Le dossier Entremont a tendance à occulter abusivement tout le reste, mais il est vrai qu’il est assez symbolique dans l’agroalimentaire français. On l’utilise à toutes les causes, syndicales et politiques : le gouvernement, en tout cas, n’a pas pu laisser les intérêts privés démêler seuls les difficultés de l’entreprise et, non seulement le CIRI mais plusieurs ministres, ont trempé dans l’élaboration des solutions qui viennent d’être annoncées en grande pompe. Et l’on se targue d’avoir privilégié la voie coopérative pour bâtir un géant du lait, oubliant un peu vite que la chute d’un groupe coopératif comme Unicopa a précédé de peu la naissance d’un groupe laitier au nom encore incertain de « Sodiaal Entremont ». C’est ne pas voir que les recentrages sur l’amont, sur l’organisation optimale des producteurs pour mieux rationaliser la collecte sont peut-être plus d’actualité que leur investissement direct dans la transformation et le développement de marques. Ce qui a fonctionné jadis pour bâtir Yoplait et plus récemment pour racheter Béghin Say ou Lesieur ne vaut pas forcément aujourd’hui, en pleine crise laitière qui plus est. Sodiaal n’est d’ailleurs plus aux commandes de la marque à la petite fleur ni de Richemonts ni de Régilait… et la coopérative se redresse d’autant mieux que ses efforts se concentrent sur le seul lait de consommation afin d’en assainir et maîtriser le marché (et pas seulement avec la marque Candia). Le montage un peu téléguidé qu’imposent les pouvoirs publics se fait dans l’urgence à cause des risques sans précédent de l’actuelle fronde des éleveurs : il en porte la marque et semble bien trop complexe pour qu’un groupe comme Lactalis ait pu s’y retrouver. Mais on pressent le poids qu’aura forcément Bongrain, absent semble-t-il du nouveau tour de table, puisqu’il pilote déjà une politique fromagère commune avec Sodiaal. Le plus dur, enfin, sera d’aligner les prix payés aux producteurs du groupe coopératif et à ceux d’Entremont. Jean-Michel Lemétayer a déjà prévenu : trouvons les moyens de « les associer tout de suite » mais pour autant « il n’est pas sérieux de leur demander de l’argent ».

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