«Abus de confiance, abus de biens sociaux, faux et usage de faux, complicité et recel» : les termes juridiques consacrés sont durs, extrêmement durs, et laissent supposer d’emblée qu’une mise en examen (qui implique la présomption d’innocence, il faut le rappeler), celle d’un ancien directeur de la FNSEA, suivie par celle de Luc Guyau après sa détention provisoire, peut laisser entrevoir un problème d’enrichissement personnel alors que rien de tel n’est prouvé. Interloqué par l’initiative du juge d’instruction, le monde agricole a surtout réagi en rappelant que ce qui semble reproché à ses dirigeants a toujours été appuyé, voire encouragé, par les gouvernements de l’époque. Plus de 25 lettres de ministres peuvent, semble-t-il, en attester.

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De fait, au-delà des personnes, ce que censure aujourd’hui le juge, c’est tout un système, une architecture, une époque, dirait-on. Celle où le syndicalisme agricole encore quasi unique se voyait appuyé par les pouvoirs publics pour mettre en place des taxes - obligatoires par définition - gérées ensuite par ce syndicat pour mettre en œuvre sa politique, mettre en avant ses hommes et ses organisations. Un système qui avait son efficacité : bon nombre d’éleveurs, même futurs adhérents de la Coordination rurale ou de la Confédération paysanne, peuvent sans doute se féliciter des actions économiques réalisées par l’argent d’Unigrains. Mais le phénomène portait en soi le risque de dérives, par exemple lorsque l’argent de tous les paysans revenait financer le seul syndicat unique de l’époque ou le majoritaire des années plus récentes : la FNSEA. C’est bien ce que le juge sanctionne aujourd’hui, prenant une initiative qui n’est pas sans rappeler ses confrères qui ont voulu mettre fin à des pratiques financières douteuses, celles destinées à financer des partis politiques.