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EGA Glyphosate Sylvie Brunel s’en prend à un discours « passéiste et anti-économique »

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À l’heure de la phase finale des Etats généraux de l'alimentation et en clôture de l’assemblée générale de Coop de France Alpes Méditerranée, Sylvie Brunel, professeure à la Sorbonne, s’en est pris au discours ambiant sur l’alimentation, qu’elle juge déconnecté de la réalité. Devant un parterre de coopérateurs, cette dernière soutient que l’agriculture française doit poursuivre ses efforts de productivité et de modernisation sans céder aux chants des sirènes d’une vision nostalgique et fantasmée.

Sylvie Brunel, géographe, économiste et écrivain intervenait lors de l'assemblée générale de Coop de France. S'en prenant directement au discours anti-glyphosate de Nicolas Hulot, cette dernière a rappelé quelques fondamentaux à l’heure où le gouvernement termine la phase de consultation sur l’avenir de l’alimentation du pays. « Nous devons nous souvenir d’où nous venons. Nous avons eu faim jusqu’à la fin des tickets de rationnement en 1949 et notre agriculture a réussi à nous sortir de cette situation, nous permettre de vivre vieux avec une des meilleures espérances de vie au monde et d’exporter sans accroître notre surface agricole. Aujourd’hui où la population mondiale augmente dans les pays qui manquent de terres agraires, la France dispose d’un immense potentiel qui risque de lui échapper avec des mesures contre-productives. Prenons le cas du glyphosate à la dangerosité contestée. Les scientifiques ont prouvé des pratiques bien plus cancérigènes qui ne mobilisent personne comme la consommation de saucisson, du café, du soja, de l’aspirine ou de la pilule contraceptive. Si le ministre allemand de l’Agriculture a voté pour le maintien du glyphosate à Bruxelles, c’est parce qu’il a suivi les conclusions de l’agence de santé de son pays qui n’avait rien à redire sur ce produit. Avec son interdiction, souhaitons-nous accepter le retour à l’extrême pénibilité dans nos champs pour arracher les mauvaises herbes, payer de la main-d’œuvre et renchérir le prix de notre alimentation ? Rappelons que le prix est le premier critère des consommateurs (39 %), devant la qualité (13 %), l’habitude (11 %), la composition (8 %), la date de péremption (7 %) et la provenance (6 %). ».

Cette professeur à la Sorbonne qui a écrit trois livres pour saluer la performance de notre agriculture est en guerre contre cette tendance dictée par des « néo-ruraux, nostalgiques en conflit avec les réalités à l’heure où il nous faut une agriculture forte et dynamique qui doit veiller au remplacement d’une génération d’agriculteurs vieillissants. Six milliards de personnes peinent à se nourrir. Une alimentation suffisante assure la paix sociale dans le monde. La France a son rôle à jouer ».

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Sylvie Brunel considère nos agriculteurs comme des personnes responsables engagées dans l’agro-écologie, qu’ils soient en bio ou en en conventionnel, un mot que'elle réfute. « Ces professionnels veulent tous améliorer leurs cultures dans le respect de l’environnement. Nous devons poursuivre nos efforts de recherche dans le sens de l’agroécologie et de la compétitivité. La France ajoute des interdictions sur le diméthoate et le glyphosate quand les Chinois, visionnaires, rachètent Syngenta. Dans les pays pauvres, entre un tiers et la moitié des récoltes est perdu pour des raisons agro-sanitaires. La France dispose d’eau et nous devons développer nos réseaux hydrauliques. Enfin, arrêtons de travailler en termes de filières mais de territoires. Chacun compte une multitude d’acteurs qui disposent des moyens de créer de la valeur ensemble. C’est le rôle des institutions de faciliter les collaborations pour que chacun reçoivent le fruit de son travail. La rémunération, et elle seule, est garante de l’avenir de l’ensemble des professionnels de l’alimentation ».