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Rumeurs/bourses Spéculations autour de Danone, la poule aux œufs d’or

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Les spéculations ont repris depuis deux semaines autour d’un éventuel rachat de Danone. Cette fois c’est PepsiCo qui serait le centre de rumeurs, lancées par le magazine Challenges. Le cours de Danone atteint des records historiques et un rapprochement paraît de plus en plus crédible et probable. Mais peu souhaitable par son management, tout comme le gouvernement français qui multiplie les déclarations. L’idée d’une offre de PespiCo paraît d’autant plus plausible que la période d’été est toujours propice aux grandes acquisitions…

Serait-ce la bonne ? Les rumeurs ont repris concernant un éventuel rachat du français Danone. De quoi donner des sueurs froides à Bercy et Matignon, qui craignent d’assister au dépouillement de l’industrie française par des groupes étrangers, comme ce fût le cas pour Péchiney, racheté par le canadien Alcan en 2003. D’autant que l’intervention d’un Nicolas Sarkozy, qui avait fait pression pour défendre Aventis face au suisse Novartis, ou d’un Thierry Breton ne serait cette fois d’aucun secours. Car avec un flottant de 85 % en Bourse, Franck Riboud sait que son groupe est « opéable » à tout moment. Et comme il n’existe plus d’actionnaires de référence depuis l’an dernier, le risque existe bel et bien, mais il serait impossible de monter dans le capital à l’insu du management. « La seule façon de prendre le contrôle de ce groupe est de lancer une OPA en bonne et due forme », a expliqué un de ses porte-parole. D’autant que Danone, par sa mondialisation, son recentrage réussi et son positionnement sur l’eau et les produits laitiers, aux rythmes de croissance supérieurs à la moyenne du secteur, a de quoi attiser la convoitise des géants dont Coca-Cola, Kraft Foods, Unilever et Nestlé. Mais cette fois, c’est PepsiCo qui a été le centre de nouvelles rumeurs d’achat.

PepsiCo serait prêt à débourser 25 à 30 milliards

Deux semaines plus tôt, le magazine Challenges a en effet réveillé le serpent de mer en affirmant que Pepsi-Cola, numéro deux mondial des boissons, caressait un projet de rachat de Danone. Selon ces informations, l’Américain aurait ramassé un volume important d’actions de Danone, soit quelque 8 millions de titres, équivalant à 3 % du capital, à un prix unitaire situé entre 66 et 72 euros. D’après la revue, PepsiCo serait prêt à débourser 25 à 30 milliards d’euros pour s’offrir Danone, alors valorisé à 19 milliards d’euros environ. Bien entendu, les deux intéressés se sont dépêchés de démentir ces informations. « L’affirmation du magazine français Challengesque PepsiCo a acheté un bloc de 3% de Danone est fausse », a ainsi affirmé Pepsico dans un communiqué. « Le service juridique de notre groupe n’a reçu aucune déclaration de dépassement du seuil de 0,5 % du capital», a déclaré quant à elle une porte-parole de Danone. Car, pour se prémunir contre toute OPA inamicale, le groupe dirigé par Franck Riboud impose en effet une déclaration pour tout franchissement du seuil de 0,5 % du capital. Danone a également rappelé que pour détenir 12 % des droits de vote, il fallait acquérir les deux tiers de ses actions.

Une mobilisation vaine autour du fleuron

Ces bruits ont bien sûr fait bondir le cours de l’action qui, en l’espace d’une semaine, prenait pratiquement 10 %. Et la rumeur est persistante. Au début de la semaine, après quelques jours de pause, l’action Danone repartait de nouveau à la hausse malgré tous les démentis. Car la reprise semble de plus en plus plausible aux yeux des analystes et des politiques. A tel point que le député UMP Patrick Ollier, président de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, a fait part de son inquiétude à ce sujet sur la chaîne câblée LCI. Tout en admettant que la marge de manœuvre des pouvoirs publics est limitée, il a affirmé que « Danone sera soutenu» et que Thierry Breton se préoccupait personnellement du dossier. Pourtant, plus de 50 % des titres étant détenus par des fonds anglo-saxons, le seul levier du gouvernement est entre les mains de la Caisse des dépôts, qui possède…2,88 % du capital ! « Je suis en colère. Je trouve scandaleux de voir partir des fleurons d’entreprises françaises à l’étranger, surtout sous la bannière Pepsi Cola quand il s’agit de Danone, le symbole des produits laitiers et de la qualité française » a-t-il déclaré au quotidien les Echos. Des propos très enflammés et nationalistes, faisant écho aux déclarations de Jacques Chirac le 14 juillet sur « les risques de prises de contrôle d’entreprises françaises par des capitaux étrangers » et le danger « d’une opération hostile sur un grand groupe français ».

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PepsiCo comblerait son retard avec son rival Coca-Cola

Si les rumeurs sont persistantes, c’est que la reprise est tout à fait crédible et aurait du sens. Selon certains, Pepsi Cola (29,6 Mds de dollars de CA, soit 24,7 Mds d’euros) apparaîtrait comme le plus compatible avec Danone (13,7 Mds d’euros de CA). Et ce à plusieurs égards. D’abord parce que en tant que cible récurrente des attaques portées contre les groupes agroalimentaires au sujet de l’obésité, le géant américain aurait tout à gagner à absorber le Français, dont la politique de développement axée sur la santé et lancée dès les années 90, viendrait renforcer sa stratégie de défense. Autre argument fort, l’implantation internationale de Danone – en Chine comme dans d’autres pays émergents – permettrait également à PepsiCo, encore trop américain, de combler son retard avec son grand rival Coca-Cola. En effet, PepsiCo réalise les deux tiers de son chiffre d’affaires en Amérique du Nord. Si l’éventuel prédateur a bien réussi à étendre ses activités à l’eau, aux snacks et aux céréales pour petit déjeuner, il lui reste à renforcer cette diversification par un meilleur équilibre géographique. A l’inverse, Danone est encore peu implanté aux Etats-Unis.

Une longue liste de prétendants

Mais la poule aux œufs d’or fait plus d’un émule. Car pour Coca-Cola, qui à l’inverse de Pepsi Cola, n’a pas réussi à s’imposer sur le marché de l’eau, Danone fait figure de proie idéale, vu la présence internationale du Français sur ce marché, dans de nombreux pays où le groupe d’Atlanta n’est pas présent. Danone lui permettrait également de se diversifier dans les produits laitiers et les biscuits. De son côté, Nestlé pourrait endosser dans le conte le rôle du chevalier blanc, qui, s’il le peut, ne laissera personne acquérir Danone. Car le géant suisse est, parmi tous les prétendants, le plus susceptible de dégager des synergies et donc de proposer un meilleur prix. Les deux groupes ont trop d’intérêts en commun et partagent trop de marchés pour que Nestlé laisse son homologue français se faire reprendre par un concurrent. D’autant que, à certains niveaux de prix, une offre de Nestlé serait toujours relutive dans ses comptes, alors que PepsiCo assisterait au contraire à une dilution de ses résultats. Pour le groupe de Vevey, le seul problème concernerait des risques de concentration excessive en France, sur l’eau. Kraft Foods, quant à lui, serait confronté aux mêmes difficultés sur le marché du biscuit. Unilever, de son côté, pourrait être attiré par les marques fortes de Danone et, comme Nestlé, racheter le Français pour éviter qu’un autre ne le fasse.

Aux dernières nouvelles, le cours de Danone frisait les 90 euros et la capitalisation du groupe frôlait la barre des 24 milliards d’euros. Reste à savoir si les rumeurs vont se concrétiser ou si tout est parti pour retomber comme un soufflé, comme cela a déjà été le cas par le passé. Jusqu’à de prochaines rumeurs et jusqu’à la concrétisation d’un rachat, qui semble pour certains n’être plus qu’une question de temps.