Dans quelques semaines, la nouvelle distillerie d’Origny Sainte-Benoîte sera opérationnelle. Avec celle de Lillebonne, dont la construction devrait être achevée en avril 2007, le groupe Tereos devient le seul groupe industriel au monde à produire des alcools provenant à la fois de la betterave, de la canne à sucre, du blé et de l’éthylène en mettant en service coup sur coup deux outils industriels de nouvelle génération. « La fin de la domination absolue du pétrole a sonné », a expliqué Philippe Duval le 30 septembre dernier.
Avec l’inauguration de la nouvelle unité de production d’éthanol d’Origny Sainte-Benoîte, le bioéthanol tourne une page de son histoire : on est passé des discours et des bonnes intentions aux réalités économiques. Tereos, avec 8 millions d’hectolitres produits, est le 5ème producteur mondial et se voit doté en outre de 30 000 tonnes d’agréments supplémentaires pour le site d’Origny qui viennent s’ajouter aux 47 000 tonnes déjà obtenues. Philippe Duval peut être satisfait : la politique gouvernementale a privilégié le renforcement de quelques pôles de production au détriment du saupoudrage. La nouvelle distillerie d’Origny va produire très prochainement ses premiers hectolitres d’alcool à base de jus concentrés de betteraves, en attendant celle de Lillebonne qui devrait entrer en service en avril 2007 et fonctionner sur un substrat « blé ».
« La fin de la domination absolue du pétrole a sonné »
Plusieurs signes politiques sont venus conforter les entreprises engagées comme Tereos dans cette activité nouvelle : la France, annonce-t-on, devrait disposer d’ici à la fin de 2007 d’environ 500 pompes (sur environ 13 500 pompes) permettant de distribuer de l’E85, un carburant composé de 85 % d’éthanol et à 15 % d’essence et dont le ministre de l’Economie, Thierry Breton, a évalué le prix aux alentours de 80 centimes le litre. La distribution de l’E85 exige cependant des véhicules flex-fuel : les premiers modèles français devraient être mis sur le marché l’an prochain…
Dans ce domaine le groupe Tereos a une longueur d’avance sur ses principaux concurrents (Soufflet, Roquette, Cristal-Union notamment).
3 millions d’hetolitres de capacité
Mais tout n’est pas réglé pour autant. Il faudra à la filière « une fiscalité adaptée et des approvisionnements sécurisés tout le temps de la montée en puissance de la filière ». Une contractualisation pour « l’approvisionnement en matières premières dans des conditions économiques acceptables » est indispensable : elle devrait sécuriser à la fois agriculteurs et usines. Quant à la concurrence étrangère, la filière sera vigilante pour « ne pas substituer une nouvelle dépendance aux bioénergies importées à la dépendance actuelle aux hydrocarbures », a expliqué le ministre Xavier Bertrand le jour de l’inauguration d’Origny.
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Il aura fallu quatorze années pour que le site pilote de production de bioéthanol créé à Origny par BENP (1) multiplie par dix sa capacité de production en passant de 300 000 hl produits chaque année à 3 millions d’hl dans ces nouvelles installations construites tout près de la sucrerie. Elle traite aujourd’hui 3 millions de tonnes de betteraves par an (soit près de 40 000 ha de betteraves). La nouvelle unité s’intègre ainsi dans un complexe industriel de plus de cent hectares qui comprend outre la sucrerie traditionnelle et l’éthanolerie, des ateliers de rectification (pour produire de l’alcool de bouche), de production d’alcool surfin absolu et de dénaturation.
190 M EUR d’investissement
L’investissement global avoisine les 190 millions d’euros dont 80 M pour le seul atelier de distillation, 15 M pour les deux cuves de stockage de jus de betteraves (les sirops de basse pureté dénommés EP2), 20 M pour le stockage des alcools et 55 pour l’atelier de rectification. L’investissement de Lillebonne devrait, lui, avoisiner 100 à 120 millions d’euros. Après le rachat de Béghin Say, Tereos lèvera-t-il des capitaux, à l’instar de l’allemand Südzucker, le premier sucrier mondial, qui vient d’annoncer l’introduction en bourse de sa filiale de bioéthanol Crop Energies ?
(1) Bio Ethanol Nord-Picardie (BENP) a été créé en 1993 par SDA, la sucrerie d’Origny-Sainte-Benoîte implantée dans l’Aisne, des coopératives céréalières de l’Aisne et du Nord-Pas-de-Calais. Elle visait, par contrat, à permettre aux producteurs de produire du blé sur jachère pour le valoriser en éthanol plutôt que toucher les primes jachère.
Aujourd’hui, BENP et Tereos ainsi que deux coopératives du bassin parisien (Agralys et Episcentre) ont participé au rachat de la distillerie SODES de Lillebonne (76) qui produit notamment de l’alcool de synthèse et dont les activités ont été totalement transférées à Origny Sainte Benoîte.