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Volaille/Stratégie Tilly-Sabco propose un plan pour s’affranchir des restitutions export

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Le temps des restitutions à l’export va bientôt être révolue et plutôt que de se battre pour ce qui serait une cause perdue, Daniel Sauvaget, p.-d.g. du volailler Tilly-Sabco, veut tourner la page et anticiper, « pour s’adapter à la nouvelle donne dans le cadre d’une sortie négociée de ce système », a-il-expliqué devant la presse le 6 juin. Pour cela, il préconise un mécanisme qui implique les éleveurs, les industriels bénéficiaires de ces aides et la puissance publique par le biais de la création d’un « fonds d’adaptation dégressif » pour pallier les périodes éventuelles de tension ».

« lIl est de notoriété publique que l’Union européenne entend s’affranchir à terme du soutien aux entreprises exportatrices de poulet », constate le dirigeant de Tilly-Sabco. Il en prend acte et affirme que dans ce contexte, « la filière de production grand export doit substituer un nouveau modèle économique à ces aides communautaires ». L’enjeu est de couvrir les écarts de compétitivité existant entre Europe et Brésil de façon autonome, la filière devant assurer par elle-même le différentiel concurrentiel. Le défi n’est pas insurmontable pour Daniel Sauvadet. L’écart des coûts de production entre l’Europe et son grand concurrent est passé de 500 €/tonne équivalent carcasse en 2007 à 350 € actuellement. Cette tendance va se poursuivre, les salaires augmentant au Brésil (9% de plus en ce début d’année) et les écarts de rendement favorisant de plus en plus le vieux continent. Il juge « raisonnable d’évaluer cet écart au terme de la prochaine Pac, fin 2020, à seulement 250 €/tec ».

Un plan en trois points

L’effort pour gommer ce handicap doit être réparti sur l’ensemble de la filière, équitablement entre la partie amont, de l’alimentation à l’élevage en passant par l’accouvage, l’industrie d’abattage et transformation et un fond d’adaptation qui interviendrait pour sécuriser les investissements réalisés par les deux premiers intervenants.
« La filière amont devra réduire ses coûts de 90 € par tonne de vif en trouvant des leviers nécessaires, estime Daniel Sauvadet. L’aval pour sa part devra réduire sa marge opérationnelle, hors coûts de transport, de 450 €/tec à 330 €, soit un gain de 120 € ». Le troisième pilier serait la création d’un fonds d’adaptation à la mondialisation qui interviendrait d’ici à fin 2020. « Ce fonds qui pourrait être doté d’une enveloppe initiale équivalant au tiers du montant des restitution, serait géré par un cluster liant l’ensemble des acteurs de la filière et viendrait en soutien de ceux qui sont en difficulté pour sécuriser ceux qui ont investi pendant des périodes de turbulence ». L’attribution de ces fonds ne serait ainsi en aucun cas mécanique et lié au volume de production. Daniel Sauvadet dit avoir des assurances des pouvoirs publics, notamment dans le cadre du rapport d’Alain Berger, délégué interministériel aux industries agroalimentaires et à l'agro-industrie, sur la filière volaille. Il souhaite une mobilisation des acteurs de l’amont et a des discussions en ce sens avec le Comité interprofessionnel du poulet de chair ou l’Itavi. Reste que la décision devra passer d’abord par l’Europe. Pas avant la rentrée de septembre probablement.

21 millions € d’investissements programmés pour Tilly-Sabco

Le volailler de Guerlesquen, sans attendre l’adhésion des autres intervenants, a d’ores et déjà établi son propre programme d’investissements pour s’y préparer. De 2013 à 2017, il envisage des investissements cumulés de 21 millions €. Cela passera par l’automatisation des process de production, un accroissement de leurs capacités (actuellement 64 000 tonnes de poulets entiers surgelés) le développement des activités périphériques de l’abattoir (à ce jour, 7 000 tonnes de saucisses de poulet surgelées et 6 000 tonnes de co-produits). Cela s’accompagnera d’un vaste programme de formation des personnels (50% des salariés ont accès à des formations pour s’approprier les nouvelles technologies), ce qui selon le dirigeant « peut s’avérer un réel atout de compétitivité face au Brésil ». La France a réellement une carte à jouer au Moyen Orient où le Brésil détient 80% du marché, la France seulement 20%. L’Arabie Saoudite, tout comme le Yémen, offre de réelles possibilités de croissance et ne peut dépendre exclusivement du Brésil. Elle ne peut le faire ne serait-ce que pour des raisons de crise sanitaire majeur qui pourrait intervenir chez son fournisseur. Un autre atout de Tilly-Sabco est la logistique mise en place avec Maersk, le premier shiphandler mondial, qui garantit, à la différence des Brésiliens, la ponctualité des livraisons. Enfin, Tilly-Sabco s’appuie sur des relations commerciales anciennes nouées avec ces pays du Moyen-Orient. Elles sont basées sur un nombre réduit de distributeurs, en moyenne deux par pays, une affectation d’une marque distincte par distributeur, une politique tarifaire stricte et unique par pays, et le choix d’une souche de poulet à croissance lente qui génère un poulet certifié (entre le standard et le fermier), gage de qualité. La structure financière du groupe le lui permet également. Avec un chiffre d’affaires de 136 millions €, il dégage un résultat net de 2 millions, pour un Ebitda de 4,5 millions. Les fonds propres, fin 2012, ressortent à 13,3 millions soit deux fois moins que les dettes de 6,4 millions.

(1) Chaque mois, l’UE détermine les taux d’aides qui dépendent des prix du marché déterminé par les leaders mondiaux, le Brésil et les Etats Unis, et des zones géographiques. Les restitutions ne sont accordées que pour deux zones : la Russie et le Moyen Orient. De mai 2010 à octobre 2012, elles étaient de 325 €/ tonne équivalent carcasse, elles sont passées à 217 € en octobre 2012, puis à 108,5 €/tec depuis janvier. Le montant total des « restitutions poulet » se monte à environ 90 millions d’euros par an, dont 90% pour les deux exportateurs français (Tilly-Sabco et Doux).

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