L’Association de défense des coopérateurs de Tereos (ADCT) a dénoncé le 31 mars une « mauvaise surprise » dans le paiement des betteraves. Si le groupe sucrier promet « une rémunération globale moyenne de 25 €/t » pour 2018-19, et ce malgré « des cours exceptionnellement bas », il a réduit son dernier acompte.
Avec un deuxième acompte de 6,50 euros/t versé aux producteurs, « nos betteraves sont payées 19 euros/t à ce jour », grognent les frondeurs de l’Association de défense des coopérateurs de Tereos (ADCT) dans un communiqué le 31 mars. Ils se plaignent du gros écart par rapport au prix minimum de 25 euros/t annoncé par Tereos. Mais aussi de l’avoir découvert sur le tard.
Le président du conseil de surveillance de Tereos, François Leroux, a voulu calmer les esprits en annonçant le 29 mars sur son compte Twitter : « Comme annoncé lors des AG, Tereos versera une rémunération globale moyenne de 25 euros pour la campagne 2018-19, malgré la situation de marché difficile. Un 2e acompte vient d’être versé aux coopérateurs à fin mars. D’autres versements suivront pour atteindre la garantie de 25 euros. » Il a aussi exprimé, dans un courrier aux coopérateurs le 1er avril, son « regret ne pas avoir communiqué sur les modalités de versement de l’acompte du 31 mars plus en amont ».
Un acompte « divisé par deux »
Xavier Laude, membre de l’ADCT, explique auprès d’Agra Presse le mécontentement des planteurs. « D’habitude, l’acompte de mars est à peu près équivalent à celui de novembre, selon lui. Il est divisé par deux, cette année. En plus, Tereos n’a pas prévenu. » Une situation qui met en difficulté des producteurs, ajoute-t-il : certains arrivent à découvert car le paiement des betteraves est effectué après déduction des intrants livrés (pulpes, vinasse de sucrerie, semences). « La coopérative n’a donné des explications sur l’extranet que le jour du virement, d’après Gilles Bollé, autre frondeur. Au minimum, on aurait dû être prévenu un mois avant » que le deuxième acompte serait réduit, considère-t-il. Et de s’interroger sur la fixation du dividende à l’AG de juin : le montant de 0,90 euro/t versé « depuis quelques années » est insuffisant pour atteindre une rémunération finale de 25 euros/t. « Comment Tereos peut-il verser un dividende alors que son résultat d’exercice sera négatif ? », se demande aussi Gilles Bollé.
Le groupe a annoncé le 11 décembre avoir pratiquement décuplé sa perte nette au premier semestre de son exercice décalé (avril-septembre), à 96 millions d’euros, et anticiper une perte sur l’ensemble de l’année. Ses résultats 2018-19 seront bien négatifs, confirme-t-il le 29 mars dans un document à l’attention des coopérateurs. Tereos y promet « une rémunération globale moyenne de 25 euros pour la campagne 2018-19, malgré cette situation de marché qui justifierait des prix plus bas ».
25 €/t grâce à la diversification
« Le paiement de 25 euros/t ne viendra pas du résultat de la betterave mais de la diversification » des activités de Tereos dans l’amidon, les produits sucrants qui « fonctionnent très bien », déclare à Agra Presse François Leroux. Pour atteindre cette « garantie », le groupe intègre le prix de base, les primes et indemnités, les intérêts aux parts sociales, les dividendes, rappelle-t-il. Et de mettre aussi en avant le soutien apporté aux planteurs en difficulté. « Tereos est confronté à de nombreux comptes débiteurs : c’est le cas d’un coopérateur sur deux à l’usine d’Artenay (Somme) et de Bucy-le-Long (Aisne) », d’après lui. « Jamais la différence de volume n’a été aussi grande entre les betteraves contractualisées et ce qui a été réalisé au final. » La faute à de « mauvais rendements », notamment dans la zone sud. Face à cela, la coopérative annonce le maintien des comptes courants débiteurs avec des agios de 0,3 % par mois, la mise en place d’une avance de trésorerie de 2 euros/t sur ses prochains versements.
19 €/t d’acomptes contre 25 €/t garantis
Prix des betteraves : un mécontentement général, selon la CGB
La CGB (betteraviers) a demandé le 2 avril « des explications » aux groupes sucriers Cristal Union, Saint Louis Sucre et Tereos dont les prix des betteraves reculent « a minima de 500 €/ha » pour la récolte 2018. « C’est la stupeur et l’incompréhension qui prédominent chez les agriculteurs face à des versements en repli a minima de 500 €/ha », d’après un communiqué. Et de revenir à la charge sur ses propositions de contrats rénovés entre planteurs et fabricants, gestion des risques et compétitivité. La CGB dénonce « des conditions de rémunération inacceptables » chez Saint Louis Sucre : les versements totaliseraient 14,97 €/t sur la base d’un forfait collet de 7 % (et hors pulpes), selon un autre communiqué des syndicats régionaux. Cristal Union serait à 22,12 €/t, d’après nos informations, mais le groupe est « revenu sur ses engagements de prix » il y a un an, rappelle la CGB. Tereos, à 19 €/t, a versé « en dernière limite et sans prévenir un second acompte inférieur de 6 €/t par rapport à l’an dernier alors que les engagements d’apports des betteraves n’ont pas changé », poursuit le communiqué.