« J’ai mené une politique à laquelle je croyais, c’est déjà pas mal ! », a affirmé Stéphane Le Foll, le 13 février, lors d’une rencontre avec la presse. Il a fait le bilan de son mandat entre relations avec les syndicats, agro-écologie et conflits au sein des filières.
« Cela n’a pas été que du facile à gérer. Le ministère de l’Agriculture est un ministère qui nécessite beaucoup d’investissement », s’est exclamé Stéphane Le Foll, le 13 février lors d’un entretien avec la presse, organisé par l’Association française des journalistes agricoles (AFJA). Rapports avec les syndicats, loi Sapin 2 ou encore agro-écologie, il a abordé les principaux thèmes de son mandat. « J’ai souffert de manière régulière, mais ce qui compte c’est la souffrance des agriculteurs », a-t-il évoqué, faisant référence notamment au congrès de la FNSEA au Mans en 2016 où il s’était fait chahuter pendant tout son discours par des syndicalistes qui lui avaient tourné le dos. « C’était le dernier congrès de la FNSEA que je faisais. Plus jamais. Ils [les syndicalistes, ndlr] m’ont envoyé un message définitif et ma réponse est définitive », a-t-il souligné, précisant qu’il ne se rendrait pas au prochain congrès de la FNSEA de Brest.
« J’ai essayé de prendre du recul et de viser loin »
Tout au long de son mandat, le plus long de tous les ministres de l’Agriculture sous la Ve République, « le ministre, il en a pris plein la tête », s’est remémoré Stéphane Le Foll, un peu désabusé. Il reconnaît des tensions avec la FNSEA, comme avec les syndicats minoritaires. « La Confédération paysanne est dans un schéma – que je respecte – de la petite exploitation », explique-t-il. Mais « je ne pouvais pas répondre aux attentes de la Conf’ car j’aurai dû diviser des exploitations ». Cependant, « dans toutes les réunions, partout, ont été intégrés les syndicats minoritaires. Tout le monde s’est exprimé », a-t-il tenu à rappeler. Du côté de l’agro-écologie, il estime avoir « été incompris par ceux qui veulent faire passer l’économie avant l’écologie et critiqué par ceux qui veulent faire passer l’écologie avant l’économie ». Pour autant, « je le pense toujours, la question écologique n’est pas une contrainte. Elle doit être un atout pour l’économie et l’environnement ». Il reconnaît que « coopératives, négoces et industriels » lui ont mis des bâtons dans les roues face à son projet de réduire l’utilisation de phytosanitaires. « Ils n’étaient pas d’accord pour baisser les ventes », relève-t-il. Il évoque dans ce sens des « inerties sociales et économiques » fortes, comme lors des tables rondes organisées en 2015 dans les filières d’élevage. « Là aussi j’aurais aimé aller plus vite et plus fort mais je reste dans une économie de marché ou alors on réadministre tout ! », souligne-t-il.
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« Dans notre pays, on ne voit jamais ce qui a été fait de positif »
Il parle également des « règles européennes » qui introduisent « un cadre assez limité » et surtout il revient sur la loi de modernisation de l’économie (LME) qu’il n’a pas pu changer : « Vous pensez qu’avec une loi, je règle tout ! Mais même en modifiant la LME, on trouverait toujours des gens qui la contourneraient ! ». Et de reprendre : « J’ai fait en sorte de remettre du dialogue et de la discussion » entre acteurs des filières. La LME est « allée trop loin mais en même temps aucun acteur n’était d’accord pour savoir ce qu’il fallait mettre à la place ». Il évoque également sur le sujet des prix des « responsabilités renvoyées à un ministre, qui dans un marché dérégulé, ne sont pas les siennes ». Sur la Pac, il déclare « avoir l’impression de l’avoir modifiée », notamment au sujet des paiements redistributifs, « une première dans l’histoire ». Il déplore les délais de versements des aides Pac, « et ce n’est pas faute d’y avoir mis les moyens et de l’argent ». À la question d’un éventuel regret pour un autre ministère, il répond : « Cela ne s’est pas passé donc c’est qu’il n’y avait pas d’autre destin pour moi ! ». Et de conclure : « Quand on est en responsabilité, il ne faut pas chercher à être aimé mais plutôt à être regretté. »