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Stratégie Vin de France : des vins sans cahiers des charges pour l’export

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Anivin, l’interprofession des « Vins de France », autrement dit les vins qui ne sont pas produits selon des disciplines collectives de qualité, a annoncé le 18 février sa stratégie : produire pour l’export des vins compétitifs, "marketés" et sans cahiers des charges. L’objectif est de séduire un grand nombre des consommateurs moins regardants sur la complexité aromatique et sur l’origine des terroirs, là où la France a perdu des marchés.

« La France a perdu cinq points de part de marché en dix ans en volumes dans le monde, laissant vacant le créneau de l’entrée de gamme et du milieu de gamme », a déclaré Laurent Delaunay, président de la commission du marketing de l’Anivin, avant d’exposer la stratégie de l’interprofession. Face à cette évolution « délétère », cette dernière entend développer une « viticulture moderne et innovante », avec des « vins créatifs », produits sans cahiers des charges, avec comme seule contrainte celle des marchés et de l’environnement (réduction des pesticides).

Une absence de la France dans les grandes marques

« Nous sommes dans un trou d’air : il n’y a plus assez d’air pour porter l’avion ». Par cette analogie, Laurent Delaunay a voulu montrer que le manque de vin, après les petites vendanges de 2012, 2013 et des vendanges moyennes en quantité de 2014 et 2015, a entraîné une hausse des prix. En outre, cette pénurie a asséché le segment de Vin de France, qui est encore jusque-là un segment « par défaut », et ce sera le cas tant qu’il sera alimenté par les seuls excédents de vins AOC et IGP, a-t-il indiqué. Sur les dix premières marques mondiales de vin, pas une n’est française, a-t-il ajouté. Elles sont principalement californiennes et australiennes.
Les consommateurs d’aujourd’hui recherchent aujourd'hui des vins « créatifs : honnêtes, sincères et bien faits, qui plaisent à leur palais sans leur prendre la tête tout en étant authentiques avec une histoire et une transparence sur leur réalisation ».
Un objectif que s’est proposé l’Anivin est un niveau de production d’un million d’hectolitres supplémentaires, sur une surface de 8 000 hectares. L’organisme croit que l’augmentation de la consommation de vin dans le monde est une tendance lourde parce que la population mondiale s’urbanise, et qu’elle assimile ainsi des valeurs universelles, dont celles du vin. « Nous pensons que la France a des atouts pour constituer des marques. Il faut pour cela une viticulture moderne adaptée à des vins de marques », a poursuivi Laurent Delaunay.

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Sur les dix premières marques mondiales de vin, pas une française

Une viticulture qui veut s’affranchir des « carcans réglementaires »

« Notre offre, moderne, complète à merveille l’offre traditionnelle », a résumé Bruno Kessler. L’idée qui sous-tend cette viticulture est « le libre choix laissé au producteur » sur ses méthodes à la vigne et aux chais, « loin des carcans réglementaires ».
Pour le président de l’Anivin, Serge Tintané, vigneron coopérateur en Gascogne, « dans le contexte où la France excède en normes, être capable de produire un vin compétitif et répondant à l’attente du consommateur est une solution pour créer les vins de demain ». Il estime que cette « viticulture innovante » peut attirer des vignerons dans la démarche. Il a cité le cas de sa cave coopérative qui a ainsi amené onze agriculteurs, principalement de grandes cultures, qui se sont diversifiés dans la viticulture. Le type d’exploitations qui optent pour ce genre de diversification est celui d’exploitations de polyculture-élevage.