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Timac Agro choisi par le Cnes pour relever le défi de l’autonomie alimentaire des spationautes

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Détails du réseau racinaire d'une plante dans une spire concue par Timac Agro Crédits : © Timac Agro

Timac Agro, filiale historique du groupe familial et indépendant Roullier, spécialise des solutions agronomiques a été choisi par le Cnes pour relever le défi de l’autonomie alimentaire des spationautes lors de mission longue durée, dans un premier temps sur la Lune, puis sur Mars. Ce projet du nom de Vroom pour Vegetables and ROOts on Moon intervient dans le cadre du programme européen Spaceships, coordonné par l’agence spatiale européenne (ESA).  

Spécialiste français de l’innovation en nutrition végétale d’ultra précision, Timac Agro (filiale historique du Groupe Roullier, ndlr) vient de signer un accord stratégique de 5 ans avec le Cnes. Ce projet baptisé Vroom, pour Vegetables and ROOts on Moon, s’inscrit dans le cadre du programme européen Spaceships, coordonné par l’Agence spatiale européenne (ESA). « Vroom vise à créer un habitat et donc l’autonomie alimentaire des spationautes sur la Lune d’ici une dizaine d’années, puis sur Mars d’ici une vingtaine d’années », indique Maylis Radonde, à la tête de ce projet et directrice du développement produits de Timac Agro France.

Le développement de la culture de végétaux sur la Lune répond à un cahier des charges très précis dans des conditions d’ultra-sobriété en eau, en énergie et en nutriments. Un défi de cultures dans des conditions de stress extrêmes, qui pourrait aider Timac Agro à franchir un palier dans la découverte d’innovations, notamment en lien avec le changement climatique, utiles sur la Terre. « Dans le cadre de Vroom, le Cnes opère la finalité spatiale du projet et laisse à Timac Agro le libre usage des opportunités sur la Terre », précise ainsi Maylis Radonde.

Un des objectifs fondamentaux de Vroom est que « contrairement à d’autres projets de cultures testées dans l’espace auparavant, nous devons apporter des garanties de fonctionnement et non pas uniquement de la recherche. En tant que programme de production alimentaire, il faut cultiver pour nourrir et non pas cultiver pour expérimenter », insiste quant à lui Sylvain Pluchon, directeur R&D nutrition végétale au Centre mondial de l’innovation Roullier.

Différents projets à base de régolithe

Pour répondre aux besoins protéiques des astronautes, Timac Agro a choisi de cultiver des légumineuses, haricots, fèves ou pois. Une production jamais tentée dans un tel projet, qui non seulement prend plusieurs mois, mais occupe aussi de l’espace. « Le système racinaire d’une légumineuse à maturité peut atteindre jusqu’à 1 mètre, précise Sylvain Pluchon. Timac Agro a trouvé la solution en s’inspirant de la nature. Dans chacune de nos cellules, l’ADN est condensé sous la forme d’une hélice. Pour compacter le système racinaire, nous avons donc choisi de l’enrouler de la même manière autour d’une spire.».

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Restait à trouver la solution pour l’utilisation d’engrais ou d’autres nutriments sur la Lune et donc en tenant compte de la gravité. « Il y a une dizaine d’années, en nous appuyant sur des outils d’impression 3D, nous avions travaillé sur différents projets à base de régolithe (formation géologique que l’on trouve sur Terre et qui recouvre également la Lune, ndlr) qui ont fait l’objet de deux brevets, l’un pour un fil riche en sol lunaire et en nutriments, l’autre pour la forme. Pour favoriser la pousse des plants, la spire libérera directement aux racines enroulées et très progressivement tous les nutriments nécessaires, ainsi que principes actifs naturels ». Selon, les tests effectués par Timac Agro, l’ensemble du réseau racinaire d’un maïs mature de 2,55m peut tenir dans une spire de 10 cm de haut par 10 cm de circonférence. Quant aux principes actifs utilisés pour nourrir les plantes et les aider à résister aux conditions de stress sur la Lune puis sur Mars, ils seront produits sur place à partir d’une partie des microalgues que les astronautes prévoient de produire pour d’autres usages. Ainsi, à part les graines au départ et une imprimante 3D que les spationautes utiliseront pour fabriquer des outils, tout ce qui servira à la production de légumineuses sur la Lune se trouvera sur place.

Construction à venir d'une base lunaire

Le dispositif prévu pour accueillir les plantations de légumineuses avec spire (voir photo) « fonctionnera dans une serre aveugle pour éviter les radiations, dont la taille sera à définir en fonction du nombre de spationautes à nourrir et donc du nombre de calories à produire », poursuit le chercheur. Timac Agro explique que selon les espèces cultivées, une consommation de 300 à 500g de légumineuses par jour permettrait de couvrir 100 % des apports en protéines, lipides et glucides des participants au programme lunaire.

Les détails techniques de ces serres devront être finalisés dans une base lunaire grandeur réelle que le Cnes prévoit de construire à Toulouse. Un site qui aura également une vocation pédagogique et devrait être ouvert au public début 2025. Ce projet autour des légumineuse restera à adapter dans la perspective d’un voyage sur Mars à plus longue échéance, mais en attendant il pourrait aider certaines filières, notamment du pois. « J’espère que le marché des légumineuses en Europe tirera les bénéfices de nos avancées technologiques concernant l’adaptation et la stimulation des plantes à des conditions d’ultra sobriété », souligne encore Sylvain Pluchon.