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Soufflet profite de marchés porteurs et se transforme

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En 2018/2019, Soufflet a progressé en volume d’affaires (4,866 millions d’euros de chiffre d’affaires) et en Ebitda (164 millions d’euros), porté par des marchés bien orientés et une transformation de l’activité afin de mieux répondre aux attentes des clients et des changements sociétaux. La restructuration de Neuhauser, sa branche de boulangerie, pâtisserie et viennoiserie, est désormais terminée et les ventes ont connu un fort recul, mais l’implantation au Portugal est un motif de satisfaction.

Vendredi 10 janvier, le groupe familial Soufflet a détaillé son dernier exercice 2018/2019 clos le 30 juin 2019. Le chiffre d’affaires du groupe spécialisé dans les céréales (négoce, meunerie, malterie, BVP) progresse de 9 % pour atteindre 4,866 milliards d’euros grâce à la hausse des volumes traités et des prix de l’orge et du blé. L’Ebitda est de 164 millions d’euros, en hausse de 10 millions d’euros par rapport à l’exercice précédent. Le groupe céréalier ne divulgue pas son résultat net, ni le niveau de son endettement. « Nous avons bénéficié d’un environnement favorable à l’ensemble des marchés du groupe », a indiqué Jean-Michel Soufflet, président du directoire, qui note aussi « une montée en gamme des marchés sur les principales filières de céréales et de légumineuses, et un développement des marchés de niche tels que le bio et les protéines végétales ». Il a toutefois regretté un environnement législatif flou, comme c’est par exemple le cas pour la séparation entre la vente et le conseil de produits phytosanitaires, dont les textes ne sont toujours pas sortis. « Je m’orienterais plutôt vers la vente mais je peux encore changer d’avis », a-t-il déclaré à ce sujet. Soufflet a réalisé un chiffre d’affaires de 79 millions d’euros dans le conseil et les services pour le secteur viticole et les espaces verts. Le climat social actuel a des répercussions sur l’activité de Soufflet : les grèves de la SNCF entraînent des suppressions de trains obligeant à se tourner vers le transport routier plus onéreux. Jean-Michel Soufflet a aussi déploré les grèves de dockers dans les ports qui perturbent le trafic des bateaux de céréales.

Des farines plus qualitatives

L’exercice 2018/2019 a été marqué par la volonté du groupe de répondre à la montée en gamme de ses marchés. C’est le cas de la meunerie avec une forte poussée en faveur des farines bio issues des terroirs français. Au printemps, Soufflet a ainsi inauguré son premier moulin certifié bio à Lozanne, d’une capacité de 24 000 tonnes par an. Entre 2018 et 2019, la collecte de blé bio français a ainsi doublé passant de 9 000 tonnes à 18 500 tonnes (23 000 tonnes prévues en 2023). Les moulins vont aussi monter en puissance avec 3 500 tonnes de blé bio en 2019/2020 et 9 000 tonnes prévues en 2023 par le groupe. La montée en gamme des produits passe aussi par un développement des farines certifiées (Label rouge, etc.) qui doivent passer de 42 % des volumes produits à 70 %. En février, le groupe a signé un accord avec Lidl pour fournir des baguettes et des pains cuits sur sole confectionnés à partir de blés tracés français produits par 130 agriculteurs partenaires.

D’un point de vue stratégique, l’engagement des Moulins Soufflet pour des farines issues de filières tracées traduit un repositionnement de l’offre qui semble porter ses fruits puisque les volumes ont progressé de 1 % au cours de l’exercice précédent (les ventes ont été stabilisées) dans un marché des artisans boulangers en baisse de 2 % mais demandeur de farines plus qualitatives.

Perspectives encourageantes pour Neuhauser

En 2018/20019, Neuhauser, la branche boulangerie, viennoiserie et pâtisserie de Soufflet, a affiché un chiffre d’affaires en recul de 8 % à 377,9 millions d’euros. « Nous ne sommes pas sortis de l’ornière pour l’activité en France », a commenté Jean-Michel Soufflet, soulignant que l’activité en France de Neuhauser présente le pire Ebitda du groupe Soufflet. « La performance s’améliore toutefois grâce au plan stratégique qui prévoit un renforcement des équipes, la reconquête commerciale, l’excellence industrielle et l’optimisation de la logistique », explique Marie-Ange Mathieu, directrice financière de Soufflet. « La profitabilité se redresse, même si les volumes ont baissé » ajoute-t-elle. La nouvelle équipe de managers, dirigée par Marc Auclair, le directeur général de Neuhauser, a fermé un site industriel à Folschviller près de Metz où un plan de sauvegarde de l’emploi a été mené. L’activité de produits frais a été transférée à Bréal-sous-Vitré, site spécialisé dans les brioches, briochettes et pains au lait cuits où des investissements en cours permettent d’automatiser les fins de ligne et d’augmenter les capacités. À Ploërmel, Neuhauser double la capacité de son site de beignets, avec de nouvelles lignes de produits fourrés qui ont démarré en décembre 2019, afin d’atteindre une capacité de 7 500 tonnes par an. La principale source de satisfaction est la filiale au Portugal, Panpor, où la troisième usine est en démarrage et une 4e est prévue avec l’achat d’un terrain déjà réalisé. L’activité centrée sur les pasteis de nata, dont les ventes ont progressé de 36 % en 2018/2019, est « très profitable », selon Jean-Michel Soufflet. Les investissements en cours vont permettre un doublement de la capacité actuelle en pasteis de nata. L’export est une piste de développement du chiffre d’affaires pour Neuhauser qui a ouvert un bureau commercial à Miami pour vendre les gammes surgelées à la grande distribution nord et sud-américaine.

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Poursuite de la montée en gamme

La montée en gamme du marché de la bière amène Soufflet à adapter son offre. Au cours de l’exercice 2018/2019, la malterie de Pithiviers a été certifiée bio (capacité de 79 000 tonnes de malts touraillés et 13 000 tonnes de malts torréfiés). Les Malteries Soufflet sont ainsi « le seul acteur français à proposer une gamme complète de malts spéciaux et torréfiés bio entièrement produits en France », affirme le groupe. À Saint-Pétersbourg, un nouveau torréfacteur a été mis en service pour répondre à l’émergence des brasseries artisanales qui demandent des malts spéciaux. Et les filières locales se développent dans plusieurs pays d’implantation. C’est le cas en Ethiopie où Soufflet va voir son usine entrer en service en 2020 afin de transformer 80 000 tonnes d’orge locale.

Pour l’exercice en cours, Jean-Michel Soufflet veut poursuivre la transformation du groupe orientée vers la montée en gamme des produits et vers plus de prise en compte de la RSE. Le groupe n’émet pas de prévisions financières, mais se montre optimiste, constatant une récolte de blé marquée par « de très beaux volumes et une très belle qualité meunière face à une demande très très forte à la fois asiatique et africaine », a indiqué Jean-François Lépy, directeur général de la branche négoce, signalant par ailleurs « une très belle campagne céréalière qui est devant nous ». Parmi les projets marquants pour 2020, le groupe annonce la construction d’une station de semences en Roumanie (mise en service en septembre 2020) pour un montant de 7 à 8 millions d’euros et une capacité de 20 000 tonnes annuelles. Un nouveau moulin à Corbeil Essonne, qui va entrer en production en janvier 2021 et produira 900 tonnes par an, est en cours de construction pour un investissement de 35 millions d’euros.

Pomme de pain fait évoluer son concept

La chaîne de sandwicheries Pomme de pain, seule activité commerciale tournée vers le grand public de Soufflet (depuis la vente de sa chaîne Le Crobag en Allemagne à Autogrill), a maintenu son chiffre d’affaires en 2018/2019 à 33,1 millions d’euros. La moitié des 118 points de ventes sont désormais rénovés et ont adopté un nouveau concept : la Maison du sandwich. « On travaille toujours sur l’évolution du concept qui reste très insuffisant », note Jean-Michel Soufflet, comparé à « d’autres enseignes telles qu’Exki ou Pret A Manger » qui ont une offre développée au-delà du sandwich. « Il faut développer la franchise en France, une formule qui marche bien à l’étranger ». Soufflet reste toujours ouvert à une cession au cas où une opportunité se présenterait.