Trop d'offre, pas assez de demande ! Les cours mondiaux du lait réagissent à la loi du marché, au détriment des éleveurs français. La chute des cours du lait de ces derniers mois risque de durer encore au second semestre, vue les éléments de conjoncture qui s'annoncent.
Si les perspectives de prix sur le second semestre 2015 « sont pour l'instant particulièrement difficile à cerner », estime prudemment Benoît Rouyer, économiste à l'interprofession laitière (Cniel), lors de son intervention filmée du 26 juin (vidéo visible sur le site du Cniel), plusieurs critères laissent penser que les cours mondiaux ne vont pas augmenter. Une vision partagée par la Rabobank, dans sa publication du 22 juin : « Toujours plus de lait que n'en demande le marché ». L'organisme annonce une reprise des cours mondiaux seulement au début de l'année 2016 avec « la stabilisation des importations chinoises » et la reprise des achats par les consommateurs, favorisée par les prix bas. Effectivement, la collecte mondiale risque fort de se maintenir, voire même de progresser, avec une demande toujours atone, voire même en retrait sur certains produits comme ces derniers mois. Ainsi FranceAgriMer annonce, dans sa note de conjoncture du 30 juin, une reprise de la collecte dans l'UE et une sécheresse en Nouvelle-Zélande moins pénalisante que prévue (+8,5 % de reprise de la collecte en avril). Reste tout de même le phénomène El Niño qui pourrait de nouveau perturber la production avec un taux de précipitation inférieure à la normale, selon la note de conjoncture lait du réseau des Chambres d'agriculture de juin.
La collecte mondiale ne va pas flancher
De plus, aux Etats-Unis, la production se porte plutôt bien avec « un prix du lait et de l'aliment favorable à la production » et la collecte en Argentine devrait « rebondir » en 2015. En parallèle, les acheteurs, à la recherche du prix le plus bas et caractérisés d'« attentistes », renforcent le phénomène. Depuis plusieurs mois, les prix mondiaux sont à la baisse en lien « un ralentissement de la demande mondiale, dans un contexte de collecte stable, voire en progression », observe FranceAgriMer. En Europe, le scénario est le même : « avec moins de demande à l'exportation sur certains produits mais aussi sur le territoire communautaire de la part des opérateurs, dans une attitude attentiste de l'“après quota laitier”, le marché à tourné au ralenti ». Le retrait de la Chine du marché mondial est sur toutes les bouches dans la filière française. Elle a effectivement diminué ses achats de poudre de lait écrémé sur le marché mondial de 33 % (36 700 tonnes), en pénalisant plus ou moins tous ces fournisseurs. Mais ces derniers ont réussi à « reporter les volumes sur d'autres marchés, voire même à les augmenter », d'après FranceAgriMer. Ainsi, la Nouvelle-Zélande s'est tourné vers d'autres marchés asiatiques (+53 % vers l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande), comme l'Australie (+64 % vers l'Indonésie et +13 % vers la Malaisie).
Poudre de lait et beurre, l'Europe bien positionnée
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Cette dernière, avec les Etats-Unis, a été fortement touchée par le retrait de la Chine avec une baisse respective de 39 % et de 45 % de leurs achats (-1,1 % pour la Nouvelle-Zélande). L'Union européenne a trouvé des portes de sortie vers le Bangladesh, le Pakistan, le Japon, les Philippines et l'Egypte. Elle a accru ses exportations de 16,6 %. D'après FranceAgriMer, « sur la poudre grasse, la Chine a divisé ces achats par deux sur la période janvier-avril, s'approvisionnant à 99 % auprès de la Nouvelle-Zélande ». L'Europe s'est vu alors prendre une partie de son marché vers l'Algérie par la Nouvelle-Zélande, en excès de production. Elle s'est alors retournée vers le Moyen-Orient et certains pays d'Afrique. Pour le beurre, l'Europe s'est bien positionné, avec une hausse des exportations de 15,6 %, du fait d'un retrait des Etats-Unis sur ce marché et d'une meilleure compétitivité en lien avec la parité euro/dollars. Une parité qui a aussi servi les échanges de poudres de lait écrémé, dont le prix européen est le plus bas du marché mondial.
L'embargo russe a provoqué un recul de 64% des importations russes de fromage (68 300 tonnes) sur le 1er trimestre 2015, selon une note de conjoncture lait de vache du 30 juin de FranceAgriMer. Boycottant l'Europe, la Russie dont les capacités d'achats ont été amoindries par la baisse du prix du pétrole, s'est tournée vers la Biélorussie (+5%) et le Chili. Du fait d'un marché européen saturé, l'Australie s'est retournée vers l'Asie (+7,1% vers le Japon). Les Etats-Unis ont plus souffert et se sont orientés vers le Mexique (+15%) et la Corée du Sud (+25%). La grande gagnante est la Nouvelle-Zélande avec un développement de ses exportations vers l'Asie, l'Australie et le Moyen-Orient (+22%). L'Europe a « stabilisé ses fabrications de fromage » et a réorienté ses ventes vers l'Asie (Japon, Corée du Sud), l'Afrique (Maroc, Egypte, Afrique du Sud), le Mexique et les Etats-Unis. L'embargo russe est prolongé jusqu'au 6 août 2016.
Patrick Wecxsteen, directeur régional de Sodiaal, a donné sa vision de l'évolution du marché mondial lors de l'assemblée général de Nutrinoë, le 7 juillet. « La production mondial de lait aujourd'hui est en croissance », commence-t-il. Ainsi, aux Etats-Unis, le Farm-Bill est très protecteur. « Les éleveurs gardent les animaux. On n'observe pas de hausses des abattages », explique-t-il. Du côté des achats de la Chine, « nous ne sommes plus sur une progression à deux chiffres comme les années antérieures ». La prolongation de l'embargo russe va également jouer sur les marchés. « La Russie représentait un marché de 2,5 milliards de litre de lait », explique-t-il. La concurrence intra-européenne se développe et « le prix du fromage en Allemagne décroche déjà ». Il annonce pour les adhérents de Sodiaal un prix du lait A à 305 €/1000 l et un prix B à 218 €/1000 l à partir de juillet. « La production acheté par les GMS, nous a permis d'éviter une baisse de prix trop importante. De plus, le prix est plutôt haut en France car il s'agit d'un système de prix lissé. En Allemagne, il est déjà descendu à 270280 €/1000 l ».