Les travaux ont démarré le 11 juillet en vue d’élaborer le plan Ecophyto 2030, appelé à prendre la suite d’Ecophyto II +. Quelques jours plus tôt, les syndicats des grandes cultures quittaient le comité dédié à la recherche d’alternatives, dénonçant un « décalage avec les réalités ».
Le gouvernement a lancé le 11 juillet les « travaux d’élaboration de la nouvelle stratégie Ecophyto 2030 », en vue d’une présentation « à la rentrée » (comme attendu), annonce le ministère de l’Agriculture dans un communiqué le même jour. Ce lancement a été fait lors d’une réunion du Comité d’orientation et de suivi (COS) du plan Ecophyto II +, en présence de cinq ministres : Marc Fesneau (Agriculture), Christophe Béchu (Transition écologique), Sylvie Retailleau (Recherche), Jean-François Carenco (Outre-mer) et Agnès Firmin Le Bodo (Organisation territoriale et Professions de santé).
Annoncé au Salon de l’agriculture, ce plan vise à « réduire de 50 % les risques liés aux usages des produits phytopharmaceutiques », a rappelé Élisabeth Borne le 12 juillet. Selon le communiqué de la Rue de Varenne, il comprend deux objectifs : d’une part la « réduction [des] usages [des phytos] et des risques pour la santé humaine et l’environnement » ; d’autre part « l’adaptation des techniques de protection des cultures pour ne pas laisser les agriculteurs sans solution ». Ce deuxième volet consiste à « mieux se préparer » en listant les substances actives vouées à être interdites et en « identifiant les solutions alternatives » à ces produits. Un travail « engagé depuis début mai », mais que les producteurs de grandes cultures viennent de quitter.
Les AS de la FNSEA claquent la porte
À la suite de la dernière réunion du « comité interministériel d’anticipation du retrait des substances actives et d’évaluation des pratiques alternatives », les associations spécialisées de grandes cultures de la FNSEA (1) ont indiqué ne plus vouloir participer aux discussions, d’après un communiqué de presse du 6 juillet. Elles estiment que la méthode et les propositions faites sont « en total décalage avec les réalités économiques et agronomiques du terrain ». Et de préciser que les travaux de ce comité doivent être « impérativement cohérents avec le temps et les moyens nécessaires à la recherche, au développement des solutions et au déploiement jusque dans les exploitations ». « Les instituts techniques ont amené des preuves sur la nécessité d’un calendrier plus long », explique Franck Laborde, président de l’AGPM (maïsiculteurs, FNSEA), à Agra Presse. « Pour certains usages, cela peut aller très vite », assure-t-il. Par exemple, pour la protection fongique, « le pas de temps [pour aboutir à des alternatives] est certainement plus court, de l’ordre de quelques mois à quelques années ». Mais sur le désherbage, « c’est beaucoup plus délicat, et c’est pour cela qu’il faut mettre l’accent sur la recherche. »
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Le deuxième grief des syndicats de producteurs est d’ordre politique : la présence du seul ministre de l’Agriculture au comité interfilières du 3 juillet. « À partir du moment où quatre ministres sont décideurs, nous voulons avoir affaire à ces quatre ministres », martèle Franck Laborde, afin d’éviter de répéter l’épisode du S-métolachlore. Le président de l’AGPM indique ne pas avoir reçu de réponse de Matignon « à ce stade ». « Nous conditionnons notre participation future [au comité sur les alternatives] aux réponses que nous pourrons obtenir de la Première ministre. »
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Enveloppe de 41 M€ en 2023
Par ailleurs, le 11 juillet, les pouvoirs publics ont présenté la « maquette programmatique 2023 » du plan Ecophyto II +, qui arrivera à échéance en 2024 : pour cette année, une enveloppe de 41 M€ permettra de financer des « actions structurantes » comme le réseau DEPHY, la surveillance biologique du territoire, ou encore le projet Phytosol (connaissance sur les résidus de phytos dans les sols). Dans ce cadre, « une réserve a été constituée afin de financer des actions en lien avec les orientations de la nouvelle stratégie » Ecophyto 2030. Dans le cadre du futur plan, « une attention particulière sera portée aux départements et régions d’outre-mer », précise la Rue de Varenne.
De son côté, dans un communiqué du 11 juillet, Générations futures estime que le plan Ecophyto II + « n’est toujours pas sur la voie de la réussite ». L’ONG rapporte que l’indicateur de suivi du recours aux produits phytopharmaceutiques (Nodu, nombre de doses unités) provisoire augmente de 3,5 % sur un an, pour atteindre 89,4 millions d’hectares (Mha) en 2022. En moyenne triennale, le Nodu 2020-2022 s’élève à 87,4 Mha. Soit une hausse de 6,3 % par rapport à 2019-2021, mais une baisse de 11,5 % par rapport à la moyenne 2015-2017. Pour Génération futures, « il est inquiétant que [le Nodu] reparte à la hausse » en 2022, d’autant qu’il « est toujours très supérieur au Nodu de départ du plan ». En effet, au tout début d’Ecophyto en 2009, cet indicateur – qui reflète une surface potentiellement traitée avec les ventes de phytos de l’année – atteignait 82 Mha.
Indicateurs en hausse
D’après l’association, le gouvernement a mis en avant le fait que le tonnage de pesticides de synthèse a diminué depuis le début du plan, à l’inverse des produits de biocontrôle et de ceux autorisés en agriculture biologique. « Nous rappelons que l’objectif d’Ecophyto est de réduire la dépendance globale des systèmes de production agricole à tous les pesticides, et non pas à une partie d’entre eux seulement », souligne l’ONG. Lancé en 2008, le plan Ecophyto est devenu Ecophyto II + en 2019. Il vise à réduire de 50 % l’usage des produits phytopharmaceutiques d’ici 2025.