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Etude Sofiprotéol anticipe une pénurie mondiale de protéines végétales d'ici à 2030

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Un déficit de l'offre mondiale en tourteaux d'oléagineux se profile à l'horizon 2030, selon une étude du Bipe et de Sofiprotéol. Le groupe industriel et financier s'adapte en rééquilibrant ses investissements dans la recherche au profit des protéines.

« On a devant nous un monde qui va manquer de protéines végétales », a déclaré le 15 décembre Michel Boucly, DG adjoint de Sofiprotéol. Sans contrainte sur la demande, le potentiel d'offre laisse apparaître une pénurie de 58 Mt (soit 15 %) de tourteaux d'oléagineux en 2030. L'étude montre une croissance régulière des besoins mondiaux en alimentation animale par rapport à 2010. Au rythme de +2,2 %, la demande grimperait de 253 Mt à 388 Mt en tourteaux d'oléagineux.

« Il est indispensable de développer la recherche semencière, de promouvoir les métiers de la santé et de la nutrition végétale et de mettre au point des systèmes de cultures innovants », a souligné Michel Boucly, qui vise « avant tout, la structuration de filières agricoles durables » pour assurer la disponibilité de l'offre.

Sofiprotéol met en exergue sa contribution à la relance dans l'Hexagone des protéines végétales à partir de protéagineux et de soja. « La France peut atteindre 200 000 ha de soja, alors que la production naviguait entre 20 000 et 40 000 ha durant deux décennies », a déclaré Michel Boucly. Cette année, 75 000 ha ont été cultivés, contre 43 000 ha l'année précédente. Sur le plan industriel, le groupe s'efforce d'améliorer le process de trituration des oléagineux, en privilégiant moins l'huile. « On rééquilibre nos investissements dans la recherche au profit des protéines, qui ne doivent plus être regardées comme un sous-produit », a indiqué le DG Jean-Philippe Puig. Un programme est notamment lancé avec Tereos pour travailler sur le goût, qui rebute les consommateurs à la recherche de substitut à la viande.

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Si une « accélération de la demande en protéines » est mise en avant, l'inverse est prévu côté huiles. Une situation de marché excédentaire est même envisagée. Sans contrainte sur la demande, le potentiel d'offre laisse apparaître un surplus d'huiles végétales de 8 Mt (soit 3 %) en 2030. L'évolution actuelle des prix s'inscrit déjà dans le scénario. « En 2011, 20 % de la valeur du colza provenaient du tourteau, a relevé Michel Boucly. En 2014, c'est 35 %. »

L'offre excédentaire en huiles végétales représente une aubaine pour les usages non alimentaires. Elle doit contribuer aux transitions énergétiques et au développement de la chimie renouvelable. La demande mondiale en diesel grimperait de 38 % sur la période 2010-30, une croissance portée aux trois quarts par la Chine et l'Inde. Celle en biodiesel augmentera d'autant plus vite qu'elle sera soutenue par les obligations d'incorporation en Europe (10 %), Amériques et Asie, pour atteindre 46 Mt en 2030, majoritairement en conventionnel. D'où une demande mondiale en huiles végétales pour biocarburant de 40 Mt à terme, soit une hausse moyenne de 5,5 % par an. L'enjeu est aussi de répondre aux attentes de produits innovants synthétisés à partir de biomasse et non plus de matière première fossile. Ce type de débouché concerne de nombreux secteurs et industries (agroalimentaire, hygiène, détergents et produits d'entretien, cosmétique, plastiques et caoutchouc, peintures et revêtements, etc). La demande mondiale en huiles végétales pour l'oléochimie devrait connaître une progression moyenne de 4,4 % par an pour atteindre 29,5 Mt en 2030.

Au final, les usages alimentaires des oléagineux représenteraient à terme 90 % de la demande en huile et tourteau. Ceux liés aux énergies et à la chimie renouvelables, 10 %.