Il ne faut se cacher derrière des pudeurs de langage : pour l’immense majorité des agriculteurs, l’échec des discussions du cycle de Doha provoque un grand soulagement. Pour le gouvernement et le chef de l’État également, il constitue sans doute une libération. Pensons aux problèmes qu’aurait provoqué un entêtement de la France et de quelques autres pays à refuser un accord tel qu’il se présentait. Sans parler des conséquences sur l’image d’une présidence jugée facteur de divisions en Europe.
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En apparence, donc, tout est bien qui finit bien. Et pourtant ! Est-on sûr que la France et son agriculture ont plus à gagner d’un échec durable de la libéralisation des marchés que d’un progrès en ce sens ? L’agriculture du pays n’a-t-elle pas réalisé les progrès qu’on lui connaît grâce, justement, à cette confrontation avec les marchés mondiaux ? Certes il s’agissait d’une confrontation aidée par les aides européennes. Mais, tant nos progrès de productivité que la hausse des prix mondiaux n’estompent-ils pas le besoin en protections douanières et en subventions à l’exportation ? Subventions qui, d’ailleurs, ne concernent plus qu’une fraction de productions. Une de nos cultures les plus compétitives, les plus intégrées dans une filière industrielle, n’est-elle pas celle des oléagineux, la plus exposée aux marchés mondiaux ? Sans doute, nos filières d’élevage risquent d’être extrêmement exposées à la concurrence de pays comme le Brésil, l’Argentine et bien d’autres nations. Mais cela n’arrivera-t-il pas de toute façon un jour ? Ne faut-il pas le plus tôt possible orienter ces productions vers des filières de qualité, liées au territoire, pour trouver de nouveaux atouts ? La conjoncture des prix mondiaux s’y prête aujourd’hui. Si l’adaptation n’a pas lieu maintenant, elle se fera sans doute plus tard. Elle sera plus douloureuse.