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Volaille Sofiprotéol propose une offre largement amendée pour la reprise du groupe Doux

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Le tribunal de commerce de Quimper examine à compter de ce vendredi 27 juillet une quinzaine d’offres de reprise du groupe volailler Doux. L’affaire sera alors mise en délibéré mais le tribunal devrait rendre sa décision rapidement, car tous les protagonistes de cette affaire attendent avec impatience – et inquiétude pour nombre d’entre eux – de sortir de cette situation de crise. Celle-ci ne se fera pas sans certains sacrifices bien que des progrès substantiels ont pu être apportés, notamment dans l’offre « coordonnée » que proposent plusieurs entreprises sous la houlette de Sofiprotéol. Le contour exact des propositions que compte faire la famille Doux, propriétaire du groupe, n’est pas encore clairement connu, mais cette offre suscite déjà de nombreuses réserves. Le gouvernement a fortement insisté pour que le schéma retenu prenne largement en compte l’aspect social et la préservation de l’emploi, ce à quoi répond partiellement le plan proposé par Sofiprotéol. Les syndicats, pour leur part, espèrent tourner la page et limiter la « casse sociale ».

L’événement marquant de la semaine écoulée a été le dépôt auprès de l’administrateur judiciaire d’une offre révisée pour le rachat des activités de Doux par le groupe de sociétés fédérées autour du groupe financier et agro-industriel Sofiprotéol. Cette nouvelle version « sauvegarde davantage d'emplois, élargit le projet industriel et protège les intérêts des éleveurs », note le communiqué de Sofiprotéol. Elle rassemble les principaux acteurs du secteur : Glon-Sanders (filiale de Sofiprotéol), Duc, Guernevez Participation, Hendrix Genetics, LDC, Terrena, Tilly-Sabco et Triskalia, ainsi que les coopératives Cavac et Ciab. Celle-ci « permet de reprendre
2 707 salariés, en CDI et en CDD, au lieu des 2 188 postes recensés dans l'offre initiale, soit 519 postes supplémentaires ». Par ailleurs, le site de Quimper serait repris « en location gérance, dans le cadre d'une société commune », par Tilly-Sabco et Glon-Sanders, pour l’activité Père Dodu, dont la marque sera conservée. Autre nouveauté, les sociétés Cavac et Ciab se joignent à Glon-Sanders pour reprendre le site de L'Oie, qui faisait l'objet, initialement, d'une offre de reprise par Glon Sanders seul. Le reste du projet industriel est inchangé. Une société commune, constituée de Glon-Sanders et de Duc, reprend les sites de Clémont, de Boynes, de Blancafort et d'Amilly. Une autre société commune, constituée de Glon-Sanders et de Triskalia, reprend les sites de Banalec et de Pluguffan. Guernevez Participation reprend le site de Plouray. Tilly-Sabco reprend les sites de Chateaulin et de Chantonnay, LDC le site de Laval, Terrena les sites de La Vraie Croix et de Sérent et Hendrix Genetics le site d'Elven.

Des rôles bien répartis
« Les liens commerciaux et capitalistiques entre les différents acteurs ont été largement étudiés », a précisé Philippe Tillous-Borde, conseiller du président de Sofiprotéol Xavier Beulin et président de Glon Sanders, lors d’une téléconférence. Les rôles sont clairement répartis. Le marché du frais sera partagé entre Terrena (poulets Gastronome), Glon associé à Duc et LDC. Les différents partenaires ont pris des accords entre eux pour le remplissage des abattoirs et la valorisation des produits à l’égard de la grande distribution. Les risques seront ainsi répartis entre les trois grands groupes. Les produits plus élaborés seont répartis entre Glon et Gastronome, tandis que l’export sera assuré par Tilly Sabco uni dans le giron d’une holding à Sofiprotéol, Terrena, LDC, Cavac et Nutricia. « Il pourrait même y avoir un investisseur étranger », note Philippe Tillous-Borde, sans plus de précision. Répondant par avance aux critiques qui pourraient y voir un démantèlement du groupe, celui-ci objecte que ces accords vont bien au-delà d’une simple répartition mais répondent à une logique d’intégration et de valorisation des différentes marques, y compris la marque Doux pour l’export.

Recentrage sur la France
La politique vis-à-vis de l’exportation va cependant être revue, car « il ne faut pas croire que les restitutions seront éternelles. Nous devons travailler à moyen ou long terme à servir directement le marché français, qui importe 42% de sa consommation, alors que nous exportons 30% de notre production », fait remarquer Jean-Philippe Puig, directeur général de Sofiprotéol. L’objectif est de réduire le volume de poulet congelé de 240 000 tonnes aujourd'hui à 200 000 tonnes à terme, soit une réduction de 1 million de poulets par semaine au profit du marché intérieur. La production de congelés serait réduite d’autant et ramenée à 4 millions de tonnes.

De lourds investissements
Par delà cette réorientation stratégique, des décisions importantes porteront sur la modernisation de l’outil de production. « L’ensemble des directeurs industriels qui ont visité les sites sont unanimes sur la nécessité impérieuse de revoir l’outil industriel, et de le remettre aux normes pour pérenniser celui-ci à long terme », constate Philippe Tillous-Borde. Il est confiant en revanche sur la compétence des personnes travaillant sur les sites « qui sont de bons professionnels et de bons techniciens ». Ces investissements nécessiteront des capitaux et le FSI pourrait être sollicité, « mais à titre individuel par chacun des partenaires de l’offre concertée ». Pour les aspects financiers à court terme, l’offre de Sofiprotéol propose d’indemniser les éleveurs détenteurs de créances sur le groupe Doux. « Cette solution paraît plus sérieuse que de proposer une entrée au capital, car offre un remboursement immédiat et leur permet d’adhérer à un schéma national qui trace un avenir », explique Philippe Tillous-Borde, se référant à une des composantes du plan proposé par Charles Doux et qui aurait séduit quelque 200 éleveurs.

Une offre sociale revue à la hausse
L'offre coordonnée permet de reprendre 2 707 salariés en CDI et en CDD, au lieu des 2 188 postes recensés dans l’offre initiale, soit 519 postes supplémentaires. Par ailleurs, chacun des membres de l'offre coordonnée s'engage à accorder une priorité à l'embauche aux salariés du groupe Doux, sur un total de 371 postes, situés pour l'essentiel à proximité des sites de Doux. Au total, la nouvelle offre coordonnée permet de proposer un emploi à 3 078 salariés du groupe Doux. Cette révision des projets initiaux était largement attendue par le gouvernement qui avait jugé les premières offres insuffisantes, n’allant pas jusqu’à les qualifier de « consternantes » comme a pu le faire Charles Doux. Prenant la parole lors des questions d’actualité à l’Assemblée nationale, le ministre de l'Agroalimentaire Guillaume Garot, qui se retrouve en première ligne sur ce dossier, s’est notamment félicité de la préservation de l'usine Père Dodu à Quimper, qui emploie 288 salariés. Il a affirmé vouloir continuer à « se battre» pour trouver des solutions à Pleucadeuc (Morbihan) et Graincourt (Pas-de-Calais), deux sites qui appartiennent au pôle frais du groupe et emploient respectivement environ 400 et 250 salariés. Les salariés, de leur côté, examineront les différentes offres lors d’un comité central d’entreprise, ce 26 juillet, mais ils sont plutôt soulagés par les propositions faites par l’offre Sofiprotéol. Jean-Pierre Guillart, délégué CFDT, regrette « cette vente aux enchères de la société » mais dit faire confiance aux membres du consortium sur le plan industriel, leur professionnalisme étant avéré. Il espère seulement qu’ils penseront réellement au volet social et notamment pour l’accompagnement des salariés qui ne seront pas repris. Il ose espérer que cette association ne se termine pas en démantèlement du groupe et que chacun ne cherche à reprendre son autonomie. Il dit attendre, comme tous les salariés, « qu’une page se tourne et que le groupe retrouve une image normale ». La décision est maintenant entre les mains du tribunal.

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