Abonné

Politique agroalimentaire/Stratégie Stéphane Le Foll veut ouvrir une autre phase pour l’agriculture et l’agroalimentaire

- - 5 min

Dans un long entretien avec Agra Presse daté du 20 mai, Stéphane Le Foll dresse le bilan de sa première année à la tête du ministère de l’Agriculture et affiche son intention de « passer à une autre phase », tant pour l’agriculture que pour la filière agroalimentaire dans son ensemble. Au centre de ses objectifs, figure l’accélération de l’organisation des filières les plus en difficulté. Il souhaite également continuer à travailler pour une plus juste répartition des marges entre les différents acteurs.

« En un an, nous n’avons évidemment pas tout fait, nous avons plutôt essayé de poser des jalons pour construire un projet, avec tout d’abord une dimension européenne », reconnait d’entrée de jeu, Stéphane Le Foll dans un entretien avec Agra Presse. Il dit avoir dû faire face à l’urgence des entreprises en faillite ou de la crise de la viande du cheval, mais estime pour l’agroalimentaire, avoir aussi préparé l’avenir, et arriver à une phase de proposition. « À l’issue des réunions qui se sont tenues dans les régions, nous sommes parvenus à constituer, avec Guillaume Garot, un ensemble de propositions pour ce secteur. C’est certain, la crise de la viande de cheval a été difficile. On a dû à la fois protéger les consommateurs et éviter une catastrophe industrielle, dans un secteur qui, avec cette perte de confiance, risquait très gros. Nous nous sommes aussi battus au niveau européen pour que les règles en matière de traçabilité puissent évoluer ».

Aider les filières en difficulté

Son principal regret est de ne pas « avoir eu assez de temps pour pouvoir négocier des solutions dans les filières les plus en difficultés. À chaque fois, il faut avoir un accord entre grande distribution, transformateurs et producteurs. Et cela demande beaucoup d’investissement. Mais nous sommes obligés de prendre la mesure des difficultés de ces filières. En l’espace d’un an à peine, je ne pouvais pas changer radicalement la situation dégradée au plan économique et social de ces filières. Donc cela prend un peu de temps. J’aimerais que ça aille plus vite ». Il espère ainsi pouvoir parvenir à un accord au sein de la filière porcine, et n’écarte pas, comme cela a pu être fait dans le lait, la nomination d’un médiateur. Il ne veut pas croire non plus à la fatalité conduisant à la fermeture des abattoirs dans le grand Ouest. Mais la solution passe par un apport de plus de production pour pleinement exploiter leurs capacités d’abattage.

Revaloriser les marges

Evoquant la demande de revalorisation de la marge des transformateurs, le ministre reconnait « la légitimité de tout le monde à demander une amélioration de sa marge, à commencer par les agriculteurs et les PME ! C’est pour cela qu’il faut construire un dialogue pour définir quel doit être l’effort de chacun et qu’est-ce qu’on peut demander au consommateur. Je vais les revoir à ce sujet. Plus encore, début juillet, j’organiserai une grande réunion sur les viandes de France. On essaiera de mettre en commun les caractéristiques des cahiers des charges des filières bovines, ovines, avicoles et porcines françaises ». Il entend cependant aborder ces questions dans «un souci de l’équilibre dans les filières alimentaires ». Aussi, il précise avoir demandé « à la grande distribution – qui bénéficie également du Crédit d’impôt compétitivité emploi – de participer elle aussi à l’effort de redistribution d’une partie de la valeur ajoutée aux producteurs. Sans pour autant dire qu’on va augmenter les prix des produits alimentaires. Même chose pour la transformation, en particulier la transformation laitière ». Il estime que l’on ne doit pas avoir une stratégie qui soit uniquement concentrée sur la baisse des prix, mais il met en garde contre une volonté de trop augmenter les pri x: « Si les prix augmentent trop, il y a des effets de substitution, vers des produits importés notamment. Ou alors la consommation peut baisser ». Concernant justement la concurrence étrangère et notamment le « dumping social », il rappelle « qu’il y a eu un accord entre la France et l’Allemagne pour revoir les conditions d’application de la directive détachement ». Celle-ci permet aux Allemands d’utiliser dans leurs et outils de transformation, une main d’œuvre qui vient de l’Est, employée par des entreprises de sous-traitance. Or, constate le ministre, « en Allemagne, le droit social n’inclut pas de salaire minimum garanti. Quand il y en a, ce sont des minima conventionnels. Dans l’agroalimentaire, filière relativement récente, il n’y en a pas. Il y a un débat là-dessus en Allemagne pour définir dans quelle mesure un salaire minimum national pourrait être institué. Mais cela restera une décision allemande ».
En conclusion, le ministre dit vouloir occuper, en cas de remaniement ministériel, le même ministère qu’actuellement. « J’ai envie de réussir ce que j’ai commencé. Je ne me pose même pas la question » de briguer un autre poste.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.