Agra Alimentation : Toutes les initiatives lancées récemment par la Commission européenne en faveur des PME (Small Business Act, Programme d’Initiative Communautaire, Groupe à haut niveau, etc…) vont-elles dans le bons sens à votre avis ? Estimez-vous que cette fois-ci il existe une réelle volonté politique chez les dirigeants de la Commission ?
Jean Martin : La CIAA reconnaît les efforts fait par la Commission européenne. Nous avons relevé pendant ces dernières années de nombreuses initiatives pour soutenir les PME. Le Small Business Act, qui a été dévoilé par la Commission récemment démontre, une fois de plus, que la Commission reconnaît le rôle primordial que jouent les PME pour le développement futur et le fait que celles-ci sont souvent confrontées à d’importants obstacles bureaucratiques.
Vous faites personnellement partie du Groupe à haut niveau sur la compétitivité de l’industrie agroalimentaire qui vient d’être lancé par le commissaire Günter Verheugen. Brièvement, quelles conclusions tirez-vous de la première réunion de ce Groupe le 12 juin dernier et qu’attendez-vous des autres réunions prévues le 12 décembre 2008 et au printemps 2009 ?
J’ai été frappé de constater le degré de convergence des points de vue des participants sur les problèmes qui font obstacle au développement des industries agroalimentaires. Il n’a donc pas été très difficile au vice-président Verheugen de conclure qu’il fallait en priorité s’atteler aux sujets suivants : la disponibilité des matières premières, la réglementation et la non-réglementation, la durabilité, la recherche et l’innovation, les PME, la politique commerciale. Brièvement, j’attends de l’exercice de ce Groupe à haut niveau des recommandations politiques cohérentes et concrètes qui pourront être mises en œuvre rapidement et qui amélioreront le cadre dans lequel opèrent nos entreprises et donc leur compétitivité.
Le coût de l’hyper-réglementation
Dans vos multiples interventions vous mettez souvent l’accent sur le fardeau administratif qui pèse sur la compétitivité des PME. Pourtant un sondage Eurobaromètre de 2007 montre que les PME qui considèrent les réglementations « justes » ou « trop modestes » sont à peine moins nombreuses que celles qui estiment qu’elles vont « trop loin » Selon ce sondage, 44 % des PME disent évoluer dans un environnement trop réglementé. Mais 29 % sont satisfaites de la réglementation actuelle, et 12 % se réjouiraient même de l’introduction de mesures supplémentaires pour atteindre leurs objectifs.... Que vous inspire ce constat ?
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Nous constatons dans nos contacts que les charges liées à la mise en œuvre de la réglementation sont une des sources des problèmes rencontrés par les PME. Le « Small Business Act » fait la comparaison de ces coûts : si pour une grande entreprise le coût s’élève à 1 euro par employé, il peut monter à 10 euros par employé dans une PME. Cela justifie donc de s’attarder sur la question des réglementations tant alimentaire qu’environnementale.
Une des contraintes qui pèsent sur la compétitivité des PME est celle des retards de paiement : une task-force s’occupe de ce problème au sein de la CIAA. Où en est-elle dans ses travaux ? Quelles sont ses principales recommandations pour faire face à ce problème et êtes-vous satisfait des réponses apportées jusqu’ici par la Commission européenne ?
Cela fait deux ans que nous avons créé une task-force, qui s’est plus particulièrement penchée sur la révision de la directive 35/2000 sur les délais de paiement. Nous avons, en 2007 déjà, après la publication d’un rapport fait pour la Commission sur la mise en œuvre de cette directive, formulé un certain nombre de recommandations portant sur la modification de cette directive. Notre objectif est d’améliorer les dispositions, rendre certaines plus contraignantes, notamment en ce qui concerne des pratiques ou dispositions contractuelles abusives à l’égard de fournisseurs, ce dont souffrent notamment beaucoup les PME. Les réponses de la Commission jusqu’à présent, bien qu’elle ait fait preuve de compréhension, n’ont pas encore déclenché la révision attendue. Mais cela semble pouvoir changer maintenant avec l’accent mis sur ce problème dans le cadre du « Small Business Act».
Un des éléments qui pourrait améliorer la compétitivité des PME est la possibilité d’investir les marchés extérieurs. Mais actuellement 63 % des PME exercent leurs activités uniquement dans leur propre pays et seulement 8 % des PME européennes exportent à l’étranger. Quelles sont, d’après vous, les raisons principales de cette situation et quelles actions utiles pourraient être entreprises par l’Union européenne pour y remédier ?
L’export est une activité complexe qui nécessite des compétences techniques spécifiques (usage de différentes langues, réglementation, etc.). Pour réussir, une PME a besoin de finances et de temps sur une longue période. Et puis, il faut un plan, une méthode, y aller pas à pas, peut-être en commençant par un marché proche avant d’envisager plus grand et plus lointain. L’Union européenne peut aider à travers ses programmes de promotion à l’export qui doivent cependant être revus fondamentalement. Il faut que les entreprises puissent faire référence à leurs produits notamment dans les salons et que l’administration soit allégée. Il faudrait également trouver des solutions financières et fiscales à l’insuffisance des capitaux propres.