan industriel, l’usine de Ressons a été fermée (84 postes supprimés) et bientôt ce sera le tour de l’atelier lait de consommation de Clermont-Ferrand (18 postes). Ainsi Candia a contribué à l’effort de repositionnement des capacités industrielles françaises en lait de consommation pour assainir le marché (au total 500 millions de briques en moins à un moment où le marché s’oriente davantage vers le format bouteille). En même temps que la rationalisation de la collecte en 5 bassins (au lieu de 7), la direction des opérations a amorcé depuis l’automne dernier la maîtrise de la supply chain et des facturations depuis la ferme jusqu’aux sites de production et aux plates-formes de distribution, et elle a instauré une centralisation complète des achats avec un objectif de 20 M EUR d’économies sur une enveloppe de départ de 500 millions. Ce programme, s’il a pris du retard (un quart du chemin est réalisé), doit aboutir pour l’essentiel d’ici fin 2008. De plus, des contentieux latents liés aux contrats de fourniture de lait ont été réglés avec les partenaires 3A et Eurial et même avec Yoplait.

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L’équilibre fin 2007

Surtout, la grande affaire de l’année a été l’entrée au capital d’Orlait (à hauteur de 10 % pour une montée à 51 % en 2009) : un contrat d’agent commercial liant les deux structures confie à Orlait la vente sous MDD et premiers prix, tandis que des commerciaux de Candia ont été transférés à ce nouveau partenaire et que des synergies sur les achats et la logistique sont développées. C’est là une première étape dans la consolidation d’un marché marqué par la guerre des prix, assure Claude Sendowski : le nouvel ensemble contrôle en effet 51 % des volumes MDD et premiers prix, distançant ainsi Lactel (22 %) et l’addition prochaine de Toury et du Glac (15 %) suivie de Comalait (7 %). Le résultat de la branche, dès lors, est moins catastrophique, à -13,3 M EUR fin 2006 et, malgré le relèvement des prix payés aux producteurs, sa perte devrait encore se réduire de moitié à la fin de cette année.

Au total, le début de redressement du lait de consommation de Sodiaal, et celui moins marqué de Sodiaal Industrie, conjugué avec des performances encore accrues des Fromageries Riches Monts, ont permis de diviser par deux le déficit courant du groupe, à -6,7 M EUR. Et fin 2007, la poursuite des actions engagées produiront leurs pleins effets pour ramener « en principe » à l’équilibre l’ensemble Sodiaal, qui, selon son directeur général, « a une structure de bilan saine, avec très peu d’endettement ».

Annonces prochaines

Mais auparavant, trois négociations doivent être menées à bien, selon le président de Sodiaal. Gérard Budin a évoqué une alliance stratégique à nouer avec un partenaire pour la branche fromages « dont la dimension (67 500 tonnes) n’est pas à la hauteur de celle de nos grands concurrents », et un accord de partenariat du même type « pour changer vraiment d’échelle » dans les activités poudre de lait. Enfin et ce n’est pas la plus mince affaire, la volonté du groupe étant bien de « rester présent dans ses quatre métiers », il s’agira de « reprendre les commandes de Yoplait » à la faveur d’un prochain désengagement de PAI. Sur les deux premiers points, Sodiaal voudra des accords « au minimum à 50 % et avec un co-management », assure Claude Sendowski, qui a déjà noué des contacts avec de multiples opérateurs nationaux et européens et se dit « relativement proche de pouvoir faire une annonce », tandis que sur Yoplait, il ne peut que répéter son intention de participer à une reprise du contrôle opérationnel de l’entreprise.