Abonné

Diversification Stévia « made in France » cherche des industriels pour sortir de terre

- - 3 min

En cours d'expérimentation dans le Languedoc-Roussilon, la culture de la stévia manque encore de compétitivité. La solution pourrait venir de nouveaux usages, au-delà des produits édulcorants.

FACE à une intense concurrence de la Chine, une filière de production de stévia « made in France » – cette plante dont on tire un édulcorant alternatif à l'aspartame – est prête à sortir de terre dans l'Hérault. Elle n'attend que les commandes des industriels. « Nous, on fait du Fauchon », plaisante à moitié Charly Fabre, responsable du projet à la Chambre d'agriculture de l'Hérault. Car pour avoir de la stévia tricolore, il va falloir mettre le prix, dit-il, sans toutefois le chiffrer.

Depuis 2010, il tente de faire pousser la plante originaire du Paraguay sur le sol français en agriculture raisonnée. L'enjeu est double : saisir à temps un marché en pleine expansion et trouver des cultures de diversification (kaki, céréales...) pour combler les friches laissées par les vignes arrachées.

Acclimatation difficile

Après trois ans d'expérimentation, le bilan est mitigé. Car la stévia n'aime pas le froid et même à Montpellier, il fait encore trop frisquet à son goût. « Normalement, avec la stévia, on peut faire deux à trois récoltes par an. Chez nous, ça peut être deux, et encore si on plante tôt », explique Lucile Guigal-Merle, en charge du volet agronomique de ce projet. « On sait la produire, mais on n'est pas compétitifs », reconnaît Charly Fabre. Et les rendements restent encore trop aléatoires, de 19 à 5 t/ha.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

concurrence
Suivi
Suivre

Donc pour l'instant, outre les quelques parcelles d'essai dans l'Hérault, le Gard, l'Aude et les Pyrénées-Orientales, la Chambre d'agriculture de l'Hérault n'a poussé aucun agriculteur à s'y mettre. Elle souhaite d'abord mieux « cerner » la culture et attend d'avoir des débouchés concrets. La solution pourrait venir de Provia Sud, une petite entreprise basée à Lunel qui a vu le jour en début d'année. Elle a l'ambition de « diversifier l'usage de la stévia en valorisant ses déchets », explique son cofondateur, Aurélien Picard.

Nouveaux débouchés

Car la stévia n'a pas que des molécules au fort pouvoir sucrant, « on lui prête également des principes actifs anti-âge, cicatrisants, contre l'acné... qui pourraient servir dans la cosmétique » notamment, poursuit ce jeune ingénieur. Ces principes sont situés dans d'autres molécules que l'extrait édulcorant. Pour les extraire, Provia Sud a mis au point une technique de filtration membranaire, garantie sans produit chimique, qui permet de conserver le reste de la plante intacte. Ce procédé a un autre gros avantage : il est garanti sans solvant, contrairement à la stévia chinoise, dont la molécule est le plus souvent extraite directement en Chine, à l'aide de solvants et techniques non tracées.

Si Provia Sud parvient à trouver des débouchés pour ces molécules, la production agricole serait mieux valorisée car les agriculteurs pourraient vendre aussi, en plus des feuilles, les tiges des plantes cultivées. Et cela réglerait, en partie, le problème de la compétitivité de cette culture, en attendant que les agronomes réussissent à régler les difficultés de son acclimatation sur le sol hexagonal.