Le rapport sur les « solutions techniques pour une agriculture durable », adopté le 7 juin par le Parlement européen en session plénière (454 voix pour, 177 contre et 42 abstentions), a reçu un soutien ferme de la part de la Coalition de la chaîne agro-alimentaire (AFCC) qui regroupe une dizaine d'associations agro-industrielles européennes (1). Ce rapport prône en particulier un environnement politique et réglementaire favorable à l'innovation technologique pour faire face au défi de la croissance de la population mondiale.
Dans son rapport, Anthea McIntyre (Conservatrice, Royaume-Uni) se dit convaincue que l'innovation peut contribuer à parvenir à une agriculture durable dans l'UE et que les technologies agricoles de précision (TAP) sont particulièrement importantes pour continuer à évoluer. Tout en rappelant que celles-ci sont susceptibles de réduire d'au moins 15 % l'utilisation des ressources, elle constate cependant les limites à leur adoption généralisée et à leur adaptabilité à tous les types d'exploitations en Europe. Elle insiste sur la nécessité de soutenir l'innovation en matière de technologie en assurant la cohérence des réglementations, et demande à la Commission de veiller à ce que l'innovation « soit explicitement prise en considération dans les prochaines révisions et réformes de la législation pertinente ». Selon elle, l'agriculture européenne est capable de produire des produits de qualité à forte valeur ajoutée et des solutions rentables et fondées sur la connaissance, afin de nourrir une population mondiale en pleine croissance et plus exigeante. À propos des ressources génétiques, le rapporteur estime que la réglementation de l'UE devrait permettre aux sélectionneurs de les utiliser au mieux et que les règlements de
l'UE devraient dès lors toujours « veiller à ne pas saper ces processus d'innovation en imposant une charge administrative inutile ». Concernant les produits phytopharmaceutiques (PPP), Anthea McIntyre insiste sur « l'urgente nécessité de revoir la mise en œuvre du cadre réglementaire des PPP et de développer un système d'évaluation et d'agrément cohérent, efficient, prévisible, fondé sur les risques et une argumentation scientifique ». Elle invite la Commission à harmoniser le système d'agrément des PPP afin de garantir une reconnaissance mutuelle des produits par les États membres.
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La Coalition de la chaîne agro-alimentaire de l'UE a salué le vote du rapport sur les « solutions techniques pour une agriculture durable » de la députée conservatrice britannique et a appelé à des politiques cohérentes de l'UE « pour débloquer le potentiel de l'innovation dans les secteurs agroalimentaires de l'Europe afin de maintenir sa position en tant que chef de file mondial ». Pour Garlich v. Essen, le président de l'AFCC, « ce rapport est très important à un moment où l'UE affronte une crise agricole profonde avec des prix des produits de base en baisse ». Selon lui, « le renforcement de l'innovation est la clé pour améliorer la situation des agriculteurs, des industries d'intrants agricoles, des commerçants et des entreprises du secteur agroalimentaire ». Le patron de l'AFCC estime que le rapport McIntyre « établit enfin les nouvelles technologies comme des outils essentiels qui peuvent aider à assurer la compétitivité et la durabilité de l'agriculture. Ce que nous devons faire est de lui donner corps avec des initiatives stratégiques correspondantes et d'intégrer fermement le principe de l'innovation dans l'approche réglementaire future de l'UE ». Aziz Ben Marzouq
(1) Elle comprend onze associations industrielles au niveau européen telles que la CEMA (machines agricoles), ESA (semences), Fertilizers Europe (engrais), ECPA (protection des cultures), IFAH Europe (santé animale), FEFAC (Alimentation du bétail), EuropaBio (produits issus de la biotechnologie), COCERAL et CELCAA (commerce des produits agricoles), COPA-COGECA (syndicats agricoles) et FoodDrinkEurope (industrie alimentaire et des boissons).
« Vision pro-industrielle, déshumanisée, pro-pesticide, pro-OGM ». C'est ainsi que le socialiste belge Marc Tarabella a qualifié le rapport McIntyre, sur lequel il a voté contre. Il le juge « inacceptable » notamment dans la mesure où celui-ci insiste sur la nécessité d'augmenter fortement la production alimentaire (jusqu'à 110 %) pour faire face à l'augmentation de la population mondiale « alors que l'Europe croule sous les déchets alimentaires ». Il rappelle qu' « aujourd'hui nous produisons de la nourriture pour 14 milliards d'êtres humains alors que nous ne sommes que 7,2 milliards et serons 9,1 milliards en 2050». Il dénonce le fait que le rapport « ne mentionne même pas la lutte contre le gaspillage, la question de l'obésité ou de la suralimentation dont souffrent de plus en plus de personnes. Rien non plus sur la crise agricole profonde ou la précarité du travail de la terre qui, elles aussi, mettent gravement en péril la production alimentaire pour les décennies à venir ». Dans ce contexte, a souligné Marc Tarabella, « le défi n'est pas de produire plus, mais de produire mieux ». Selon lui, lutter contre le gaspillage alimentaire est une des priorités majeures, plus particulièrement quand on sait que près de la moitié des denrées produites sont jetées sans être consommées. Par ailleurs, le député socialiste soupçonne le rapport d'ouvrir une brèche vers le TTIP (traité transatlantique de commerce et d'investissement) quand il y est question par exemple, de la mise en place « d'un cadre réglementaire fondé sur le risque » lors de l'adoption de nouvelles technologiques, de nouveaux produits ou de nouvelles pratiques. « En clair, le rapport prône l'approche américaine selon laquelle le principe du risque va totalement à l'encontre du principe européen de précaution. Les pro-TTIP sont bien sûr en faveur d'un cadre réglementaire fondé sur le risque, ce qui permettrait de faire entrer sur le marché européen des produits US sur lesquels pourraient planer des doutes sanitaires par exemple. Ce texte donne l'impression d'avoir été rédigé par les industriels eux-mêmes. Je refuse de participer à ça », a-t-il encore affirmé.