Les ministres de l’Agriculture et de la Transition écologique, Stéphane Travert et Nicolas Hulot, ont précisé le 22 juin les modalités de sortie du glyphosate, qui sera notamment accompagnée par une force d’organisation temporaire pilotée par les deux ministères.
Syndicats agricoles, industriels, distributeurs, services de l’État, coopératives, chambres d’agriculture et instituts de recherche et d’innovation étaient réunis le 22 juin en terrain neutre, dans une annexe de Matignon, en présence de parlementaires et de représentants des régions, sous l’égide des deux ministres. « Nous allons missionner une “task force” pilotée par les deux ministères, avec l’appui de l’Inra, de l’Acta (instituts techniques) et de l’APCA (chambres d’agriculture) avec un compte rendu trimestriel », a indiqué Stéphane Travert à l’issue de la réunion .« Une commission à l’Assemblée nationale va auditionner les différents acteurs pour voir, au fil de l’eau, si nous sommes en situation de tenir l’objectif » de sortie du glyphosate en trois ans, a précisé Nicolas Hulot. Objectif auquel « nous pouvons accorder deux années supplémentaires en cas d’impasses technologiques ».
Les ministres ont également annoncé la création d’une banque de solutions afin de diffuser « les méthodes alternatives, les nouvelles pratiques et les initiatives de terrain ». Ils souhaitent disposer, dans les trois semaines, de premiers engagements précis de réduction et de suppression des usages du glyphosate. Et ont également demandé aux entreprises de l’agroalimentaire et de la grande distribution de s’engager aux côtés des producteurs dans le déploiement de solutions et dans « la valorisation des efforts consentis par les agriculteurs » pour faire des produits sans glyphosate, a souligné le ministre de la Transition écologique.
Mobilisation des réseaux territoriaux
Hulot et Travert ont rappelé le cadre du plan d’action global pour la réduction de l’utilisation des phytos présenté fin avril, avec un objectif de -25 % en 2020 et -50 % en 2025, et la décision du gouvernement de mettre fin aux principaux usages du glyphosate d’ici trois ans au plus tard et d’ici cinq ans pour l’ensemble des usages, tout en précisant que les agriculteurs ne seraient pas laissés dans une impasse.
Le renforcement des actions d’accompagnement est prévu dans le cadre du programme Ecophyto. Les deux ministres ont annoncé la mobilisation des réseaux territoriaux des chambres d’agriculture, et de l’enseignement agricole pour faire connaître et promouvoir les alternatives au glyphosate sur l’ensemble des territoires avec l’appui des Civam et des coopératives. Un suivi est lancé des quantités vendues et utilisées de produits avec glyphosate, afin de « faire toute la transparence sur les usages » en publiant régulièrement les données et en les mettant à disposition du public.
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« ONG exclues »
L’association Agir pour l’environnement s’est plainte dans un communiqué de ne pas avoir été conviée à cette réunion, s’interrogeant : « Faut-il en déduire que lorsque les choses sérieuses commencent, les ONG sont exclues pour avoir commis le crime d’avoir eu raison trop tôt ? » L’UIPP (industriels des phytos) a aussi jugé « incompréhensible que les acteurs de la protection des plantes, c’est-à-dire les entreprises capables de fournir des solutions aux agriculteurs, ne soient pas conviées. Cela confirme une nouvelle fois un fonctionnement du gouvernement déconnecté des réalités ».
Un délai de 3 semaines pour les premiers engagements de réduction
Les différentes réactions des syndicats agricoles
À la sortie de la réunion du 22 juin, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA a salué « l’état d’esprit constructif » et a insisté sur la nécessité de « ne pas laisser les agriculteurs sans solutions » car « nous avançons pour répondre aux attentes sociétales » mais les « alternatives sont encore coûteuses et complexes ». Dans le même sens, Jérémy Decerle, président des JA, veut « se mettre au travail pour que tout le monde en sorte grandi », mais avertit : « Il pourrait y avoir de grandes difficultés sur les exploitations » sans accompagnement adéquat. À l’opposé, sur son site internet, la Coordination rurale (CR) « estime que les points évoqués sont loin d’être satisfaisants » et déplore que le glyphosate serve de faire-valoir politique. Alors que la FNSEA et les JA semblent dans une logique de recherche de solutions, la CR met toujours en doute le « risque cancérogène majeur » du glyphosate. Toutefois, tous s’accordent sur un point : la nécessité d’une « réciprocité des normes dans les accords internationaux » (FNSEA/JA) et donc « des importations des produits traités aux glyphosate » (CR).