Le durcissement prévu de la réglementation sur le stockage d’ammonitrates menace l’approvisionnement des agriculteurs, a déclaré le 16 février l’Unifa annonçant « la fermeture inévitable d’usines ».
« Si le seuil de stockage des ammonitrates est abaissé, l’approvisionnement de la filière ne sera pas suffisant pour alimenter la Ferme France lors des prochaines campagnes », selon un communiqué du syndicat d’industriels. Un projet de décret prévoit d’abaisser le seuil de déclaration ICPE (Installations classées pour l’environnement) à 150 t (contre 250 t à 500 t) pour les stocks d’ammonitrates à haut dosage. L’Unifa met en garde contre « une plus grande dépendance de la Ferme France à des produits d’importation, un transfert des achats agricoles vers des engrais plus émissifs en ammoniac (NH3), et in fine la fermeture inévitable d’usines sur le sol français ». Des répercussions qui vont à l’encontre de la souveraineté alimentaire défendue par le gouvernement, ajoute l’organisation.
La production française en danger
Pour leur approvisionnement en engrais azotés simples, les agriculteurs se tournent vers les ammonitrates haut dosage à raison d’un tiers des volumes totaux, indique à Agra Presse le fabricant Yara. Le reste est importé. Basculer la production française vers le moyen dosage représente « des investissements massifs, qui ne se justifient pas économiquement sur des marchés très concurrentiels », affirme Nicolas Broutin, président de Yara France. L’impact de la nouvelle réglementation serait, d’après l’industriel, une baisse de vente équivalente à la production de son usine de Montoir-de-Bretagne (300 000 t), au profit des importations. Ce projet de réforme est « d’autant plus incompréhensible qu’il est en totale contradiction avec les objectifs de décarbonation » annoncés dans le cadre du plan d’investissement France 2030, souligne Nicolas Broutin.
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Aux alertes liées à la réglementation française, s’ajoute un contexte international marqué par des tensions géopolitiques. La crise en Ukraine suscite en effet des craintes pour l’approvisionnement. Un point sur la situation a d’ailleurs été fait le 16 février au conseil spécialisé Grandes cultures de FranceAgriMer. 16 % des échanges d’engrais finis dépendent de la Russie, selon une étude IHS Markit. « Cela représente un risque direct pour les approvisionnements », a souligné Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre. La menace concerne les nitrates d’ammonium, pour lesquels la Russie représente 40 % des exportations mondiales. En phosphate, la Russie est « un fournisseur clé ». En potasse, la Russie et la Bélarus pèsent 40 % du commerce mondial, faisant peser « un risque très important de rupture d’approvisionnement ». Tout cela « pourrait alimenter une nouvelle spirale haussière des prix des engrais, après celle de l’été 2021 », a considéré Marc Zribi.