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R&D Tereos diversifie son portefeuille de produits alimentaires

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Le sucrier-amidonnier français Tereos diversifie son portefeuille de produits alimentaires à haute valeur, a-t-il montré lors d'une journée destinée à la presse le 21 mai sur son site de R&D (recherche-développement) de Marckolsheim, près de Strasbourg. Trouver le sirop de glucose qui réduit la charge calorique d'une barre céréalière, mettre au point la protéine de blé qui remplace la viande dans un plat : ces exemples illustrent les nombreux débouchés que vise Tereos.

À un moment où la R&D de Tereos entre dans sa phase de croisière, le groupe coopératif a voulu, par une visite de presse, mettre en évidence la segmentation des marchés alimentaires dans des domaines de plus en plus spécifiques et technologiques : trouver le sirop de glucose qui permet à une boule de glace de rester moelleuse, diminuer la charge calorique d'une barre céréalière, et surtout mettre au point la protéine de blé qui remplace la viande dans un plat tout en ayant du goût et de la texture. Tereos s'intéresse à l'éthanol, mais aussi aux pneus fabriqués à partir de ressource renouvelable (alcool), à travers une collaboration avec le groupe Michelin. Les débouchés que vise Tereos sont nombreux et à valeur ajoutée, car ils portent un contenu élevé de technologie.

L'histoire de Tereos, rappelée par Anne Wagner, directrice de la R&D chez Tereos, est celle d'une modeste coopérative picarde, spécialisée dans la production de sucre de betteraves, dans les années 1950. Puis la coopérative s'est diversifiée au milieu des années 1990 dans la collecte et la transformation des céréales. Puis au début des années 2000 dans la canne à sucre, en 2012 dans la transformation de la pomme de terre en fécule (amidon). La diversification se poursuit dans des marchés à valeur ajoutée, et parfois aussi à gros volumes.

La bétaïne issue des résidus de sucres non extractibles...

Le groupe, cinquième sucrier et troisième amidonnier à l'échelon mondial, d'après ses dirigeants, s'oriente de plus en plus dans les secteurs à valeur ajoutée, comme la pharmacie, la nutrition humaine fonctionnelle, la nutrition animale spécifique.

Son activité pharmaceutique découle de son expertise dans les propriétés des produits à se maintenir ou au contraire à se déliter dans un milieu liquide, a exposé Anne Wagner. À telle composition des sucres et autres sirops de glucose correspond telle vitesse de libération des molécules actives dans l'organisme. Son activité pharmaceutique s'attache aussi à trouver une utilisation à tout produit, même s'il est temporairement un résidus. Anne Wagner a cité le cas de la bétaïne, molécule issue des moûts de fermentation des sucres résiduaires dans les sucreries, ces sucres non extractibles.

Des aliments sur mesure

Son activité de nutrition est très variée. Les segments de marché vont de l'alimentation pour les très jeunes enfants (de 0 à 2 ans), avec des besoins nutritionnels importants pour cette phase de forte croissance, à l'alimentation pour les personnes âgées, qui nécessite des apports de protéines conséquents pour éviter la fonte musculaire, et des arômes et textures d'aliments appétents car les personnes âgées perdent l'appétit.

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Le centre de R&D de Marckolsheim travaille sur la texture des confiseries et des pâtisseries. « Les bonbons ne pourraient exister sous leurs formes courantes sans les sirops de glucose », indique une affiche pédagogique dans un laboratoire. Un laboratoire voisin met au point des cakes où la matière grasse est remplacée par un type de fibre issu de la transformation de l'amidon, a montré le directeur des applications, Michel Flambeau.

Un substitut de viande en protéine de blé

Tous ces marchés sont des niches, avec peu de volumes et beaucoup de valeur ajoutée. Mais à côté, se profile un marché prometteur, tant en termes de tonnages que de prix : celui des protéines pures, issues du végétal, et notamment du blé. « Nous avons créé un substitut de viande », a témoigné Anne Wagner. La délégation de journalistes a pu goûter un plat de ce substitut de viande, cuisiné à la thaïlandaise. « Nous voulons que ce substitut de viande ait du goût et de la texture, sinon la consommation ne démarrera pas. C'est pourquoi nous travaillons aussi avec des cuisiniers », a expliqué Michel Flambeau. Cette innovation technologique a été récompensée par un prix. Le mardi 28 avril, le président de la République a, dans le cadre du Concours Mondial de l'Innovation, remis à Anne Wagner le prix de l'Ambition « protéines végétales ». L'objectif de ce concours était de faire émerger les « futurs champions de l'économie française » à travers sept ambitions stratégiques définies par la commission « Innovation 2030 », présidée par Anne Lauvergeon.

La protéine de blé pour l'aliment piscicole

Une fois la technologie récompensée, Tereos compte passer au pilote de production. « Nous projettons la fabrication de hamburgers, de saucisses et de filets de viande », a ajouté Anne Wagner. Quant au choix du blé, il s'explique par l'objectif de valoriser les cultures locales. En outre, « le soja est certes une plante riche en protéine, mais celle du blé est plus pure », a expliqué Anne Wagner pour justifier le choix du blé.

Un autre marché à volumes se profile. Le groupe met au point des aliments pour poissons contenant deux fois plus de protéines que jusqu'ici. Ces protéines sont extraites du blé. Tereos travaille avec des fabricants d'aliments pour développer ce marché, prometteur parce que l'aquaculture devient une source de protéine avantageuse à l'échelle mondiale.