Les députés européens ont confirmé d’une courte majorité, le 26 mai, leur hostilité aux profils nutritionnels. Avec ce vote en première lecture du règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé, le Parlement européen a pris ses distances par rapport au projet de la Commission de Bruxelles. Reste à savoir comment les Etats membres prendront position lors de leur débat en vue d’un accord politique début juin.
On vient de perdre une bataille, pas la guerre ». Il n’a manqué que dix-sept voix aux eurodéputés favorables aux profils nutritionnels pour réussir à les maintenir dans le projet de règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé, lors du vote en plénière, le 26 mai. Mais comme ils l’ont affirmé suite au vote, ces députés n’ont pas dit leur dernier mot. Eu égard à la faible différence entre les pro et les anti profils nutritionnels, le concept devrait être réintroduit par la Commission de Bruxelles et le Conseil pour la seconde lecture. Et là, le Parlement européen devra réunir une majorité absolue contre les profils, ce qui semble difficile aujourd’hui.
Fax d’Unilever
Reste que cette division des députés européens est à l’image de l’opposition entre deux approches défendues par les lobbies de l’industrie agroalimentaire. Si Adriana Poli Bortone, le rapporteur parlementaire, favorable aux profils, dénonce « une victoire de la grande industrie contre l’intérêt des consommateurs », d’autres députés font remarquer que les clivages sont « plus subtiles ». « J’ai moi-même reçu un fax d’Unilever, avant le vote, favorable à la mise en place des profils nutritionnels », fait remarquer une eurodéputée belge. Selon elle, le résultat est dû au lobbying intense de PME comme de grands groupes allemands d’abord puis italiens et britanniques.
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« Tout n’est pas perdu », reprend une députée libérale. « Les 2 et 3 juin prochain, le Conseil va confirmer les profils nutritionnels », assure-t-elle. « La suppression des profils est le résultat d’un incroyable lobbying et de beaucoup de méconnaissance », ajoute-t-elle.
« Victoire de la raison »
A l’inverse, « c’est une victoire de la raison », s’exclame Renate Sommer, membre allemande du PPE. Ainsi modifiée, la proposition va établir « un haut niveau de standard en Europe sans s’immiscer dans les choix des consommateurs responsables », indique-t-elle. La proposition va suffisamment loin en s’en tenant à exiger que les allégations soient fondées scientifiquement. « Nous avons empêché la construction d’un nouveau monstre bureaucratique de justesse : imaginez seulement la lourdeur de la procédure pour obtenir l’autorisation d’utiliser tous les slogans dans l’UE à 25 – qui naturellement auraient dû être traduits dans les 20 langues officielles », ironise Renate Sommer. C’est pourquoi elle se félicite que le Parlement ait imposé une simple procédure de notification plutôt qu’une procédure d’autorisation.