Naguère, l’analyse des revenus de l’agriculture était relativement simple. Il y avait un chiffre fatidique, positif ou négatif, autour duquel se construisaient les réactions syndicales ou ministérielles. Et puis, chaque profession se positionnait en reprenant les données spécifiques, cohérentes avec ce chiffre moyen d’évolution.
Aujourd’hui, rien de tel. L’expertise statistique se perfectionnant sans cesse, on découvre de nouveaux angles d’analyse, de nouvelles équations aboutissant à des taux différents. Et puis, on lisse quelque peu l’évolution annuelle en reprenant les trois dernières années pour estomper les évolutions erratiques, la volatilité, en somme. On s’intéresse aussi aux exploitations dites professionnelles, ou moyennes et grandes, pour mieux coller, semble-t-il, au sort de ceux qui vivent de l’agriculture essentiellement.
Tout cela, éminemment justifié sans doute par l’affinement des statistiques, fait qu’on ne sait plus très bien à quel taux se vouer. Les données utilisées par les syndicats vont de 2,6% de baisse à -6,8% voire -9,2%. Il y a manifestement un soupçon de surenchère à l’envers.
Au fond, qu’est-ce qui est important ? De savoir que le revenu est globalement en baisse, quelle que soit la nuance statistique. Et que la cause de cette réduction porte sur le coût et le volume des intrants. C’est là sans doute qu’il faut faire porter l’effort si l’on veut que l’augmentation légitime des prix des grandes cultures ne pénalise pas de manière illégitime l’élevage. Pour l’élevage, la question des contrats interfilière est loin d’être refermée. Pour les grandes cultures, c’est celle des engrais, dont on ne s’est jamais beaucoup occupée qui est posée. Et si une bonne politique agricole passait d’abord par l’action sur les intrants ?