Plus d’un an après les manifestations de Sainte-Soline, le Poitou est le théâtre d’une nouvelle mobilisation d’ampleur de la part des opposants aux « méga-bassines ». Alors que les tensions montent entre adversaires et partisans de ces retenues d’eau, les autorités craignent des violences lors de manifestations interdites.
Plus de 4 500 opposants aux « méga-bassines » étaient déjà réunis le 18 juillet au « Village de l’eau », établi à Melle (Deux-Sèvres), dont « 10 % de black bloc ». Plus de 3 000 gendarmes sont d’ores et déjà mobilisés autour de la commune qui héberge le campement militant international entre le 17 et le 21 juillet. Trois jours plus tôt, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin disait craindre « des actes d’une très grande violence », dans une interview accordée à France info. « Nous attendons entre 6 000 et 8 000 manifestants dont un millier de personnes extrêmement violentes, qu’on pourrait qualifier de radicalisées », avait déclaré M. Darmanin. Environ 120 organisations, associations, syndicats et collectifs soutiennent ce rassemblement, dont la Confédération paysanne et le Modef. Les deux syndicats agricoles demandent notamment à la mise en place d’un « moratoire sur les bassines ».
Jeudi, à la mi-journée, des milliers de personnes vaquaient à leurs occupations sous les divers chapiteaux du campement accueillant ateliers, conférences et formations sur la question de l’eau.
Deux manifestations au programme
Deux manifestations sont au programme, sans n’avoir toutefois été ni déclarées ni autorisées par la préfecture : à Saint-Sauvant (Vienne) le vendredi, où le chantier d’une future retenue d’eau doit démarrer en septembre, et à la Rochelle (Charente-Maritime) le samedi. Le « cadre d’action » présenté par les militants anti-bassines pour les deux journées de manifestation annonce des « formes de désobéissance de masse ».
Selon la gendarmerie, des « actions de sabotage » ont déjà été commises, occasionnant des « dégradations mineures » à des systèmes d’irrigation ou des cabanes de chantier. En outre, 450 personnes « connues des services pour activisme violent ou ayant des antécédents judiciaires lors de manifestations » sont aussi présentes dans le camp, dont 123 individus « fichés S ». « Je le redis avec gravité, il est responsable de ne pas participer à ces manifestations interdites », a déclaré Emmanuelle Dubée, préfète des Deux-Sèvres, lors d’un point presse relayé par l’AFP.
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Pour rappel, les manifestations de Sainte-Soline, lieu d’un chantier de retenue d’eau, avait donné lieu à des heurts violents entre manifestants et forces de l’ordre en mars 2023. Ils avaient fait de nombreux blessés, « une cinquantaine de gendarmes dont certains gravement », a souligné Gérald Darmanin, et 200 manifestants dont deux restés plusieurs jours dans le coma. « Dans un contexte de restriction des libertés politiques, nous revendiquons notre droit à nous opposer aux projets d’accaparement de l’eau », ont toutefois réaffirmé les organisateurs dans un communiqué du 18 juillet. L’objectif étant d’obtenir « un moratoire immédiat pour les bassines ».
Malgré l’interdiction à manifester, la Coordination rurale (CR) a également appelé l’ensemble des agriculteurs à se rassembler à Melle (Deux-Sèvres) le 19 juillet, afin de « soutenir les agriculteurs locaux aux côtés des forces de l’ordre » contre les « écologistes intégristes ». Selon le Courrier de l’Ouest, des centaines de tracteurs sont déjà arrivés dans la commune de Chaunay (Vienne) dans la ferme d’un adhérent. « La présence de centaine de tracteurs et de milliers de paysans mobilisés sera un signe fort de notre détermination à sauver nos fermes », soutient le syndicat majoritaire dans la Vienne.
Les organisateurs, eux, assurent ne pas vouloir « prendre pour cible les agriculteurs et leurs fermes », accusant les autorités « d’attiser les peurs et les tensions » et qualifiant les dirigeants de la CR « d’apprentis miliciens ». Quant aux Irrigants de France – organisation qui compte parmi ses membres l’AGPM (producteurs de maïs, FNSEA) –, ont annoncé que 145 agriculteurs avaient porté plainte contre Sylvain Griffault, maire de Melle, lui reprochant d’aider des « commandos radicalisés » en leur fournissant un « camp de base ».