Dans le Finistère, l'industriel Tilly-Sabco se prépare à diminuer son rythme d'abattage à 400 000 poulets par semaine, début juillet, mais maintient son cheptel de reproducteurs dans l'espoir d'une éventuelle reprise.
L'ENVELOPPE de 15 millions d'euros d'aides versées au titre de l'article 68 de la Pac à destination de la filière « poulet grand export » sera épuisée dans le courant du mois de juillet. Tous les observateurs du secteur s'accordent à dire que les deux industriels Tilly-Sabco et Doux vont devoir trouver de nouveaux partenaires pour poursuivre leur activité.
En attendant qu'un éventuel repreneur se fasse connaître, à Guerlesquin (29), l'usine de Tilly-Sabco s'apprête à baisser les volumes traités. Les abattages devraient passer de 600 000 à 400 000 poulets par semaine à partir du 7 juillet (semaine 28), et à 250 000 poulets à partir du 21 juillet (semaine 30), selon les informations de la CGT confirmées par l'actuel dirigeant de l'entreprise Daniel Sauvaget. « Il faut en faire le moins possible pour éviter les pertes », explique-t-il. Le cheptel de reproducteurs devrait en revanche rester à niveau. « Nous nous sommes donné les moyens de ne pas casser l'outil ».
Une piste de reprise
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Une délégation de salariés de Tilly-Sabco a été reçue le 4 juin à Rennes par le préfet de région, Patrick Strzoda, qui leur aurait fait état d'une piste de reprise « sérieuse », selon la CGT : « Ils sont sur un dossier de reprise sérieux, mais on ne peut rien dire », explique la déléguée CGT, Nadine Le Guen, qui espère une réponse pour début juillet, sans trop y croire : « On ne voit pas comment un investisseur peut venir pour perdre de l'argent ». Le calendrier du volailler se resserre de plus en plus. Début avril, l'Etat, la région Bretagne et la CCI de Morlaix ont accordé à l'entreprise 4 millions d'euros d'avances remboursables pour trois mois, en échange du placement des titres de l'entreprise dans une fiducie de gestion, afin de donner le temps à Daniel Sauvaget de trouver un repreneur. Début juillet, ces collectivités vont reprendre la main et décider du sort de l'entreprise. En attendant, les salariés sont dans l'expectative la plus complète. « Tout le monde est un peu déboussolé. Les salariés sont perdus », explique Nadine Le Guen, qui redoute même que l'usine ne reparte pas après la semaine 29, période chômée selon l'agenda fourni par la direction aux salariés.
ACHATEAULIN (29), le sort du groupe Doux, actuellement détenu par le fonds d'investissement D&P de Didier Calmels, n'est pas non plus scellé. « Deux groupes brésiliens spécialisés dans la viande, le leader mondial du secteur JBS et son concurrent Brasil Foods, seraient prêts à reprendre le groupe volailler Doux », pense savoir, de sources bancaires, le quotidien économique Les Echos, dans son édition du 17 juin. Le président du directoire Arnaud Marion n'a pas souhaité réagir, mais il a donné rendez-vous aux journalistes le 24 juin, pour une conférence de presse, qui se déroulera après une réunion exceptionnelle du comité central d'entreprise (CCE). L'éventuelle reprise par des Brésiliens est crainte par les salariés. « Ce serait le pire, réagit la déléguée FO du groupe Doux, Nadine Hourmant. Ils vont nous prendre la marque et nous jeter comme de vieilles chaussettes. » « Pour l'emploi et l'activité agricole, ce serait une très mauvaise nouvelle », acquiesce Gilles Le Pottier, délégué général de l'interprofession de la dinde (Cidef). Une alternative existe. Selon une dépêche de l'agence Reuters parue le 17 juin, le volailler étudierait sous l'égide du Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), l'implication d'un grand acteur céréalier français, susceptible de former une nouvelle entité reprenant sous sa coupe Doux et son concurrent Tilly-Sabco.