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Soulèvements de la Terre : dissolution suspendue, Convoi de l'eau en route

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Une semaine après la suspension provisoire de la dissolution des Soulèvements de la Terre au Conseil d’État, le mouvement participait au « Convoi de l’eau ». Cette mobilisation anti-bassines doit arriver à Paris le 27 août.

Le Conseil d’État a suspendu provisoirement, le 11 août, la dissolution du mouvement écologiste Les Soulèvements de la Terre actée par un décret du 21 juin. Dans son ordonnance qu’Agra Presse a pu consulter, la haute juridiction donne raison au collectif et autres requérants (EELV, Pollinis, Agir pour l’environnement, Fédération droit au logement…) entendus lors d’une audience de référé suspension le 8 août. Le Conseil d’État a estimé que les deux conditions nécessaires à la suspension provisoire du décret – caractère urgent et doute sérieux sur la légalité de la mise en cause – étaient remplies.

Sur le caractère urgent, les juges reconnaissent que « la liberté d’association » des Soulèvements de la Terre est « atteinte » alors même que le ministère de l’Intérieur « n’apporte pas […] d’éléments suffisants » justifiant que « la protection de l’ordre public » est menacée. Sur la légalité de la mise en cause, les juges estiment que les éléments présentés par la place Beauvau ne démontrent pas que le mouvement « cautionne » la violence à l’égard des personnes. Quant aux violences à l’égard des biens, elles ont été commises « en nombre limité » et présentent un « caractère circonscrit », ce qui fait jaillir un doute sur la qualification de « provocation à des agissements troublant gravement l’ordre public ».

Le sort définitif des Soulèvements de la Terre sera décidé lors d’un recours au fond, dont l’audience se tiendra « vraisemblablement à l’automne », a précisé le Conseil d’État dans un communiqué. Pour rappel, la dissolution du mouvement avait été prononcée en Conseil des ministres le 21 juin, peu après l’arrachage de cultures maraîchères près de Nantes et trois mois après de violents affrontements lors d’une manifestation « anti-bassine » à Sainte-Soline (Deux-Sèvres).

Le « convoi de l’eau » s’arrête à Tours

En attendant l’audience au fond, Les Soulèvements de la Terre poursuivent les actions prévues dont certaines de longue date. Le mouvement participe au « Convoi de l’eau », qui a quitté la commune de Lezay (Deux-Sèvres) le 18 août et doit rejoindre Paris le 27 août, via une étape à Orléans où se situe l’Agence de l’eau Loire-Bretagne.

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Les soulèvements de la terre
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Ce convoi, qui rallie les opposants aux projets de réserves pour l’irrigation agricole, est organisé par le collectif Bassines non-merci et par la Confédération paysanne. L’objectif est de « demander des comptes aux décideurs et financeurs qui imposent les méga-bassines », souligne un communiqué de Bassines non-merci. Et d’ajouter que « les méga-bassines ne constituent en rien un levier d’action pour restaurer le bon état et un partage équitable de la ressource en eau dans nos bassins versants ».

Entre 500 et 1 000 personnes à vélo et une trentaine de tracteurs étaient attendues au départ, selon France Bleu Poitou. Trois jours plus tard, le 22 août, le cortège d’environ 600 opposants aux bassines faisait étape dans le calme à Tours, accueillis par environ 400 personnes selon l’AFP. Le peloton militant et sa dizaine de véhicules se sont installés sur la principale place de la ville, proche du palais de justice où le procès de cinq militants écologistes de Dernière Rénovation s’est déroulé l’après-midi même.

Contre les « fermes usines »

Sur l’itinéraire qui doit sillonner cinq départements (Deux-Sèvres, Vienne, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher, Loiret), les organisateurs ont prévu de « poser des actes face aux coopératives et industries des engrais et pesticides qui forcent à la construction de ces infrastructures pour maintenir leurs profits ». De passage dans la Vienne, la Conf’ a ainsi dénoncé un projet de « ferme-usine de 1 200 taurillons », engraissés « exclusivement en bâtiments ». L’exploitation située à Coussay-les-Bois dans la Vienne (près de Châtellerault) illustre « une fuite en avant agro-industrielle subventionnée massivement par de l’argent public », estime le syndicat minoritaire. Il affirme que les animaux seront des « sous-produits de l’activité énergétique prévue sur place ». Il serait prévu d’y construire un méthaniseur, précise le collectif Bassines non merci (co-organisateurs du convoi) dans une vidéo postée sur X (ex-Twitter) le même jour. D’après la Conf’, « plusieurs recours en justice » ont été portés par la commune et par des associations mais « en vain ».

Les conditions nécessaires à la dissolution des Soulèvements sont absentes

"Une fuite en avant agro-industrielle"

Méga-bassines : majorité de Français défavorable à leur interdiction et aux « sabotages »

Dans le cadre de son baromètre annuel sur la sécurité des Français réalisé pour Fiducial (bureautique), l’institut de sondage Odoxa a questionné un millier de Français en juin sur les mouvements écologistes. S’ils partagent une partie des revendications exprimées, les Français interrogés désapprouvent certaines des méthodes mises en œuvre par les franges activistes de ces mouvements. Du côté des idées, les Français soutiennent largement la « protection des espaces animales en danger » (84 % partagent la revendication), la « lutte contre le changement climatique » (78 %), « l’interdiction des pesticides dans l’agriculture » (76 %) ou « la fin de l’agriculture intensive » (67 %). En revanche, ils désapprouvent « l’interdiction des méga-bassines destinées à l’agriculture » (40 %). Du côté des méthodes, seulement 34 % approuvent les « occupations de zones où un projet est prévu (ZAD) » (34 %) et les « sabotages d’infrastructures et d’exploitations agricoles » (13 %). Une courte majorité (55 %) estime que les installations et infrastructures sont « assez mal » voire « très mal » protégées.