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Environnement Stéphane Le Foll dessine les contours de son agro-écologie

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La journée « Produisons autrement », organisée le 18 décembre par le ministère de l’Agriculture, annoncée tambour battant, a, comme prévu, donné la parole à de nombreux agriculteurs, représentants de l’enseignement et de la recherche venus témoigner sur les agricultures innovantes. En clôture, Stéphane Le Foll a esquissé les grandes lignes de ce qu’est cette « agro-écologie » qu’il appelle de ses vœux.

«Aujourd’hui, il faut qu’on crée une dynamique », a souligné Stéphane Le Foll qui présentait, le 18 décembre, son « projet agro-écologique pour la France » en conclusion de la journée « Produisons autrement » organisée par le ministère et qui rassemblait quelque 600 participants. « Ce plan est un début », a averti le ministre de l’Agriculture. Stéphane le Foll entend, en effet, créer « une émulation », pour diffuser dans l’ensemble de la profession les solutions portées jusqu’ici par un nombre restreint de réseaux pionniers, vers des agricultures productives, rentables, et respectueuses de l’environnement. Pour cela, « il faut qu’on sorte d’une logique qui consiste à corriger ce qui a été négatif dans le passé, pour inventer quelque chose de nouveau », a ajouté le ministre qui a insisté à plusieurs reprises sur la nécessaire « construction » de systèmes.

Des contours qui se dessinent

Depuis plusieurs mois, Stéphane Le Foll évoque ces « nouveaux systèmes agricoles ». Il en a légèrement précisé les contours. Ils seront « la réponse aux défis posés : à la fois, produire, à la fois la question sociale et la fois la question environnementale », a relevé le ministre, en insistant sur l’emploi en agriculture. Les objectifs du produire autrement seront ainsi « de réduire les consommations (pesticides, fertilisants, énergies) qui ont été faites par les agricultures conventionnelles », diversifier les cultures, viser « l’autonomie de nos exploitations, de nos agricultures » et « produire autant, avec moins », grâce à une logique « système » et non plus « segmentée ». « L’agro-écologie, c’est aussi en finir avec les normes qui peuvent s’appliquer de plus en plus fortement », a ajouté Stéphane Le Foll, qui écartait toutefois de ce principe la question de l’azote et de la directive nitrates : « On est face à une réglementation, à une pollution et à une Cour de justice ».

La certification HVE refait surface

Le plan agro-écologique est donc divisé en trois axes : connaître et capitaliser, diffuser et former, inciter. Il s’agira ainsi d’identifier les points communs entre les démarches des réseaux innovants, mais aussi de signer des contrats d’objectifs, d’ici à mi-2013 entre l’Etat et les instituts techniques, d’intégrer l’agro-écologie aux programmes et référentiels pédagogiques dans la formation continue et l’enseignement agricole, (avec une réflexion à venir sur les fermes des lycées agricoles et les « pôles de démonstration »). Ou encore, d’inscrire l’agro-écologie comme un champ de recherche prioritaire à l’Inra, à l’Irstea (ex-Cemagref) et au Cirad. Stéphane Le Foll a insisté sur le nécessaire engagement de toute la profession agricole, soulignant que coopératives et chambres représentent 12 000 techniciens sur tout le territoire. Par ailleurs, il y aura « une attention particulière portée à la certification environnementale, (…) et à la haute valeur environnementale », niveau 3 de cette certification née du Grenelle de l’environnement.

Des outils pour inciter

Enfin, pour l’axe « inciter », Stéphane Le Foll a ouvert des pistes : soutiens renforcés pour des installations en agro-écologie, « incitations à l’investissement » pour les exploitations qui vont vers l’agro-écologie, création, dans la Pac, de mesures agro-environnementales « système » (touchant l’exploitation dans son ensemble) et non plus thématiques… La réflexion sur la fiscalité écologique, dont le comité permanent d’experts était lancé le 18 décembre par Delphine Batho, devrait en outre apporter des pistes.
Ce plan reposera sur six stratégies en cours d’élaboration, de révision ou de réorientation : Ecophyto, Ecoantibio, un plan biodiversité et apiculture durable (ce dernier est attendu début 2013), un plan protéines végétales, le futur plan bio, ainsi qu’un plan pour la méthanisation. Ce dernier se fixerait un quadruple objectif : résorber l’excédent d’azote, produire du biogaz, des fertilisants, sans empiéter sur la production alimentaire. Le projet agro-écologique de Stéphane Le Foll sera l’une des briques de la loi d’avenir pour l’agriculture.

La motivation pour financement

Quant au financement, Stéphane Le Foll a posé d’emblée : « Que tous ceux qui diront tout de suite “attendez, il n’y a pas d’argent, qu’est-ce qui va se passer ?” soient rassurés : on n’en est pas là. Il y a une réforme de la politique agricole qui est en train d’être négociée. Dont on ne sait pas d’ailleurs, aujourd’hui, quel sera le budget. (…) Et tous ceux qui ont été là, ces fameux pionniers, ne se sont jamais posé la question de savoir quelle était la contrepartie financière. Ils se sont engagés parce qu’ils avaient un objectif, un but. Je pense qu’il faut qu’on revienne à cette idée. »

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