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Marchés Spéculation et régulation ne sont pas opposées

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Lors d’une conférence intitulée « Les paradoxes de la spéculation » organisée à Paris le 15 février par Offre et Demande Agricole (ODA), son président, Renaud de Kerpoisson, a fait le point sur les facteurs de la volatilité en agriculture. Entre l’effacement des politiques européennes de soutien aux marchés agricoles et une tension croissante sur les fondamentaux, Renaud de Kerpoisson a resitué le rôle des « spéculateurs » dans l’évolution des prix des grandes cultures.

«Sur le marché mondial, de fortes fluctuations de prix en agriculture ont déjà été observées par le passé. Suite à l’arrêt des aides à l’exportation et des baisses des prix d’intervention, la volatilité des prix agricoles au sein de l’Union européenne s’est alignée sur celle observée dans le monde », a indiqué Renaud de Kerpoisson, président d’ODA, lors d’une conférence intitulée « Les paradoxes de la spéculation » organisée le 15 février à Paris.

La financiarisation, un outil pour la visibilité sur les prix

« Le marché à terme permet aux producteurs de connaître leurs prix dans le futur, et donc leurs marges, et d’orienter leurs emblavements. De plus, cet outil financier permet de mieux répondre aux demandes du marché, mais aussi aux acteurs des filières agricoles de se couvrir », a rappelé Renaud de Kerpoisson. Selon lui, l’effacement progressif des mécanismes de soutien à l’agriculture de la Pac a transformé les agriculteurs en spéculateurs. En effet, ces derniers observent désormais les prix à l’avance, et investissent sur une culture dont le résultat à terme leur permettra de dégager un bénéfice. « Dans ce contexte, le marché à terme est devenu un outil central de gestion du risque prix pour les agriculteurs », a souligné le président d’ODA.

Un rôle différencié des spéculateurs

On peut différencier deux grands types de spéculateurs sur les marchés à terme, selon Renaud de Kerpoisson. D’abord, les fonds non commerciaux, qui ont des effets à court terme sur la volatilité des marchés, alternant rapidement achats et ventes. Puis les fonds indiciels, qui ont tendance à rester plus longtemps sur leurs positions, entre six mois et un an, et dont les effets sur la volatilité ne sont pas prouvés, selon le président d’ODA. « Ainsi, en juillet 2010, les positions ouvertes des fonds non commerciaux tournaient autour des 50 à 100 000 contrats à Chicago, lorsque celles détenues par les fonds indiciels se situaient entre 200 et 250 000 », a souligné Renaud de Kerpoisson. Cependant, pour lui « la part des stocks détenus par des fonds d’investissements s’est considérablement accrue ces dernières années. Elles correspondent sur Chicago, tous types d’opérateurs confondus, à 28Mt de blé sur un stock mondial estimé à 178Mt, et à 52Mt de maïs sur un stock mondial de 127Mt ».

La spéculation modère la volatilité

« Après la hausse de 2008, les fonds indiciels ont vendu pour empocher leurs gains ce qui a permis aux stocks de gagner en volumes et aux prix de retomber. Puis, lors des bonnes années de production qui ont suivi, les fonds sont repassés massivement aux achats et ont soutenu les cours. Enfin, suite à l’embargo russe sur les exportations de céréales, ayant fait flamber les cours du blé, ces mêmes fonds ont empoché leurs bénéfices en revendant leurs contrats sur le marché. Ce qui a pu modérer la hausse », selon Renaud de Kerpoisson. De plus, il a signalé que lors de la dernière flambée des céréales, lorsque les fonds non commerciaux rachetaient à la hausse, les fonds indiciels eux vendaient, ce qui aurait quasiment annulé l’effet spéculation sur les marchés. Au final, le président d’ODA a insisté sur le fait que les fondamentaux sont les principaux moteurs des évolutions de prix sur les marchés. Et il ramène d’ailleurs le rôle du stockage physique au premier plan comme outil de régulation, devant la lutte contre les spéculateurs.

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